Le breaking africain se donne rendez-vous à Abidjan

17/09/2026 – La rédaction de Mondafrique

Les 18 et 19 septembre, l’Ivoire Breaking Competition revient à l’Institut français de Côte d’Ivoire pour une quatrième édition qui change d’échelle. Treize nationalités, 24 breakers africains présélectionnés et plus de cinquante artistes sont annoncés à Abidjan, devenue en quelques années l’un des points de rencontre de la scène ouest-africaine.

Il y a trois ans à peine, le projet était encore celui d’un danseur ivoirien décidé à créer chez lui le type de compétition qu’il devait jusque-là aller chercher ailleurs. En septembre 2023, Kevin Djanhoun, connu dans le milieu sous le nom de B-Boy Delkrim, lançait avec l’Institut français de Côte d’Ivoire la première compétition internationale de breaking organisée dans le pays. Celui qui avait alors déjà remporté des titres sur la scène ouest-africaine expliquait manquer avant tout, à ses débuts, de battles, d’occasions de se confronter aux autres et de voyager. L’Ivoire Breaking Competition est née de ce constat.

Trois éditions plus tard, les chiffres donnent la mesure du chemin parcouru. Pour 2026, l’Institut français annonce 13 nationalités représentées, 24 danseurs africains présélectionnés, cinq danseurs Red Bull et plus de cinquante artistes engagés dans les compétitions et les workshops. La manifestation associe cette année l’Ivoire Breaking Competition à l’Ivoire All Styles Battle, avec notamment des formats 1 contre 1 en breaking pour B-Boys et B-Girls et un battle All Styles mixte.

D’un battle ivoirien à un rendez-vous africain

L’ambition continentale n’est pas nouvelle. Dès la deuxième édition, en septembre 2024, Delkrim expliquait vouloir créer des connexions entre danseurs africains et dépasser progressivement le cadre de l’Afrique de l’Ouest. La sélection des participants reposait déjà sur des vidéos et sur leurs performances au cours de l’année. Il envisageait également d’ouvrir la manifestation aux autres formes de danse hip-hop, une évolution qui prend précisément corps cette année avec l’association à l’Ivoire All Styles Battle.

La montée en puissance s’est faite par étapes. En 2024, l’Institut français présentait encore la compétition comme un rendez-vous régional. En 2025, la troisième édition réunissait des danseurs venus notamment de Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo, du Bénin et du Burkina Faso. Elle accueillait aussi Dany Dann, médaillé d’argent du breaking aux Jeux olympiques de Paris 2024, ainsi qu’Anthony Mezence, membre de l’équipe de France de breaking. La présence de ces figures internationales donnait au battle abidjanais une visibilité nouvelle tout en permettant aux danseurs locaux de se confronter directement à des professionnels évoluant sur les grands circuits.

Le passage de cinq pays ouest-africains représentés en 2025 à treize nationalités annoncées un an plus tard traduit surtout la constitution progressive d’un réseau. Dans le breaking, où une carrière se construit autant dans les battles, les cyphers et les rencontres entre crews que dans les compétitions institutionnelles, la régularité de tels rendez-vous compte presque autant que leur taille. Delkrim insistait déjà en 2023 sur cette nécessité de voyager et de rencontrer d’autres scènes pour progresser.

Après les Jeux olympiques, le breaking retourne aussi à ses scènes

L’essor de l’événement intervient dans un moment particulier pour la discipline. Le breaking a connu à Paris en 2024 sa première apparition aux Jeux olympiques, après avoir été intégré au programme des sports urbains aux côtés du skateboard, du BMX freestyle et de l’escalade. Cette exposition lui a donné une visibilité sportive sans précédent et a accéléré, dans de nombreux pays, l’organisation des sélections, des compétitions et des structures d’entraînement.

L’expérience olympique ne signifie pourtant pas que le breaking ait définitivement rejoint le programme des Jeux. Il ne figure pas parmi les sports retenus pour Los Angeles 2028. Le programme américain a préféré ajouter notamment le cricket, le flag football, le squash, le lacrosse et le baseball-softball. Cette absence rappelle ce que des événements comme celui d’Abidjan mettent justement en évidence : le breaking ne dépend pas uniquement de sa reconnaissance comme discipline sportive. Il reste une culture née du hip-hop, structurée autour du battle, de la musique, de l’improvisation et de la transmission entre danseurs.

C’est probablement là que l’Ivoire Breaking Competition trouve aujourd’hui sa singularité. L’Institut français la présente explicitement comme une manifestation à la fois artistique et sportive. Les ateliers comptent autant que la compétition, tandis que l’ouverture aux autres styles de danse urbaine élargit encore le cadre. Abidjan n’accueille donc pas seulement un tournoi destiné à départager les meilleurs breakers. Pendant ces journées, elle devient un lieu où une scène africaine encore dispersée peut se rencontrer, observer ses propres évolutions et créer les réseaux nécessaires à sa professionnalisation.

En 2023, Jean Mathiot, alors directeur exécutif de l’Institut français de Côte d’Ivoire, espérait voir le rendez-vous devenir « panafricain, continental, voire international ». Trois ans plus tard, avec treize nationalités annoncées sur le même floor, cette ambition commence à prendre une forme très concrète.

Informations pratiques

Dates : 18 et 19 septembre 2026, à partir de 15h
Lieu : Institut français de Côte d’Ivoire, avenue Franchet d’Esperey, Le Plateau, Abidjan
Programme : battles de breaking, All Styles et workshops
Entrée : libre (Institut français de Côte d’Ivoire)