Le 17 septembre paraît Réparer le visible : La Cinémathèque Afrique, histoires d’une collection, dirigé par Farah Clémentine Dramani-Issifou. Coédité par Marest et l’Institut français, l’ouvrage retrace pour la première fois l’histoire critique d’un fonds né en pleine décolonisation, et pose la question de la souveraineté sur les images.
Le livre est lancé le soir même à 18h30 à la boutique parisienne Potemkine, autour d’une table animée par Manfred Long-Mbéppé et réunissant le collectif conduit par Dramani-Issifou. Préfacé par l’historienne de l’art Bénédicte Savoy dont les travaux ont largement contribué à relancer, ces dernières années, le débat sur la restitution des œuvres africaines conservées en France, l’ouvrage rassemble les voix d’historiens du cinéma, de critiques, d’archivistes, de cinéastes, de programmateurs et de fédérations de ciné-clubs. Trois cents pages pour raconter, documents à l’appui, comment une collection a pu devenir à la fois un outil de conservation précieux et un instrument de dépendance.
Commissaire d’exposition et programmatrice franco-béninoise, Farah Clémentine Dramani-Issifou n’aborde pas ce terrain en néophyte. Fondatrice en 2011 du festival BeninDocs, programmatrice pour la Semaine de la critique, le festival de Marrakech ou le Fespaco, elle a aussi signé les expositions Tofodji, sur les pas des ancêtres et Afrotropes – des imaginaires de l’Atlantique noir, et mené des recherches au Film Study Center de Harvard. Ce parcours, mêlant programmation de festivals et recherche sur les images de l’Atlantique noir, explique en partie l’angle du livre : moins un inventaire patrimonial qu’une enquête sur la manière dont les archives façonnent, ou empêchent, la façon dont l’Afrique se raconte elle-même à l’écran.
Une collection née du Bureau du cinéma de la Coopération
La Cinémathèque Afrique trouve son origine en 1961, dans le Bureau du cinéma du ministère de la Coopération, chargé d’accompagner le cinéma des jeunes États africains francophones tout juste indépendants. Entre 1963 et 1975, environ 185 films ont été tournés en Afrique noire francophone, dont près des deux tiers avec le soutien technique et financier de ce ministère, un chiffre qui dit à lui seul le poids de la France dans l’émergence d’une cinématographie que l’on présente pourtant comme africaine. Intégrée à l’Institut français en 2011, la collection compte aujourd’hui plus de 1 700 titres issus de 45 pays, dont plus de 600 libres de droits pour une diffusion non commerciale ; un plan de restauration mené avec le CNC depuis 2018 continue d’en sauver les pellicules les plus fragiles.
C’est cette généalogie double, sauvetage patrimonial d’un côté, logique de tutelle postcoloniale de l’autre, que Réparer le visible choisit de regarder en face, plutôt que de la présenter comme une simple réussite de coopération culturelle.
Après les sculptures, les images
L’ouvrage s’inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation des collections africaines conservées hors du continent, jusqu’ici concentré sur les objets et les œuvres d’art. En posant la question sur les films — copies, négatifs, droits de diffusion, mémoire des tournages — il déplace le débat sur un terrain moins balisé juridiquement mais tout aussi sensible : qui a le droit de montrer, restaurer, numériser ou rapatrier ces images, et selon quelles conditions. Le titre lui-même, Réparer le visible, assume cette ambition réparatrice sans se limiter à un plaidoyer : le livre esquisse aussi des pistes concrètes pour l’avenir de la collection, entre accès élargi, coproduction de récits et association plus étroite des archivistes et chercheurs africains et diasporiques à sa gestion.
Informations pratiques
Parution : 17 septembre 2026
Lancement : 18h30, boutique Potemkine, Paris
Modération : Manfred Long-Mbéppé
Éditeurs : Marest / Institut français
Pages / prix : 300 pages, 21,90 €
