Côte d’Ivoire, des législatives pour oublier la calamiteuse présidentielle 

06/03/2021 – La redaction de Mondafrique

Les législatives organisées ce samedi en Côte d’Ivoire sont un test de vérité pour le pouvoir et l’opposition qui entendent tirer le rideau sur la présidentielle d’octobre 2020 marquée par des violences qui ont provoqué des dizaines de morts.   

Quelque 1232 candidats sont en lice pour pourvoir 225 sièges de députés lors des élections législatives organisées ce samedi en Côte d’Ivoire avec la participation pour la première fois de toutes les forces politiques. Ce qui n’était jamais arrivé depuis la chute de l’ancien président Laurent Gbagbo en 2011, avec l’implication active de la France.  

Les partisans de l’ex-président, qui vit toujours à Bruxelles depuis son acquittement par la CPI, se présentent non pas sous les couleurs du Front populaire ivoirien (FPI), qu’il a fondé, mais sous la bannière de « Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS) ».

Des milliers d’observateurs

Fait surprenant de ce scrutin, le parti démocratique ivoirien (PDCI) et les partisans de Gbagbo ont enterré leurs vieilles rancunes et rivalités pour présenter des listes communes. Pour des raisons différentes, le pouvoir du président Alassane Ouattara et l’opposition ont battu campagne avec enthousiasme et attendent avec impatience les résultats de ce scrutin. Sachant qu’il n’a pas plus grand-chose à perdre dans ces législatives, le président Ouattara a laissé le jeu démocratique se faire dans la transparence et le pluralisme.

La Commission électorale indépendante (CEI) a accrédité des milliers d’observateurs, pas moins de 400 pour la seule Commission nationale des droits de l’homme (CNDH).  Des législatives inclusives et consensuelles lui permettent de tourner définitivement la page de sa réélection en octobre dernier pour un troisième mandat lors d’une présidentielle marquée par des violences qui ont fait au moins 80 morts. C’est donc une sorte de deal tacite que consacre le scrutin de ce samedi : l’opposition concède la réélection pour les cinq prochaines années du président Ouattara qui, lui, leur offre des législatives transparentes et démocratiques.   

Paysage politique reconfiguré 

Même si elle n’a pas finalement pas réussi à présenter une liste commune, l’opposition mise sur cette élection pour montrer qu’elle est majoritaire dans le pays face au Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie (RHDP) qui soutient le président Ouattara. Entre les précédentes législatives et celles de ce samedi, la majorité présidentielle a enregistré la défection du PDCI d’Henri Konan Bédié et de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) de l’ancien ministre Mabri Toikeusse. Après le départ de ses rangs de ces formations politiques, plusieurs observateurs soutiennent que le RHDP n’est plus que le Rassemblement des républicains (RDR) fondé par le président Ouattara, élargi à quelques transfuges venus des  autres bords politiques.  Pour l’opposition, un des enjeux le plus important, c’est de ne pas laisser tous les leviers du pouvoir au camp présidentiel qu’elle accuse de tentations autoritaires. Des négociations entre Bédié et Ouattara, encouragées par la France, ont certes permis la libération de plusieurs opposants dont l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan,  mais des dizaines de personnes restent encore en prison suite aux troubles qui ont suivi la présidentielle d’octobre 2020. 

Outre la fin de la contestation de sa réélection, le président Ouattara attend les lendemains des législatives pour compléter l’architecture institutionnelle. Il va ainsi pourvoir le poste de vice-président de la République laissé vacant depuis la démission de Danien Kablan Duncan. On s’attend également à ce qu’il désigne un nouveau Premier ministre et un nouveau gouvernement pour remplacer l’actuelle équipe restée presque inchangée depuis le décès en juillet 2020 de Amadou Gon Couliabaly. 

Censées clore le calendrier électoral après les locales et les régionales de 2018, la présidentielle de 2020, les législatives de samedi ont valeur de test de vérité pour le pouvoir et l’opposition. Pour les Ivoiriens aussi qui espèrent qu’elles ne débouchent sur aucune violence post-électorale.