Soixante-dix ans après le Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, organisé à la Sorbonne en septembre 1956, Présence Africaine et plusieurs institutions universitaires reviennent le 26 septembre sur ce moment majeur de l’histoire intellectuelle des décolonisations. À Reid Hall, projections, conférence et table ronde interrogeront l’héritage d’une rencontre qui réunit alors certaines des grandes voix africaines et diasporiques.
Du 19 au 22 septembre 1956, à l’initiative de l’intellectuel sénégalais Alioune Diop et de la revue Présence Africaine, écrivains, artistes et penseurs venus d’Afrique, des Antilles et des États-Unis se retrouvent à la Sorbonne. Dans un monde encore largement colonial, le congrès veut créer un espace commun de réflexion sur les cultures noires, le racisme, la colonisation et les conditions d’une émancipation politique et intellectuelle.
Une rencontre historique à la Sorbonne
Fondée en 1947 par Alioune Diop, Présence Africaine était devenue en moins d’une décennie un lieu essentiel de circulation des idées entre intellectuels africains et diasporiques. Le congrès de 1956 prolonge cette ambition en réunissant des personnalités dont plusieurs occuperont ensuite une place centrale dans l’histoire politique et culturelle du continent.
Léopold Sédar Senghor y prononce une conférence sur les cultures négro-africaines, Frantz Fanon intervient sur « Racisme et culture », Aimé Césaire sur « Culture et colonisation », tandis qu’Amadou Hampâté Bâ présente une communication consacrée à la culture peule. Jacques Rabemananjara, Jean Price-Mars ou encore Jacques Stéphen Alexis figurent également parmi les participants. Les archives sonores de l’INA conservent une partie de ces interventions.
Le rassemblement dépasse la seule littérature. Il entend affirmer la légitimité des cultures africaines et noires à un moment où les mouvements indépendantistes prennent de l’ampleur. À son issue naît la Société africaine de culture, destinée à prolonger les liens intellectuels établis à Paris.
De 1956 à 2026
La rencontre du 26 septembre ne cherche pas seulement à commémorer cet épisode. Elle entend mesurer ce que ses débats ont transmis et ce qu’ils peuvent encore signifier aujourd’hui. Des extraits de Lumières noires, documentaire réalisé en 2006 par Bob Swaim à l’occasion du cinquantenaire du congrès, ouvriront la matinée.
Une conférence intitulée « Présence Africaine, hier et aujourd’hui » réunira le poète et romancier Daniel Maximin, Boniface Mongo-Mboussa, rédacteur en chef de la revue Présence Africaine, et l’historien de l’art Nicolas Baudouin. Elle reviendra sur le rôle joué par la revue et la maison d’édition dans la constitution d’un espace intellectuel reliant Afrique, Caraïbes, Europe et Amériques.
Un héritage toujours discuté
La table ronde « De 1956 à 2026 : quel héritage ? » réunira Boniface Mongo-Mboussa, Lotte Arndt, Valérie Berty et Keithley Woolward. Il s’agira notamment d’interroger la circulation actuelle des œuvres, des idées et des intellectuels africains, mais aussi la manière dont ont évolué les questions d’identité, de représentation et de transmission depuis les indépendances.
L’anniversaire se prolonge par ailleurs au-delà de Reid Hall. Présence Africaine accompagne en 2026 plusieurs manifestations liées au Congrès de 1956, dont une exposition présentée à la Sorbonne du 17 septembre au 30 octobre.
Informations pratiques
Événement : 70e anniversaire du Premier Congrès des écrivains et artistes noirs
Date : 26 septembre 2026, de 15 h à 18 h
Lieu : Reid Hall – Columbia Global Paris Center, 4 rue de Chevreuse, Paris 6e
Organisation : Columbia Global Paris Center, Columbia M.A. in History and Literature, Présence Africaine, Sarah Lawrence in France et NYU in Paris
Langue : français
Accès : gratuit sur inscription ; événement actuellement complet, liste d’attente ouverte
