À Tunis, l’exposition « Echo — Ce que la nature fait résonner » réunit, du 25 septembre au 25 octobre, 19 artistes à la Maison des Arts du Belvédère. Sous le commissariat de Chiraz Mosbah, elle explore les liens entre nature, paysages, mémoire et expérience humaine dans la création tunisienne contemporaine.
La nature n’est ici ni un simple décor ni un thème imposé. « Echo » entend observer ce qu’elle produit dans les pratiques artistiques, la manière dont un paysage, une matière, un souvenir ou la transformation d’un territoire peuvent devenir le point de départ d’une œuvre. L’exposition, qui ouvre la saison 2026-2027 de la Maison des Arts du Belvédère, rassemble des artistes de générations et de parcours différents autour de cette relation entre l’être humain et son environnement.
La commissaire Chiraz Mosbah a réuni Baker Ben Fredj, Chahrazed Fekih, Dora Hichri, Farah Khelil, Faten Rouissi, Feriel Mesbah, Halim Karabibene, Hela Lamine, Imen Mansouri, Malek Saadallah, Mehdi Kriaa, Nadia Kaabi-Linke, Nomen Gmach, Omar Bey, Saber Bahri, Saber Sahraoui, Salwa El Aydi, Sara Kanzari et Sybel. Le choix d’un ensemble aussi large permet de confronter des médiums et des démarches qui ne partent pas nécessairement d’une même définition de la nature.
La nature comme terrain de recherche
Chez plusieurs des artistes réunis, cette réflexion s’inscrit déjà dans un travail de longue durée. Farah Khelil a ainsi développé Effet de serre, projet amorcé en 2012 autour de la serre municipale du parc du Belvédère. À partir des palmiers et eucalyptus de Tunis, l’artiste y associait recherche écologique, architecture et réflexion sur l’institution culturelle, jusqu’à faire de la rénovation même de la serre une composante du projet artistique.
Hela Lamine travaille elle aussi de manière croissante sur le vivant, les végétaux et les savoirs liés au territoire. Dans Les jardins de mon père, présenté en 2025, elle faisait se rencontrer le souvenir de son père biologiste et sa propre pratique artistique. Ses projets récents passent par la céramique, le dessin, la marche, l’enquête de terrain ou la participation du public. En 2026, elle est également associée à La Mémoire de la Forêt, consacré aux forêts du nord-ouest tunisien et à leurs transformations, abordées à travers des regards scientifiques, culturels et sociaux.
Chez Nadia Kaabi-Linke, la relation au territoire prend une dimension différente. Sa pratique s’intéresse depuis longtemps aux traces laissées par l’histoire, aux migrations, aux frontières et aux transformations invisibles des lieux. Lors d’une résidence menée dans l’ouest de la France, elle avait notamment travaillé sur les mutations du paysage forestier et sur les effets de l’exploitation humaine des sols.
Ces démarches permettent de comprendre l’angle choisi par « Echo ». L’écologie n’y est pas réduite à la représentation d’une nature menacée. Elle rencontre la mémoire familiale, l’histoire des villes, l’usage des ressources, la disparition de certains savoirs ou encore la façon dont les êtres humains modifient les espaces qu’ils habitent.
Quand le paysage entre dans l’art contemporain tunisien
L’exposition intervient dans un contexte où les questions environnementales deviennent plus visibles dans les pratiques artistiques tunisiennes, mais sous des formes souvent éloignées du discours militant direct. Elles passent par l’observation, la collecte, les matériaux, les archives, le déplacement ou la réactivation de savoir-faire.
Cette approche explique également le choix du titre. L’« écho » désigne moins un message uniforme sur l’environnement que les réponses différentes produites par une même interrogation. Que reste-t-il d’un paysage dans la mémoire ? Comment un territoire transformé modifie-t-il la manière de le représenter ? Et comment la création peut-elle rendre perceptibles des changements parfois lents, ordinaires ou difficiles à saisir ?
La Maison des Arts du Belvédère constitue à cet égard un cadre particulièrement cohérent. Située au cœur du parc du Belvédère, grand espace vert de Tunis, elle accueille une exposition qui replace la relation au vivant au centre de la création artistique sans chercher à lui imposer une seule lecture.
Soutenue par le ministère tunisien des Affaires culturelles et le Goethe-Institut de Tunis, « Echo » propose ainsi moins une exposition « sur l’écologie » qu’un état des regards portés aujourd’hui sur la nature, le territoire et leur place dans les expériences individuelles et collectives.
Informations pratiques
Exposition : Echo — Ce que la nature fait résonner
Commissariat : Chiraz Mosbah
Dates : du 25 septembre au 25 octobre 2026
Vernissage : 25 septembre à 18 h
Lieu : Maison des Arts du Belvédère, Tunis
Entrée : libre et gratuite
Artistes : 19 artistes, parmi lesquels Farah Khelil, Hela Lamine, Nadia Kaabi-Linke, Omar Bey et Faten Rouissi. (Goethe-Institut)
