Le 25 septembre, le SaazBuzz Jazz Festival clôt sa deuxième édition au Trianon avec Richard Bona, Mamani Keïta, Arat Kilo, Mike Ladd et les Shanbehzadeh. Une soirée où jazz contemporain, traditions d’Afrique centrale, héritages mandingues, ethio-jazz, funk et musiques du Golfe Persique se répondent.
Pour sa deuxième édition, le SaazBuzz Jazz Festival construit trois soirées comme un parcours entre plusieurs géographies musicales. Après une « Persian Jazz Night » le 23 septembre puis une soirée consacrée aux musiques du Moyen-Orient le 24 au New Morning, le festival rejoint le Trianon pour sa clôture. Le 25 septembre, l’Afrique occupe une place centrale dans une programmation où les traditions ne sont jamais présentées isolément, mais confrontées au jazz, au groove et à l’improvisation contemporaine.
Richard Bona en sera la tête d’affiche avec son quintet. Bassiste, chanteur, compositeur et multi-instrumentiste camerounais, il s’est imposé depuis les années 1990 sur la scène internationale en travaillant notamment avec Herbie Hancock, Pat Metheny, Chick Corea, Bobby McFerrin, George Benson ou Chucho Valdés. Sa musique conserve une forte présence des rythmes et des langues d’Afrique centrale tout en circulant entre jazz, pop, funk, musiques latines et afropop.
Le concert du Trianon repose précisément sur cette capacité à relier plusieurs traditions sans les fondre dans un langage uniforme. Le Richard Bona Quintet clôturera la soirée avec une musique où virtuosité instrumentale, mélodie et improvisation restent indissociables. Le festival le présente comme la rencontre entre les traditions d’Afrique centrale et l’énergie du jazz contemporain.
De Bamako à Addis-Abeba
Avant Richard Bona, Mamani Keïta retrouvera Arat Kilo et le rappeur-poète américain Mike Ladd. Leur collaboration ne date pas d’hier. En 2018, l’album Visions of Selam avait déjà réuni l’ethio-jazz du collectif parisien, les mélodies maliennes de Mamani Keïta et le hip-hop de Mike Ladd. Le projet cherchait alors à créer un espace commun entre musique éthiopienne, chant mandingue et culture rap américaine.
Cette association s’est poursuivie avec Danama, paru en 2025. Arat Kilo y reste ancré dans l’ethio-jazz des années 1960 et 1970 tout en élargissant son vocabulaire au funk, au rap, aux brass bands et à des rythmiques électroniques plus contemporaines. La voix de Mamani Keïta y conserve sa force mélodique tandis que Mike Ladd apporte un spoken word plus politique et urbain.
Née à Bamako, Mamani Keïta a commencé sa carrière comme choriste de Salif Keita avant de développer un parcours personnel où musique malienne, électro et expérimentations occidentales occupent une place croissante. Electro Bamako, au début des années 2000, avait déjà marqué cette volonté de sortir les traditions mandingues de leur cadre attendu. Sa présence avec Arat Kilo au Trianon prolonge donc un travail engagé depuis plus de vingt ans sur la circulation des formes musicales.
Le rapprochement est d’autant plus intéressant que l’ethio-jazz d’Arat Kilo vient d’une autre histoire africaine. Le groupe s’inspire notamment de la scène d’Addis-Abeba des années 1960 et 1970, lorsque jazz, soul et funk se mêlaient aux modes et aux mélodies éthiopiennes. À Paris, cette tradition rencontre ainsi la voix malienne de Mamani Keïta et le spoken word américain de Mike Ladd : non pas une juxtaposition, mais une véritable écriture commune.
Une soirée construite sur les circulations
L’ouverture confiée à Saeid et Naghib Shanbehzadeh élargit encore la géographie de la soirée. Originaires de Bushehr, dans le sud de l’Iran, ils font entendre les traditions du Golfe Persique à travers le ney-anbân, cornemuse locale, et les percussions. Leur présence rappelle que les musiques de cette région portent elles aussi la trace de circulations anciennes entre le Golfe, l’Afrique orientale et l’océan Indien. Le Trianon les présente comme les dépositaires d’un patrimoine transmis de génération en génération.
C’est cette logique de circulation qui donne sa cohérence à la soirée. Le SaazBuzz Jazz Festival ne réunit pas simplement plusieurs « musiques du monde » sous une même affiche. Il cherche plutôt à montrer comment le jazz peut servir de langue commune entre des traditions venues d’Afrique centrale, d’Afrique de l’Ouest, d’Éthiopie, du Golfe Persique et des États-Unis.
Richard Bona et Mamani Keïta n’y partageront donc pas un même concert au sens strict : chacun intervient dans un projet distinct. Mais leur présence sur une même soirée résume bien l’ambition de cette clôture. Tous deux ont construit leur carrière en refusant l’opposition entre héritage et modernité, et en faisant des circulations internationales une matière de création.
Informations pratiques
Festival : SaazBuzz Jazz Festival, 2e édition
Date : 25 septembre 2026
Horaire : ouverture des portes à 19 h, concerts à partir de 20 h
Lieu : Le Trianon, 80 boulevard de Rochechouart, Paris 18e
Programme : Saeid & Naghib Shanbehzadeh ; Arat Kilo avec Mamani Keïta et Mike Ladd ; Richard Bona Quintet
Placement : libre assis.
