Les 11 et 12 septembre, le Centre Ubuntu Wetu de Beni, dans le Nord-Kivu, accueille la deuxième édition du Festival du Livre et des Arts. Sous le titre « Résister par la plume et la parole », environ 300 places sont annoncées pour deux jours de lectures, débats et performances.
La manifestation est portée par les Éditions NGE, maison panafricaine fondée à Goma en août 2023, avec le soutien d’EUNIC RDC, le réseau qui fédère à Kinshasa les instituts culturels européens présents en République démocratique du Congo — Institut français, Goethe-Institut ou Centre Wallonie-Bruxelles notamment. Se tenir à Beni n’a rien d’anodin : la ville et ses environs restent, depuis des années, en proie à l’insécurité et aux violences armées qui frappent l’est du pays, entre incursions de groupes armés et déplacements massifs de population. Organiser un festival littéraire dans ce contexte revient à affirmer que le livre a sa place jusque dans les territoires où la vie culturelle semble la moins évidente à maintenir.
D’une mémoire à reconstruire à une parole à faire entendre
La première édition, en octobre 2025, s’était tenue sous le signe « Mémoire, Plume et Résilience », réunissant écrivains, poètes et sculpteurs locaux autour de la même idée : faire de l’art un outil de reconstruction psychologique et sociale plutôt qu’un simple divertissement. Le changement de titre pour 2026 marque un glissement assumé, de la mémoire vers la résistance. Il ne s’agit plus seulement de se souvenir, mais de continuer à écrire et à parler malgré les circonstances — une manière, pour les organisateurs, de refuser que l’insécurité impose aussi le silence culturel.
Éditions NGE revendique une mission plus large que la seule organisation d’un festival : la maison accompagne l’édition, le coaching et la promotion d’auteurs congolais, avec l’ambition affichée de mettre en valeur ce qu’elle appelle le « génie endogène africain » et d’inciter les écrivains de la diaspora à produire depuis le continent. Le festival de Beni en est la vitrine la plus visible, mais s’inscrit dans un travail éditorial mené à l’année depuis Goma.
Lectures, panels et performances au Centre Ubuntu Wetu
Le programme des deux jours mêle lectures publiques, panels de discussion autour du thème central, projections de films, expositions d’art ainsi qu’ateliers et performances. Parmi les intervenants annoncés figurent l’écrivain El Amidu, l’artiste Dielly Lekesa, Ketya Camara, le philosophe et théologien congolais Kä Mana, figure reconnue de la pensée africaine sur la reconstruction post-conflit, ainsi que Muhindo Christian. Cette diversité de profils — littéraires, artistiques, intellectuels — reflète l’ambition du festival de ne pas cantonner la résistance culturelle au seul texte écrit, mais de la faire circuler entre disciplines.
Avec une jauge limitée à environ 300 places, l’événement reste à échelle humaine, pensé davantage comme un espace de rencontre directe entre créateurs et public beninois que comme une vitrine internationale. La présence de Kä Mana, dont les travaux sur la reconstruction éthique et intellectuelle de l’Afrique après les conflits font référence bien au-delà du Nord-Kivu, donne au rendez-vous une assise réflexive qui dépasse la seule célébration locale.
C’est peut-être ce qui fait la portée du festival : à Beni, la littérature ne se contente pas de représenter la résilience, elle en devient un exercice concret, mené sur place, par et pour une communauté qui continue d’écrire malgré tout.
Informations pratiques
Dates : 11 et 12 septembre 2026
Lieu : Centre Ubuntu Wetu, Beni, Nord-Kivu (RDC)
Places disponibles : environ 300
Programme : lectures publiques, panels, projections, expositions, ateliers et performances
Intervenants annoncés : El Amidu, Dielly Lekesa, Ketya Camara, Kä Mana, Muhindo Christian
Organisateurs : Éditions NGE, avec le soutien d’EUNIC RDC
