Les kamikazes de l’aéroport de Niamey ciblaient les drones

31/01/2026 – La rédaction de Mondafrique

Après Bamako, il y a seize mois, Niamey. L’attaque djihadiste qui a visé la base de l’armée de l’Air du Niger, dans la nuit du 28 au 29 janvier, a été repoussée avec son lot de ruines et de cadavres. On connaît désormais l’identité des assaillants, leur mode opératoire et leur mobile. Les dirigeants nigériens, eux, continuent de soupçonner une main étrangère.

La spectaculaire attaque conduite contre l’aéroport de la capitale du Niger a commencé à livrer ses mystères. Un communiqué du ministère de la Défense, diffusé jeudi soir, a fourni des détails précis : l’heure (00h20), la durée (une trentaine de minutes), le déroulement (« des assaillants à bord de motos arrivés tous phares éteints ») et le bilan. Côté ami : 4 militaires blessés, du matériel endommagé dont « un stock de munitions » incendié, ainsi que des dommages mineurs occasionnés dans leur fuite par les terroristes « tirant à la sauvette » sur trois aéronefs civils stationnés, dont deux de la compagnie Asky. Côté ennemi, « la vigoureuse réponse aéroterrestre a permis la neutralisation de 20 mercenaires et l’arrestation de 11 autres, dont la majorité est grièvement blessée, ainsi que la récupération d’un important matériel de guerre et des motocyclettes. »

Remerciement appuyé aux « partenaires » russes

Le communiqué signé du ministre de la Défense, le général Salifou Modi, se félicite de « la parfaite coordination du dispositif de sécurité de la base aérienne appuyé par les forces de défense et de sécurité de la ville de Niamey », qui semble attestée par la brièveté de l’accrochage. Officiellement, aucune autre force, à l’exception des partenaires russes chaudement remerciés par le chef de l’État, n’a participé à ces événements. Ni les 350 Italiens déployés à l’aéroport de Niamey dans le cadre de la Mission bilatérale de soutien à la République du Niger ni la nouvelle force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, également logée à la base 101, qui réunit des soldats du Niger, du Mali et du Burkina Faso. 

Prisonniers capturés après l’attaque. Capture d’écran.

Bien sûr, il y a ce que le communiqué ne précise pas. Il ne dit pas, par exemple, que le troisième aéronef touché par des balles est ivoirien. La mauvaise relation entre les autorités de Niamey et d’Abidjan explique cette omission. Il ne fournit pas non plus les détails matériels des destructions. Des appareils militaires ont-ils été endommagés ? Selon des sources de Mondafrique, c’est notamment le cas d’un Cessna détruit par un drone kamikaze. Le communiqué ne dit pas non plus comment les assaillants ont réussi à pénétrer dans une des zones les plus surveillées de la capitale, sans se faire repérer. Il ne dit pas que le passage des terroristes s’enfuyant de la base 101 vers l’aéroport civil, qui est contigu à l’aéroport militaire, a été facilité par le manque de résistance opposée par gendarmes et policiers sur place.

Il ne précise pas le rôle précis joué par les militaires russes. Mais le général Abdourahamane Tiani, qui s’est rendu dans la matinée à l’Escadrille, a, lui, publiquement remercié les « partenaires russes pour leur prompte réaction qui a permis, dans les 20 minutes suivantes, de mettre l’ennemi en déroute », ajoutant plus loin qu’ils avaient « défendu avec professionnalisme leur secteur de sécurité. » Il semble que ce sont les Russes qui ont fait fonctionner la défense anti-aérienne dans une gerbe de feu qui a illuminé, pour la première fois, le ciel nocturne de la capitale.

Un commando de l’État islamique visant les drones 

Selon une source de Mondafrique en contact avec l’État islamique au Sahel (EIS), c’est un commando de cette organisation qui serait l’auteur de l’attaque, composé de 15 motos (soit 30 hommes) et d’un véhicule 4×4 – transportant probablement les « chefs ». Selon cette source, 4 membres du groupe – peut-être les passagers de ce véhicule dont nul ne fait mention – ont réussi à s’enfuir. Les « cavaliers » à  moto étaient, eux, en mission kamikaze. Leur but : détruire les drones militaires qui gênent considérablement l’EIS dans ses déplacements au Niger, de la zone des trois frontières au nord-ouest du Nigeria (voir article plus bas.) Quatre hommes, deux Saharouis et deux Peuls, seraient entrés à Niamey début janvier pour organiser la logistique. Les motos et certains matériels auraient été achetés sur place. L’État islamique a revendiqué l’opération vendredi, dans un communiqué en arabe où le groupe dit avoir « infligé d’importants dégâts matériels à l’infrastructure militaire. » 

Selon nos informations, le responsable de l’opération est bien connu de l’armée nigérienne. Abdou Tcheyguel est l’un des principaux chefs militaires de l’EIS et bien que Nigérien, il est l’émir d’Indélimane, un village du cercle d’Ansango au Mali, fief de longue date de l’organisation. Quant au cadavre blanc de peau aux cheveux roux, dont la photo a beaucoup circulé en le faisant passer pour celui d’un Français, il s’agit de celui d’un combattant sahraoui.

Il semble bien que la capitale se préparait depuis le début de l’année à un événement de ce genre. Depuis la mi-janvier des alertes avaient été données et elles avaient d’ailleurs circulé sur les réseaux sociaux pro-Bazoum, qui ironisaient alors sur la paranoïa du général Tiani. Les mêmes acteurs en ligne ont abondamment commenté l’attaque jeudi, à travers de nombreux récits et détails invérifiables, voire inventés de toutes pièces. Le fait que ces personnes hors du pays – notamment en France – semblent se réjouir de chaque attaque contre le Niger contribue à nourrir la frustration des Nigériens vivant sur place et la théorie d’un soutien de Paris aux forces de déstabilisation locales, qu’elles soient rebelles – comme le groupe qui sabote régulièrement l’oléoduc – ou djihadistes. Abdourahamane Tiani martèle ces accusations. Il a jeudi, dans l’interview improvisée à l’Escadrille, accusé nommément Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara d’être les « sponsors » de ces « mercenaires téléguidés ». L’ambassadrice du Niger en Côte d’Ivoire a d’ailleurs été convoquée le lendemain par le ministre des Affaires étrangères à Abidjan pour s’en expliquer.

Le bras de fer politique et judiciaire engagé entre la France et le Niger sur le sort de 1000 tonnes d’uranate entreposées justement à l’aéroport, en vue d’une future vente, est une raison de plus pour que le général Tiani voie la main de Paris dans cette attaque. 

L’Etat islamique trace sa route du Mali vers le Nigeria via le Niger