Le 3 octobre, l’Institut du monde arabe consacre une longue soirée aux récits venus du Sahel, de Kabylie et du Liban. Quatre conteurs et conteuses feront surgir des figures féminines puissantes, entre traditions orales et écritures contemporaines, dans une veillée placée sous le signe de la transmission.
À l’Institut du monde arabe, les histoires vont circuler d’une rive à l’autre. Le 3 octobre, de 18h30 à 22h30, la Nuit du conte réunit Hanane Hajj Ali, Praline Gay-Para, Thierno Diallo et Rachid Akbal, accompagnés au chant et à la musique par Elie Maalouf. Pendant quatre heures, la Salle du Haut Conseil se transforme en espace de récit où se rencontrent le Sahel, la Kabylie et le Liban.
Cette édition s’inscrit dans la saison que l’IMA consacre aux rituels du mariage dans le monde arabe, en écho à l’exposition Vive la mariée !. Mais plutôt que de s’attarder sur les cérémonies et leurs codes, la soirée choisit le détour par l’imaginaire. Les « mariées » annoncées par le programme deviennent ainsi des femmes qui résistent, combattent, rusent ou transforment le monde grâce à la parole.
La référence à Shéhérazade n’est évidemment pas anodine. Dans Les Mille et Une Nuits, raconter permet de gagner du temps, mais surtout de reprendre prise sur son destin. C’est cette force de la parole féminine que la Nuit du conte entend décliner à travers plusieurs traditions narratives.
Des héroïnes qui traversent les frontières
Les quatre artistes invités apportent chacun une relation singulière au récit. Né au Sénégal, Thierno Diallo raconte depuis de nombreuses années des histoires d’Afrique et d’ailleurs. Lauréat du Grand Prix des Conteurs en 2006, il travaille particulièrement autour de la tradition orale ouest-africaine et de sa transmission contemporaine. Son parcours comprend notamment Les femmes du Waalo, consacré à des figures féminines de l’histoire sénégalaise. Il est également à l’origine d’un festival du conte organisé à Dakar et à Hann.
Rachid Akbal, qui conçoit cette Nuit du conte, navigue pour sa part entre théâtre et narration. Le comédien, auteur et metteur en scène franco-algérien développe depuis plusieurs décennies une écriture nourrie notamment par les mémoires de l’Algérie, de l’immigration et des révolutions arabes. Avec sa compagnie Le Temps de Vivre, il défend un théâtre-récit qui confronte les histoires anciennes aux préoccupations contemporaines.
La comédienne libanaise Hanane Hajj Ali apporte une autre voix à cette traversée. Figure reconnue du théâtre au Liban, membre du Théâtre Hakawati, elle a participé à de nombreuses créations où le récit et la mémoire occupent une place centrale. Elle vient spécialement du Liban pour cette soirée parisienne.
Enfin, Praline Gay-Para, née au Liban et formée en ethnolinguistique, travaille depuis plusieurs décennies sur le conte traditionnel mais aussi sur les récits de vie, les rumeurs et les histoires urbaines. Son approche fait volontiers se rencontrer merveilleux et quotidien, faisant du conte une forme en mouvement plutôt qu’un patrimoine figé.
Cette diversité donne tout son sens au voyage proposé : les histoires ne sont pas présentées comme des objets folkloriques attachés à un territoire précis. Elles se répondent, changent de voix et révèlent des préoccupations communes malgré les distances.
Quand le conte parle au présent
La Nuit du conte rappelle surtout que l’oralité reste une pratique bien vivante. Les récits transmis de génération en génération continuent de se transformer au contact des sociétés actuelles, des migrations et des expériences individuelles.
C’est aussi tout l’enjeu du festival Rumeurs Urbaines, dans lequel s’inscrit la soirée. Produit par la compagnie Le Temps de Vivre, ce festival du conte et des arts du récit célèbre sa 27e édition du 23 septembre au 24 octobre 2026. Il défend une conception contemporaine de l’oralité, capable d’intégrer théâtre, musique et préoccupations sociales.
À l’IMA, cette approche prend une dimension particulière. En réunissant des artistes liés au Sénégal, à l’Algérie et au Liban, la soirée met en évidence les circulations qui existent entre Afrique subsaharienne, Maghreb et Proche-Orient. Les récits diffèrent, mais certains motifs se retrouvent : la ruse, la résistance, le désir d’émancipation ou la capacité des femmes à renverser les rapports de force.
Le choix d’une veillée de quatre heures favorise également une écoute différente. Ici, pas de spectacle expédié en une heure : la soirée revendique le temps long du conte, avec une pause prévue au milieu du programme. Une formule volontairement familiale, accessible dès six ans, qui permet aux générations de partager le même espace d’écoute.
Informations pratiques
Événement : La Nuit du conte à l’IMA
Date : samedi 3 octobre 2026
Horaires : de 18h30 à 22h30
Lieu : Institut du monde arabe, Salle du Haut Conseil, 9e étage, Paris
Avec : Hanane Hajj Ali, Thierno Diallo, Praline Gay-Para et Rachid Akbal
Musique et chant : Elie Maalouf
Public : en famille, à partir de 6 ans
Tarif plein : 14 €
Tarif réduit : 10 €
Tarif famille : 6 € par enfant et 10 € par adulte selon les conditions de l’IMA
Réservation : obligatoire.
