Cheikh Sidi Bémol, du guellal au Québec

07/10/2026 – La rédaction de Mondafrique

Avec Guellal Montréal, son treizième album, Cheikh Sidi Bémol fait dialoguer traditions algériennes et poésie autochtone du Québec. Entre guellal, melhoun, rock et blues, Hocine Boukella poursuit une aventure musicale commencée il y a près de trente ans, où les héritages se rencontrent sans jamais se confondre.

Il y a d’abord un son : celui du guellal, percussion emblématique de l’Ouest algérien, reconnaissable à ses basses profondes et à ses frappes sèches. Puis un déplacement, vers Montréal, à plusieurs milliers de kilomètres de l’Algérie. C’est entre ces deux géographies que Cheikh Sidi Bémol a construit son nouvel album.

Sorti le 18 septembre 2026, Guellal Montréal est le treizième disque de Hocine Boukella, alias Cheikh Sidi Bémol. Depuis son premier album en 1998, le musicien algérien développe une écriture où rock, blues, rythmes populaires, culture amazighe et poésie se rencontrent sans hiérarchie. Une méthode qu’il a baptisée avec humour le « gourbi-rock », comme pour mieux refuser les catégories trop propres.

Cette fois, la rencontre dépasse le seul mélange des genres musicaux. L’album est né de plusieurs séjours au Québec et de la découverte de textes et de spiritualités liés aux peuples autochtones du Canada. À Chicoutimi notamment, Boukella dit avoir été frappé par certaines résonances avec l’univers amazigh : le rapport à la terre, à la nature et à la mémoire, mais aussi une manière de penser la place de l’être humain dans son environnement.

Quand le guellal traverse l’Atlantique

Cheikh Sidi Bémol ne cherche pas à faire de ces cultures lointaines des miroirs parfaits. Il part plutôt des correspondances qu’il perçoit pour les transformer en matière musicale.

Des textes inspirés de la poésie autochtone trouvent ainsi une nouvelle forme en kabyle, en arabe ou en français. Le guellal assure le fil conducteur de l’ensemble. Traditionnellement associé aux musiques populaires de l’Ouest algérien, l’instrument accompagne notamment le melhoun, poésie chantée qui a profondément nourri les répertoires régionaux et compte parmi les racines du raï.

Pour ce projet, un guellal a même été fabriqué à Montréal. Le geste résume l’esprit de l’album : déplacer un instrument, mais surtout la mémoire qu’il transporte, puis le faire résonner dans un nouvel environnement.

Parmi les morceaux qui incarnent cette rencontre figure Ya Gamra Dawi. Cette chanson d’amour en darija est née d’un texte autochtone découvert au Québec. La lune y devient l’intermédiaire auquel on confie ceux que l’on aime. Une image suffisamment simple et universelle pour franchir les langues sans effacer leurs différences.

Le percussionniste Mehdi Askeur, membre de l’Orchestre National de Barbès, participe également au projet. Autour du guellal restent présentes les guitares électriques et cette couleur blues-rock qui accompagne Cheikh Sidi Bémol depuis ses débuts.

Son parcours discographique raconte d’ailleurs cette fidélité au métissage : El Bandi, Gourbi Rock, Paris Alger Bouzeguène, Afya ou encore Chouf ! ont progressivement installé une musique difficile à enfermer dans un genre unique.

Une tradition qui reste en mouvement

C’est précisément cette liberté qui donne sa cohérence à près de trente ans de carrière. Chez Hocine Boukella, le patrimoine n’est jamais traité comme une pièce à conserver sous verre. Il peut croiser le rock, le blues ou des récits venus d’un autre continent sans perdre ses attaches.

Guellal Montréal pousse cette logique plus loin. Le disque ne prétend pas fusionner cultures algériennes et autochtones en une identité commune. Il cherche plutôt ce que leur rencontre peut produire lorsqu’elle passe par la sensibilité d’un musicien, ses traductions et ses propres souvenirs.

https://youtube.com/watch?v=KX6t0zSEj88%3Ffeature%3Doembed

Le 25 septembre, Cheikh Sidi Bémol a présenté l’album au Cabaret Sauvage, à Paris, lors du concert de lancement de sa nouvelle tournée. Le duo IWAL, dont l’univers puise notamment dans les sonorités des Aurès, assurait la première partie. Aux titres du nouvel album se sont ajoutés plusieurs morceaux devenus familiers de son répertoire, parmi lesquels Blad Tchina, El Bandi et Ma Kayen Walou.

La tournée doit désormais prolonger cette circulation, avec des étapes en France et en Belgique, puis des passages envisagés en Algérie en 2027 et au Canada.

Près de trois décennies après son premier disque, Boukella continue ainsi de défendre une idée simple : une tradition reste vivante lorsqu’elle accepte de voyager. Avec Guellal Montréal, le voyage traverse l’Atlantique et revient chargé de nouvelles voix.

Informations pratiques

Album : Guellal Montréal
Artiste : Cheikh Sidi Bémol – Hocine Boukella
Sortie : 18 septembre 2026
Format : 12 titres, disponible en physique et en numérique
Label : CSB Productions
Distribution : L’Autre Distribution
Tournée : concerts annoncés en France et en Belgique, avant des étapes prévues en Algérie et au Canada
À noter : un ouvrage associé au projet, comprenant notamment paroles, traductions et partitions, est proposé autour de l’album et lors de certains concerts.