L’ONG américaine interpelle l’Union africaine, à laquelle elle demande de « prendre des mesures pour empêcher de nouvelles atrocités. » Dans un communiqué publié lundi 19 octobre, elle accuse les forces armées maliennes et les groupes armés islamistes et séparatistes de commettre de graves violations du droit de la guerre depuis juillet.
« L’armée malienne et son allié, l’Africa Corps contrôlé par la Russie, ont tué et blessé des dizaines de civils lors d’attaques et en détention, en violation du droit international humanitaire. Les combattants islamistes et séparatistes ont également violé le droit de la guerre, notamment en torturant et en exécutant des soldats maliens capturés. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine devrait prendre d’urgence des mesures pour empêcher de nouvelles atrocités au Mali », écrit l’ONG.
« Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA devrait procéder à une surveillance continue de toutes les parties au conflit au Mali en convoquant une session spéciale sur la protection des civils et la détermination des responsabilités, et en leur demandant instamment de mettre fin aux abus», a estimé Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch.
Des frappes de drones « indiscriminées »
Ce communiqué est le fruit d’une enquête conduite à distance entre le 30 juillet et le 20 septembre 2026 auprès de 30 personnes, dont 16 témoins d’abus, des défenseurs des droits humains, des leaders communautaires, des journalistes et un soldat malien. Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux vidéospubliées en ligne montrant les conséquences d’une frappe de drone manifeste et a analysé 12 photographies des débris du drone. Human Rights Watch a également examiné des photographies et des vidéos de victimes d’autres incidents documentés.
Côté forces armées maliennes et alliés, Human Rights Watch documente deux frappes de drones militaires maliens qu’elle juge « manifestement indiscriminées » : l’une dans le village de Talhandak, dans la région de Kidal, le 29 juillet, qui a partiellement détruit un établissement de santé ; et une autre contre un marché du village de Tombonkore, dans la région de Bandiagara, le 19 août, qui a tué six civils et en a blessé au moins 20 autres. Elle revient également sur la mort de cinq filles, tuées par des soldats maliens le 12 juillet lors d’une opération de contre-insurrection dans la région centrale de Ségou et celle de trois civils, tués les 27 et 28 juillet par des miliciens dozos alliés dans la région centrale de Mopti. Elle déplore l’impunité de ces crimes.
Attaque contre un convoi et exécution de prisonniers
Côté groupes armés, elle accuse le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda et ses alliés séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) d’avoir attaqué un convoi militaire dans la région de Gao, à Tabrichat, puis torturé et exécuté au moins 19 soldats maliens faits prisonniers. Sur les vidéos de ces exécutions, on voit distinctement le fils d’Iyad ag Ghali donnant les ordres.
Ces incidents se sont produits dans un contexte de reprise des combats, lors de l’offensive complexe coordonnée menée le 25 avril par les insurgés dans le but de renverser la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta et soutenue par l’Africa Corps. Les forces armées maliennes et leurs alliés ont riposté par des frappes aériennes qui ont tué des civils et par des représailles contre des communautés ethniques accusées de collaborer avec les insurgés.
Human Rights Watch cite plusieurs témoignages de survivants de ces opérations de part et d’autre.
Réponses du GSIM et du FLA
Dans une réponse (anglais, arabe) du 30 septembre à Human Rights Watch, le Comité chariatique du GSIM a indiqué que bien que « le meurtre de prisonniers à Tabrichat ait bien eu lieu, nous n’en avons pas donné l’ordre, non pas parce que cela n’est pas permis dans notre religion, mais parce que nous avons considéré qu’il était dans notre intérêt de nous en abstenir ». Le GSIM ajoute que ces exécutions « ne violent pas notre charia [loi islamique]. » Mohamed Elmaouloud Ramadane, le porte-parole du Front de libération de l’Azawad, a, de son côté, adressé une réponse le 20 septembre par laquelle son organisation « rejette catégoriquement toute allégation selon laquelle ses forces auraient procédé à l’exécution » de soldats maliens. La lettre adressée par l’ONG au ministre de la Défense malien le 5 août n’a reçu aucune réponse.
Human Rights Watch rappelle à toutes les parties au conflit armé au Mali qu’elles « sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun et au protocole II additionnel aux Conventions de Genève de 1949 et au droit de la guerre coutumier. » À cet égard, « les attaques délibérées ou indiscriminées contre des civils ou des biens de caractère civil, y compris des établissements de santé, sont interdites ». Et de poursuivre : « l’article 3 commun et le protocole II prévoient également que toute personne privée de liberté doit être traitée avec humanité en toutes circonstances. Ces personnes doivent notamment être protégées contre le meurtre, la torture et les traitements cruels, humiliants et dégradants. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre. »
