Pendant une semaine, les salles obscures de Marennes et de Saint-Pierre-d’Oléron deviennent des lieux de rencontre avec les cinématographies africaines. Pour sa dix-septième édition, Visions d’Afrique propose une programmation qui fait dialoguer œuvres contemporaines, films patrimoniaux, documentaires et rencontres avec des artistes.
Le festival traverse cette année un moment particulier. Son fondateur et président, Gérard La Cognata, est décédé le 22 décembre 2025. Cette première édition organisée sans lui entend prolonger son ambition : faire découvrir au public français la richesse des cultures africaines à travers le cinéma, mais aussi la littérature et la musique.
Dans un paysage où de nombreux films africains rencontrent encore des difficultés de distribution, cette manifestation joue un rôle essentiel. Elle offre aux spectateurs la possibilité de découvrir des œuvres rarement accessibles dans les circuits commerciaux traditionnels.
Alain Gomis et Nollywood au cœur de la programmation
Le cinéaste franco-sénégalais Alain Gomis occupe une place importante dans cette édition. Son travail explore depuis plusieurs années les questions d’identité, de mémoire, de transmission et d’appartenance.
Le festival programme notamment « Aujourd’hui (Tey) » et « Dao ». Ce dernier film suit des trajectoires familiales entre la Guinée-Bissau et la France, en faisant dialoguer les cérémonies, les souvenirs et les liens qui unissent plusieurs générations.
Chez Alain Gomis, les personnages ne sont jamais enfermés dans une identité simple. Ils portent plusieurs histoires, plusieurs langues et différentes manières d’habiter le monde.
Cette approche rejoint l’un des enjeux du festival : montrer un continent dont les récits dépassent largement les frontières géographiques.
Autre temps fort, un focus consacré à Nollywood, la puissante industrie cinématographique nigériane. La programmation comprend notamment « Un jour avec mon père », d’Akinola Davies Jr., et « The Fisherman », de Zoey Martinson.
Cette sélection permet de regarder au-delà de l’image souvent associée à Nollywood, celle d’une industrie tournée vers une production commerciale abondante.
Le cinéma nigérian se distingue désormais par la diversité de ses ambitions artistiques, de ses modèles de financement et de ses circuits internationaux. Les nouvelles générations expérimentent différentes écritures, tout en conservant un ancrage fort dans leurs sociétés.
La mémoire de l’esclavage
Visions d’Afrique consacre également une partie de sa programmation à l’histoire de l’esclavage et à ses représentations cinématographiques.
Cette rétrospective prend une résonance particulière en 2026, vingt-cinq ans après l’adoption de la loi Taubira, qui reconnaît en France la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.
Parmi les œuvres présentées figurent « Rue Cases-Nègres », d’Euzhan Palcy, « West Indies – Les Nègres marrons de la liberté », de Med Hondo, et « 12 Years a Slave », de Steve McQueen.
Ces films abordent des périodes et des expériences différentes, mais posent une question commune : comment le cinéma peut-il transmettre une histoire marquée par la domination, la résistance et la lutte pour la liberté ?
La programmation laisse également une place aux nouvelles écritures documentaires et aux regards portés sur les sociétés africaines contemporaines.
« Liti Liti », de Mamadou Khouma Gueye, « Mothers of Chibok », de Joel ‘Kachi Benson, et « Congo Boy », de Rafiki Fariala, font partie des œuvres annoncées.
Le festival accueille aussi des rencontres littéraires, notamment avec l’écrivaine marocaine Zineb Mekouar. La musique participe à cette ouverture, avec une soirée associant un concert de Pamela Badjogo et la projection de « Fantastique ».
La force de Visions d’Afrique réside dans cette programmation qui refuse de réduire le continent à un seul genre ou à une seule histoire.
À travers les films et les échanges avec leurs auteurs, le festival rappelle que les cinématographies africaines sont à la fois des lieux de création, de mémoire et de débat.
Informations pratiques : Festival Visions d’Afrique, du 14 au 20 octobre 2026. Cinéma l’Eldorado, 5 rue de la République à Saint-Pierre-d’Oléron, et cinéma l’Estran, place Carnot à Marennes. Séance : 8 euros, abonnement cinq films : 25 euros. Programme complet : visionsdafrique.fr.
