Le bilan social désastreux du chef de gouvernement marocain Aziz Akhannouch

27/05/2026 – Nicolas Beau

Alors que les législatives de septembre prochain approchent, le bilan du gouvernement marocain sortant présente un double visage : des indicateurs macro-économiques relativement favorables et une réalité sociale bien plus sombre vécue par une large frange de la population. Durant l’automne 2025, la mobilisation des jeunes dans les rues des grandes villes marocaines sous la bannière de GenZ 212 aura été avant tout une explosion sociale ignorée au sommet de l’État

La révolte de l’automne 2025 constitue l’un des épisodes les plus révélateurs de l’échec politique du gouvernement. Le mouvement GenZ 212, apparu en septembre 2025 après la mort tragique de huit femmes en couches dans un hôpital public d’Agadir, a mobilisé des centaines de milliers de jeunes dans les principales villes du royaume, notamment Rabat, Casablanca, Tanger et Agadir.

La réaction des autorités a été principalement répressive. Plus de 600 manifestants ou sympathisants ont été arrêtés, certains condamnés à cinq ans de prison ferme pour avoir simplement appelé à manifester sur les réseaux sociaux. Dans la nuit du 1er au 2 octobre 2025, trois jeunes manifestants ont été tués par des gendarmes. Human Rights Watch a dénoncé une répression violente et appelé le gouvernement à respecter le droit de manifester pacifiquement.

Cette crise met en évidence une contradiction majeure : alors que des milliards ont été investis dans des méga-infrastructures — TGV, ports, stades — en préparation de la Coupe du monde 2030, les hôpitaux publics demeurent dans un état critique et 35,8 % des 15-24 ans sont au chômage. Le slogan du mouvement résumait ce malaise : « À quoi bon des stades quand nous n’avons pas d’hôpitaux dignes de ce nom ? »

Des réalités sociales qui contredisent les chiffres officiels

Le Premier ministre Aziz Akhannouch met en avant une croissance moyenne de 4,5 % entre 2021 et 2025 ainsi qu’une inflation ramenée à 0,8 % en 2025. Toutefois, ces indicateurs macroéconomiques masquent une réalité sociale beaucoup plus contrastée :

  • un taux de chômage de 12,8 %, soit près de 1,5 million de Marocains sans emploi, majoritairement des jeunes ;
  • 33 % de la main-d’œuvre non agricole employée dans le secteur informel, sans véritable protection sociale ;
  • des classes moyennes contraintes de se tourner vers le secteur privé pour l’éducation et la santé, faute de services publics accessibles ;
  • l’émergence d’un « Maroc à deux vitesses », expression que le roi Mohammed VI lui-même avait évoquée dans son discours du Trône de juillet 2025.

Conflits d’intérêts et crises de gouvernance

Au-delà d’une communication gouvernementale jugée insuffisante, l’exécutif Akhannouch fait face à de nombreuses accusations de conflits d’intérêts. La fortune personnelle d’Aziz Akhannouch, milliardaire à la tête du groupe pétrolier Akwa, alimente notamment les critiques, ses affaires ayant continué à prospérer durant son mandat.

Le compte Telegram Jabaroot a également marqué l’actualité en révélant l’achat discret, par Nizar Baraka, d’un terrain à bâtir à Rabat. Cette affaire a sérieusement terni l’image d’intégrité que le secrétaire général de l’Istiqlal avait construite au fil des années. Du côté du PAM, Fatim-Zahra Mansouri et Mehdi Bensaid sont régulièrement visés par des accusations de mauvaise gestion et d’affairisme.

La méthode employée par Jabaroot — exposer des informations compromettantes sur des responsables politiques à l’approche des élections — semble d’ailleurs s’intensifier à mesure que le scrutin approche.

La justice sociale au cœur du scrutin de septembre

Une lecture uniquement centrée sur les rivalités partisanes et personnelles risque de sous-estimer la dimension programmatique des législatives de septembre. Tout indique que la question de la justice sociale constituera le principal critère d’évaluation des candidats par les électeurs marocains.

Le mouvement GenZ 212 a cristallisé un mécontentement transversal : jeunes diplômés au chômage, classes populaires frappées par la précarité et classes moyennes contraintes de recourir au privé pour se soigner ou scolariser leurs enfants convergent autour d’une même revendication : la réforme profonde des services publics.