Le Tamanoir de Gennevilliers ouvre sa saison avec Nawel Ben Kraïem et Amel Zen. Deux voix venues de Tunisie et d’Algérie, deux parcours construits en France, et une même manière de faire dialoguer héritages nord-africains, rock, chanson et poésie contemporaine.
Samedi 26 septembre, Le Tamanoir ouvre sa nouvelle saison avec une soirée qui résume assez bien la place prise aujourd’hui par les créations franco-maghrébines dans les musiques actuelles. Nawel Ben Kraïem et Amel Zen ne viennent pas juxtaposer deux répertoires « du monde » : l’une comme l’autre travaillent à partir d’héritages nord-africains qu’elles déplacent vers le rock, la chanson, le folk ou la poésie. La salle de Gennevilliers les présente d’ailleurs comme ses deux nouvelles artistes associées, signe d’un accompagnement appelé à dépasser ce seul concert.
Les trajectoires sont différentes. Franco-Tunisienne, Nawel Ben Kraïem a grandi en Tunisie avant de commencer sa carrière en France au sein de plusieurs formations. Elle passe notamment par Orange Blossom avant de poursuivre en solo. En 2009, elle est lauréate du Prix Découvertes RFI. Depuis, son parcours s’est construit entre musique et écriture, avec plusieurs albums mais aussi deux recueils de poésie.
Son dernier album, Troubles, sorti en mai, rassemble dix titres et marque son retour à un disque de chansons originales après six ans. Français, arabe et anglais s’y côtoient, portés par une voix grave et une instrumentation qui circule entre rock, folk et sonorités nord-africaines. Le projet a été enregistré entre la France et l’Algérie. Chez Ben Kraïem, l’hybridation n’est pas un habillage : elle traverse les langues, la composition et une écriture où la chanson reste étroitement liée au travail poétique.
Deux manières de déplacer les héritages
Amel Zen part d’un autre socle. Formée à la musique andalouse, la chanteuse algérienne se fait connaître dans son pays à partir de 2007 avant de développer un univers où le rock rencontre les musiques d’Afrique du Nord. Son deuxième album, Joussour, paru en 2019, dit déjà ce projet dans son titre : « les ponts ». Racines amazighes, rythmes nord-africains et instrumentation contemporaine y construisent un espace qui refuse de choisir entre tradition et création actuelle.
Installée en France depuis 2022, Amel Zen poursuit ce travail au fil de collaborations et de projets collectifs. Son parcours l’a notamment amenée à travailler avec Manu Chao et Rosalía, et à participer à un hommage à Idir aux côtés de Maxime Le Forestier et Francis Cabrel. Le Tamanoir l’accompagne désormais comme artiste associée, dans un dispositif qui met à disposition des artistes des moyens techniques, des résidences et un soutien à la création.
Ce qui rapproche les deux chanteuses tient donc moins à leurs origines qu’à leur manière d’en faire une matière musicale vivante. Ni Nawel Ben Kraïem ni Amel Zen ne traitent le patrimoine comme un répertoire figé. La première passe d’une langue à l’autre et fait entrer la poésie dans la chanson ; la seconde confronte sa formation andalouse et son héritage amazigh au rock et aux formes électriques. Leur réunion dessine une scène maghrébine qui se pense simultanément depuis Alger, Tunis et les villes françaises où ces musiques se développent.
Une ouverture de saison entourée d’invités
La soirée du 26 septembre prendra aussi la forme d’une rencontre élargie. Autour de Nawel Ben Kraïem sont annoncés Awa Ly, Mouss & Hakim et le guitariste Yan Péchin. Plusieurs de ces artistes réapparaîtront ensuite dans la programmation automnale du Tamanoir, qui revendique pour cette ouverture une esthétique allant du chaâbi au rock et au « folk’n raï ».
Le choix de Nawel Ben Kraïem et Amel Zen pour lancer la saison n’est ainsi pas seulement celui de deux voix féminines issues du Maghreb. Il met en avant une génération d’artistes pour laquelle plusieurs appartenances musicales peuvent coexister sans devoir être fondues dans une catégorie unique. À Gennevilliers, le 26 septembre, le Maghreb se donnera à entendre moins comme une origine que comme un terrain de création.
Informations pratiques
Nawel Ben Kraïem + Amel Zen & invité·es, samedi 26 septembre 2026 au Tamanoir, 27 avenue Lucette-Mazalaigue, 92230 Gennevilliers. Ouverture des portes à 20 h 30, début des concerts à 21 h. Prévente : 15 euros, tarif réduit 12 euros ; sur place : 18 euros, tarif réduit 15 euros. Gratuit pour les moins de 12 ans et pour les adhérents, dans la limite des places disponibles et sur réservation.
