Face à l’incapacité chronique du pouvoir de transition à remettre la Jirama sur pied, la junte militaire semble prête à toutes les audaces – ou plutôt toutes les imprudences. Pour masquer l’effondrement du système énergétique, elle envisage désormais de nationaliser les importations de carburant, en créant une entreprise publique chargée de superviser l’ensemble du processus.
Par Daniel Sainte-Roche
Cette décision mettrait fin à un dispositif vieux de vingt‑cinq ans axé sur le Groupement Pétrolier de Madagascar (GPM) mis en place sous Didier Ratsiraka en 1999, et qui réunit les filiales locales de TotalEnergies, Vitol SA/Vivo Energy, Rubis Énergie/Galana et du groupe Axian. Jusqu’ici, le GPM organisait les appels d’offres internationaux et garantissait un minimum de stabilité dans l’approvisionnement du pays. La junte, elle, espère reprendre la main quitte à ouvrir la porte à des fournisseurs déjà mis au ban par des sanctions internationales.
Des carburants potentiellement inutilisables
De multiples écueils sont à prévoir avec cette nationalisation. Premier risque : en s’approvisionnant auprès d’acteurs sanctionnés, la nouvelle société publique pourrait importer des produits non conformes aux standards internationaux.
Les produits ainsi obtenus seraient impossibles à utiliser pour les distributeurs, les logisticiens, les compagnies aériennes, les multinationales du BTP ou encore les géants miniers présents dans le pays, dont Rio Tinto et la Korea Mine Rehabilitation & Mineral Resources Corp. Ce scénario pourrait faire basculer Madagascar dans une crise énergétique sans précédent.
Un choc économique en cascade
Deuxième menace : un simple déséquilibre financier ou logistique pourrait provoquer une hausse brutale des prix de l’énergie, avec un effet domino sur l’ensemble du tissu économique. Les projets privés de stockage et d’infrastructures pétrolières seraient immédiatement gelés. La nationalisation introduit par ailleurs un risque majeur : la dépendance à un fournisseur unique, dans un pays déjà fragilisé par l’instabilité politique et la faiblesse de ses réserves stratégiques.
Il faut savoir que lors d’un déplacement à Moscou en février 2026, le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a annoncé la création d’un terminal pétrolier destiné à attirer des investissements russes. Une proposition qui tombe à pic pour le Kremlin. Car Madagascar occupe une position géostratégique de premier ordre : le canal du Mozambique, par lequel transite près d’un tiers du pétrole brut transporté par voie maritime dans le monde. Pour Vladimir Poutine, s’implanter dans la Grande Île serait une manière d’étendre son influence en Afrique australe et orientale, tout en sécurisant un nouveau point d’appui énergétique. Une perspective qui n’a rien d’anodin dans le contexte de la guerre en Ukraine et de l’isolement international de Moscou.
Oman, l’autre prétendant
Officiellement, Antananarivo n’envisage pas un accord exclusif avec la Russie. Le 21 juillet, le chef de la junte, le colonel Michael Randrianirina, a rencontré le dirigeant de l’Oman Investment Authority pour discuter d’une coopération énergétique, notamment sur l’approvisionnement en carburant. Une manière de montrer que Madagascar garde plusieurs cartes en main – ou de faire croire qu’il en a encore.
En s’attaquant au secteur pétrolier, la junte malgache ouvre un chantier dont elle ne maîtrise ni les risques techniques, ni les implications géopolitiques. Entre fournisseurs sanctionnés, dépendance stratégique et appétits russes, Madagascar pourrait bien se retrouver dans une situation plus explosive que celle qu’elle prétend résoudre.
