Brazzaville, pas de retour à la normale dans le football congolais

07/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

Réunie en Assemblée générale extraordinaire, la Fédération congolaise de football (FECOFOOT) agite fièrement ses gains : la validation d’une Commission électorale et d’une Commission de recours. Deux organes supposés « indépendants » pour piloter le prochain scrutin fédéral conformément à la feuille de route de la FIFA. Cette Assemblée générale élective est calée pour le 20 septembre prochain. Sur le papier, cette feuille de route avance et la démocratie respire. En réalité, le décor est planté pour une farce de haut vol.

Par Bedel Baouna

La FECOFOOT peut-elle croire au Père Noël ? Tout porte à croire que non ! C’est qu’en coulisses, le ministre des Sports Hugues Ngouélondélé a visiblement décidé de réécrire les règles du jeu à sa manière. Plusieurs sources concordantes évoquent de lourdes pressions politiques pour court-circuiter le processus. L’objectif à peine voilé est d’imposer une candidature unique à la présidence de la FECOFOOT.

De toute évidence, ce désir soudain de « consensus » n’a rien d’un élan patriotique pour sauver le football congolais, sans jambes. Hugues Ngouélondélé ne cherche pas le meilleur dirigeant pour les clubs ou les supporters ; il veut son homme de paille, pour s’assurer le contrôle absolu des budgets, des subventions et de la vitrine politique que représente le sport-roi. La FECOFOOT, apparemment, n’est pas, pour lui, une fédération sportive, mais une chasse gardée, une extension de son propre pouvoir qu’il refuse de voir filer entre des mains indépendantes.

Le déni des textes et le risque du carton rouge

À la vérité, cette OPA hostile piétine allègrement les statuts mêmes de la FECOFOOT, qui garantissent pourtant le droit fondamental de briguer la présidence à quiconque remplit les critères d’éligibilité. Le pluralisme n’est pas une option ou une anomalie, non, c’est le cœur même de la démocratie interne. Le choix final appartient exclusivement aux délégués de l’Assemblée générale, par un vote souverain. Cela, il n’en est pas question pour l’omniscient ministre des Sports, celui-là même qui voulait, dès sa prise de fonction, désenvoûter les stades. À posteriori, c’est lui qui doit être désenvoûté de ses ambitions absurdes. Car oui, cette ingérence, qui substitue le « désenvoûtement » politique au droit, fait peser à nouveau un risque de suspension par la FIFA sur le football congolais.

Pour un homme si prompt à vouloir régenter l’avenir de la FECOFOOT, son bilan actuel est d’une vacuité innommable. Un désert technique. Les pelouses se transforment en terrains vagues, le championnat national frôle régulièrement l’encéphalogramme plat et nos clubs locaux en sont réduits à mendier des bouts de ficelle pour survivre. Conséquence : le Congo n’aura pas de représentants en compétitions interclubs de la CAF 2026-2027. Pour AC Léopards et AS Otoho, c’est un rêve brisé ! Mais qu’importe le naufrage du football réel, tant que le ministre peut régner sur le football de bureau et tripoter les enveloppes budgétaires.

Le fossoyeur du football local

« Notre ministre doit souffrir d’un sérieux complexe de supériorité face aux instances internationales, à moins que les membres de cette institution ne soient pas au-dessus de tout soupçon de corruption. En voulant tordre le bras à la FIFA, Hugues Ngouélondélé se prend pour un souverain intouchable, oubliant qu’à ce jeu-là, le Congo finira sur la touche. Suspendre le pays des compétitions internationales pour assouvir ses caprices de contrôle ? Voilà sa brillante stratégie. Il ne gère pas le sport : il prend en otage le rêve des jeunes talents congolais pour s’offrir un trophée d’ego », assène un haut cadre du sport congolais. Et d’ajouter : « On nous rebat les oreilles avec les grands concepts de « dialogue » et de « modernisation » soufflés par les conseillers ministériels. C’est le cache-misère habituel. Derrière ce rideau de fumée progressiste, on retrouve les plus vieilles méthodes de la politique de couloir : parachutage d’un homme lige, menaces à peine voilées et mépris souverain pour les procédures. Le ministre veut « redynamiser » le football ? Non, il veut simplement le privatiser à son profit. »

En fin de compte, l’histoire du désenvoûtement des stades n’était pas une simple excentricité de début de prise de fonctions, mais une méthode véritable de gouvernement. Faute d’élaborer une politique sportive cohérente ou de financer dignement la formation, le ministre Hugues Ngouélondélé préfère chasser les démons imaginaires sur la pelouse. Aujourd’hui, le véritable sortilège qui bloque le football congolais, c’est l’ambition démesurée et absurde d’un homme qui confond le ministère des Sports avec sa cour privée.