Le 12 septembre, le Cabaret Sauvage accueille le groupe algérien Tissilawen, originaire du Tassili N’Ajjer et formé à Djanet, pour un concert qui croise musique touarègue, blues, rock, reggae et rap. En première partie, le Marocain Omarhaba apporte l’héritage gnaoua, pour une soirée pensée comme un dialogue entre deux traditions majeures d’Afrique du Nord.
Portes ouvertes à 18h30, billets à partir de 22,05 €, dans la salle du Parc de la Villette réputée pour ses programmations internationales : le format reste modeste, mais l’affiche assume une ambition claire, celle de faire entendre deux scènes rarement réunies sur une même soirée parisienne.
De Djanet à Paris, l’histoire d’un groupe
Tissilawen naît en 2008 à Djanet, dans l’extrême sud-est algérien, de la rencontre entre deux chanteurs-guitaristes, Boubaker Timlfati et Cheikh Taberni, rejoints depuis par le bassiste-chanteur Walid Abderrahmane Otmani et trois percussionnistes, Mefatih, Tahar Amnrani et Youssef Herouini. Le nom du groupe vient du mot « Tassili » en tamasheq, ancrage revendiqué dans la culture touarègue et le massif qui a donné son nom au parc national du Tassili N’Ajjer, classé au patrimoine mondial pour son art rupestre. Revendiquant l’héritage de Tinariwen, Terakaft ou Bombino — les figures qui ont porté le désert blues touareg sur les scènes internationales depuis les années 2000 —, Tissilawen publie un premier album, TouMastin, en 2012, et construit sa réputation sur scène, du Festival international des arts de l’Ahaggar au Digital African Summit, avant une première apparition en France en 2025. Leurs chansons parlent d’amour du désert, de jeunesse, de fraternité entre communautés touarègues et, plus largement, de paix.
Ce style, souvent appelé tichoumaren ou ishumar, tire son nom d’un mot tamasheq forgé sur le français « chômeur » : il désignait les jeunes touaregs déracinés par la sécheresse et les conflits des années 1970-1980, contraints à l’exil. C’est dans ce contexte qu’Ibrahim Ag Alhabib fonde Tinariwen en 1982, troquant les armes de la rébellion touarègue pour la guitare électrique et inventant l’assouf, blues du désert nourri de frustration et d’espoir. Tissilawen, formé une génération plus tard à Djanet, hérite de cette matrice sans en porter le même poids politique immédiat, mais en conserve la charge : dire, en musique, une identité saharienne longtemps marginalisée par les États du Sahel comme par le Maghreb.
Omarhaba, l’autre versant du Maghreb musical
Le nom du projet mené par Omarhaba condense déjà son intention : son prénom, Omar, associé à « marhaba », bienvenue en arabe — une manière d’annoncer une musique conçue comme une invitation ouverte à se rassembler et célébrer la paix. Sa proposition, qualifiée de tradi-moderne, puise dans les traditions hassanie, amazighe et gnaouie ; initié enfant par ses frères puis par le chant traditionnel de sa mère, il a fondé son premier groupe à neuf ans avant de créer, en 2012, l’ensemble Manina pour faire vivre ce patrimoine sur les scènes marocaines et européennes.
La musique gnaoua elle-même porte une histoire aussi lourde que le désert blues touareg : héritée de groupes et d’individus issus de la traite négrière transsaharienne dès le XVIe siècle, confrérie soufie mêlant transe, rituels thérapeutiques et invocation des ancêtres, elle a pour sanctuaire la ville portuaire d’Essaouira et a rejoint, en décembre 2019, la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Faire dialoguer, le même soir, cet héritage-là et le blues touareg saharien, c’est rappeler que ces musiques, trop souvent aplaties sous l’étiquette générique de « musiques du monde », restent des traditions distinctes, chacune porteuse d’une mémoire propre, en dialogue constant les unes avec les autres.
Informations pratiques
Date : samedi 12 septembre 2026
Ouverture des portes : 18h30
Lieu : Cabaret Sauvage, Parc de la Villette, Paris
Billets : à partir de 22,05 €, sur Shotgun
