Du 4 au 6 septembre, le FIFDA réunit à Paris des films venus d’Afrique, des Caraïbes et des diasporas. Entre mémoires coloniales, identités mouvantes et récits intimes, cette seizième édition affirme un cinéma décidé à se raconter lui-même, sans intermédiaire.
Le cinéma de la diaspora africaine ne se contente plus d’occuper les marges des grands festivals. Il impose progressivement ses sujets, ses formes et surtout son regard. Du 4 au 6 septembre, le Festival international des films de la diaspora africaine, ou FIFDA, en donnera une nouvelle démonstration à Paris. Sa programmation traverse le continent africain, les Caraïbes, l’Europe et les États-Unis, dessinant une géographie culturelle qui échappe aux frontières nationales.
L’ouverture donnera immédiatement le ton avec la première européenne de The Foolishness of God: A Forgiveness Journey with Desmond Tutu, de Karen Hayes. Pendant quinze ans, une militante afro-américaine engagée contre l’apartheid a suivi l’archevêque sud-africain afin de comprendre comment le pardon pouvait devenir un instrument de libération. Loin de présenter Desmond Tutu comme une figure figée de la réconciliation, le documentaire interroge la difficulté de pardonner lorsque les blessures de l’histoire demeurent ouvertes.
Cette tension entre héritage collectif et trajectoire individuelle traverse toute la sélection. Dans Mora est là, Khalid Zairi revient sur le recrutement massif d’ouvriers marocains par les Charbonnages de France dans les années 1950. Témoignages d’anciens mineurs et récits familiaux révèlent une histoire faite de labeur, de discrimination et de déracinement. Le film rappelle que l’immigration ouvrière ne constitue pas une note secondaire du récit français, mais l’un de ses chapitres essentiels.
Des histoires longtemps racontées par les autres
La force du FIFDA tient à cette volonté de déplacer le centre du regard. Les personnages africains ou afrodescendants n’y apparaissent plus comme les silhouettes d’une histoire écrite ailleurs. Ils deviennent les dépositaires de leur mémoire et les auteurs de leurs propres représentations.
Dans Métisses, cinq femmes contre un crime d’État, de Quentin Noirfalisse et Jean-Charles Mbotti Malolo, cinq femmes nées au Congo d’une mère noire et d’un père blanc racontent comment elles furent arrachées à leur famille pendant la colonisation belge. Près de quatre-vingts ans plus tard, elles poursuivent l’État belge pour crime contre l’humanité. Témoignages, archives et animation accompagnent leur combat contre un silence institutionnel qui aura duré toute une vie.
La programmation ne s’enferme pourtant pas dans la seule dénonciation du passé colonial. Nail’s Man, du Congolais Twana Sheriya, emprunte les chemins de la comédie dramatique pour suivre un homme qui, après avoir perdu son emploi, découvre le stylisme ongulaire. Derrière cette reconversion inattendue se dessine une réflexion sur la masculinité, la dignité et l’adaptation dans le Kinshasa contemporain. Le film, récompensé au Fespaco, traite ces questions avec un humour qui refuse aussi bien la caricature que le discours démonstratif.
Avec La Mémoire du manguier, le Sénégalais Nicolas Sawalo Cissé choisit un registre plus intime. Dans un quartier populaire de Dakar, un imam respecté est atteint de la maladie d’Alzheimer. La communauté qui l’entoure tente alors de lui rendre l’attention et la générosité qu’il lui a longtemps accordées. La perte de mémoire individuelle rejoint ici une interrogation plus vaste sur la transmission et la solidarité.
Le festival accueille également les courts métrages des Caraïbes, la culture amazighe de Goundafa, le chant maudit, l’inventivité kényane de The Wall Street Boy, Kipkemboi et la mémoire musicale afro-américaine de Music Pictures: New Orleans. Cette diversité ne disperse pas le propos: elle montre qu’une diaspora n’est ni un bloc homogène ni une identité immobile. Elle est faite de circulations, de ruptures et de réinventions.
En réunissant ces films à Paris, le FIFDA offre davantage qu’une vitrine. Il crée un espace où l’Afrique et ses diasporas peuvent se regarder sans passer par le filtre de récits élaborés à leur place. Les projections seront accompagnées de débats avec plusieurs réalisateurs, prolongeant à l’oral ce geste essentiel du cinéma: reprendre possession de son histoire.
Informations pratiques: du 4 au 6 septembre 2026, au cinéma CGR Lilas puis au cinéma Saint-André-des-Arts, à Paris
