Tanjazz transforme Tanger en carrefour musical international (18-20 septembre)

22/09/2026 – La rédaction de Mondafrique

Du 18 au 20 septembre, Tanjazz revient à Tanger pour une 23e édition mêlant jazz, flamenco, soul, funk, swing, afrobeat et musiques cubaines. Dee Dee Bridgewater, Rodrigo y Gabriela, Diego El Cigala et Buena Vista All Stars incarnent une programmation conçue à l’image d’une ville ouverte aux circulations musicales.

À Tanger, le jazz a depuis longtemps dépassé les frontières d’un genre musical. Tanjazz en a fait son principe depuis sa création en 2000 : accueillir des artistes venus d’horizons différents et utiliser la ville elle-même comme espace de rencontre. Après une pause en 2025, le festival retrouve cette année le Palais des Institutions Italiennes et les rues de Tanger avec une programmation qui assume plus que jamais le pluriel de son appellation officielle, « le festival des jazz de Tanger ».

La soirée du 18 septembre en donne immédiatement la mesure. Sur la Scène Jardin, l’Américaine Dee Dee Bridgewater, l’une des grandes voix du jazz contemporain, précédera Rodrigo y Gabriela. Le duo mexicain a construit un langage fondé sur la guitare acoustique, nourri de flamenco, de rock et de rythmiques percussives, jusqu’à remporter en 2020 le Grammy Award du meilleur album instrumental contemporain pour Mettavolution.

La Scène Patio proposera le même soir une autre circulation entre les genres avec The Groovy Four, la chanteuse américaine Gisele Jackson accompagnée de The Brooklyn Souls et les Britanniques The Haggis Horns. Soul, funk, blues et cuivres y prolongeront une soirée qui se terminera par une jam session, dans l’esprit des clubs où la scène continue une fois le programme officiel achevé.

Du flamenco à La Havane

Le samedi 19 septembre déplacera le centre de gravité vers l’Espagne et Cuba. Diego El Cigala reviendra sur Lágrimas Negras, l’album enregistré avec le pianiste cubain Bebo Valdés qui avait consacré, au début des années 2000, sa rencontre entre chant flamenco et boléro latino-américain. À Tanger, le cantaor présente sa tournée « 20 años de Lágrimas », conçue autour de ce répertoire devenu central dans sa carrière internationale.

La même scène accueillera ensuite Buena Vista All Stars, formation emmenée notamment par Barbarito Torres et Demetrio Muñiz. Le projet prolonge l’héritage musical associé au Buena Vista Social Club et au son cubain tout en le ramenant sur scène avec une nouvelle formation. Le rapprochement avec Diego El Cigala n’est pas fortuit : le festival fait ainsi dialoguer, au cours d’une même soirée, plusieurs décennies de rencontres entre musiques espagnoles, caribéennes et latino-américaines.

Sur la Scène Patio, la soirée suivra d’autres chemins avec le swing français des Swing Shouters, le boogie-woogie de la pianiste suisse Ladyva et l’afrobeat des Frères Smith. Une masterclass des Haggis Horns consacrée au groove, aux cuivres et à la composition précédera les concerts. Tanjazz affirme ainsi une conception large du jazz, envisagé moins comme un répertoire fermé que comme une musique capable d’absorber et de provoquer d’autres rencontres.

Tanjazz Festival

Quand le festival quitte les scènes

Cette ouverture prend une dimension particulière avec « Tanjazz en ville ». En parallèle des concerts du Palais des Institutions Italiennes, plusieurs rendez-vous gratuits sont organisés dans Tanger afin de faire sortir la musique des enceintes du festival. Places, hôtels et parcours urbains deviennent à leur tour des scènes.

Le 18 septembre, la fanfare belgo-marocaine Remork & Karkaba ouvrira cette programmation en associant cuivres et percussions gnaoua. La formation résume à elle seule l’un des fils conducteurs de Tanjazz : la rencontre ne consiste pas simplement à juxtaposer des traditions, mais à les faire jouer ensemble. Le lendemain, The Groovy Four, le trompettiste américain Ronald Baker et The Haggis Horns investiront différents lieux de la ville. Ladyva et The Swing Shouters prendront le relais le dimanche 20 septembre.

Cours de swing et jam sessions complètent ce dispositif. Le public n’est donc pas cantonné au rôle de spectateur d’une série de grands concerts : le festival organise une circulation permanente entre musiciens, lieux et publics. Cette présence dans l’espace urbain participe largement de son identité. En 2024, l’édition précédente avait attiré 59 000 festivaliers autour de 19 concerts répartis dans cinq lieux.

Le choix de Tanger donne à cette programmation une cohérence particulière. Le festival revendique explicitement l’identité cosmopolite de la ville, historiquement située à la rencontre de l’Europe, de l’Afrique et de la Méditerranée. Sans chercher à transformer cette histoire en décor, Tanjazz l’utilise comme principe de programmation : les répertoires circulent, les artistes se croisent et le patrimoine musical marocain, notamment gnaoua, prend place dans un ensemble international.

C’est sans doute là que Tanjazz dépasse le cadre d’un grand rendez-vous de septembre. À travers ses scènes internationales et ses concerts dans la ville, le festival contribue à projeter Tanger comme une capitale musicale de passage et de rencontre, où l’ouverture au monde ne signifie pas l’effacement des formes locales, mais leur mise en dialogue.

Informations pratiques

Festival : Tanjazz, 23e édition
Dates : du 18 au 20 septembre 2026
Lieu principal : Palais des Institutions Italiennes, Tanger
Tanjazz en ville : concerts et déambulations dans différents lieux de Tanger
Principales têtes d’affiche : Dee Dee Bridgewater, Rodrigo y Gabriela, Diego El Cigala, Buena Vista All Stars
Accès : concerts du programme « Tanjazz en ville » gratuits ; billetterie pour les soirées du Palais disponible sur le site officiel.