Par Maïssata Koné-Dubois
Après le mystérieux « coup d’État » qui l’avait écarté du pouvoir en novembre 2025, Umaro Sissoco Embaló soigne son retour depuis l’exil. Pendant ce temps, les militaires qui ont pris les commandes de la Guinée-Bissau ont taillé une Constitution à la mesure du président qu’ils ont officiellement renversé. Un hasard, évidemment.
Le coup d’après
Il y a des coups d’État qui renversent des présidents. Et puis il y a ceux qui leur offrent, avec un peu de patience, une seconde chance. En Guinée-Bissau, il semble que le putsch du 26 novembre 2025 appartienne à cette seconde catégorie. À l’époque, la scène avait ressemblé à une farce. Umaro Sissoco Embaló annonçait qu’il était détenu, mais trouvait le moyen de téléphoner aux médias étrangers. Le palais présidentiel, réputé particulièrement bien gardé, était pris par des militaires alors que le chef d’état-major général comptait parmi les soutiens les plus fidèles du président. Dès le lendemain, un proche d’Embaló, le général Horta N’Tam, s’installait à la tête de la transition.
Aussitôt, l’opposition a dénoncé un « auto-coup », destiné à interrompre le processus électoral alors que les résultats des élections présidentielle et législatives devaient être proclamés. Ces résultats, qui n’ont jamais été communiqués, donnaient Umaro Sissoco Embaló battu par Fernando Dias da Costa, soutenu par le PAIGC, le parti d’opposition traditionnellement très influent qui avait été empêché de présenter son propre candidat. Dans la foulée, le président sortant était exfiltré vers le Sénégal et la transition militaire s’installait. Affaire classée ? Pas vraiment.
Un an plus tard, le scénario commence à prendre une tournure plus lisible. Car, les militaires n’ont manifestement jamais rompu avec l’ancien président.
Un homme, une Constitution
La junte avait promis de rendre le pouvoir aux civils. Mais avant de tenir cet engagement, elle a d’abord réécrit les règles du jeu. Le 30 août dernier, les Bissau-Guinéens ont été invités à approuver une nouvelle Constitution par référendum. L’opposition et une partie de la société civile ont appelé au boycott, dénonçant un processus conçu pour préparer le retour de Sissoco Embaló. Selon les résultats officiels, le « oui » l’a largement emporté, 70,42 % des votants ont approuvé le nouveau texte, contre 29,58 % pour le « non ». La participation s’est élevée à 62,63 %.
Cette nouvelle Constitution renforce considérablement les prérogatives du futur président : nomination et révocation du Premier ministre et du gouvernement, création ou suppression de ministères, possibilité de dissoudre le Parlement dans certaines circonstances. Le nombre de députés est également réduit, passant de 102 à 65, les circonscriptions aussi subissent des coups de canifs, elles étaient 29, désormais elles seront 12.
Dans un pays où l’opposition a régulièrement remporté les élections législatives, renforcer les pouvoirs du chef de l’État et réduire le nombre de députés et de circonscriptions n’a évidemment rien d’anodin. C’est même une façon assez judicieuse de contourner le problème. Lorsqu’un président ne dispose pas d’une majorité parlementaire, autant donner davantage de pouvoirs au président. Et voilà là donc un costume constitutionnel soigneusement cousu à la taille de celui qui devrait l’endosser!
Un agenda diplomatique surchargé
Pendant que les militaires au pouvoir font voter la Constitution à Bissau, Sissoco Embaló, lui, travaille son retour depuis l’étranger. Il est régulièrement reçu dans les capitales africaines, en compagnie de ses vieux amis et alliés. En août, il était à Paris et a rencontré Emmanuel Macron, avec lequel il entretient de bonnes relations. Ce rendez-vous « amical » ne figurait d’ailleurs pas à l’agenda du président français. Quelques jours plus tôt, il paradait à Brazzaville, aux côtés de Macky Sall et de Mahamadou Issoufou, où il recevait un doctorat honoris causa.
Son exil ne ressemble en rien à une retraite de président déchu. D’autant qu’en plus qu’Umaro Sissoco Embaló s’emploie à aider son grand ami Macky Sall à devenir le prochain secrétaire général des Nations unies. L’ancien président sénégalais a fait de son homologue bissau-guinéen son principal lobbyiste auprès des dirigeants africains.
Une mission qui offre à l’ancien président guinéen un agenda diplomatique en or. Reçu dans les capitales, invité dans les palais, aperçu aux côtés de chefs d’État et d’anciens dirigeants, il multiplie les rencontres. Même si les chances de Macky Sall d’accéder au secrétariat général de l’ONU paraissent pour le moins ténues, voire nulles, cette suractivité est précieuse pour celui qui aspire à revenir à Bissau.
Les mauvaises langues font observer que l’ancien président bissau-guinéen n’est sans doute pas le meilleur atout de Macky Sall pour aller chercher des voix à l’ONU. Son départ du pouvoir, sur fond de mystérieux « coup d’État », cadre assez mal avec une campagne placée sous le signe de la gouvernance et de la démocratie. Mais pour Umaro Sissoco Embalo, la campagne de Macky Sall lui fournit aujourd’hui un prétexte supplémentaire pour continuer à activer ses réseaux. Conférences, rencontres avec des chefs d’État, distinctions et voyages officiels : de quoi rester visible, cultiver ses relais, ne pas disparaître du paysage politique et de préparer son retour, l’air de rien. En attendant que la Constitution bissau-guinéenne, elle, lui offre l’opportunité de refaire surface sur la scène nationale.
