Plus d’un mois après la Coupe du monde, «Dai Dai» continue de régner sur les classements mondiaux. En associant la pop latino-américaine de Shakira à l’afrobeats de Burna Boy, le morceau officiel du tournoi a largement survécu à l’événement.
Les chansons de Coupe du monde ont souvent une durée de vie programmée. Elles accompagnent les cérémonies, se glissent dans les publicités, résonnent dans les stades, puis disparaissent avec les derniers confettis. «Dai Dai» a déjoué ce scénario. Plus d’un mois après la fin du tournoi, le titre de Shakira et Burna Boy reste la chanson la plus écoutée au monde.
Le morceau vient de passer une dixième semaine à la première place du Billboard Global Excl. U.S., qui mesure le succès des titres hors des États-Unis. Il domine également le Global 200 pour une septième semaine. Entre le 21 et le 27 août, «Dai Dai» a encore enregistré 36,7 millions d’écoutes et 4.000 ventes dans le monde, selon Luminate. Un léger recul par rapport à la semaine précédente, mais une résistance remarquable pour une chanson liée à un événement sportif désormais terminé.
Ce succès tient d’abord à une alliance musicale conçue pour franchir les frontières. Shakira apporte son instinct mélodique, sa pop traversée de rythmes latino-américains et une familiarité presque historique avec les grandes messes du football. Burna Boy y oppose, ou plutôt y mêle, la pulsation plus souple de l’afrobeats, sa voix grave et une présence qui empêche le morceau de verser dans l’hymne officiel trop appliqué.
«Dai Dai» ne cherche pas la solennité. Le titre, emprunté à l’italien, signifie approximativement «Allez, allez» et sert à encourager quelqu’un à donner le meilleur de lui-même. Les paroles passent de l’anglais à l’espagnol, de l’italien au français et au japonais. Les pays et les cultures s’y croisent comme sur un terrain de football, dans une langue volontairement simple, immédiate et collective. Le morceau avait été lancé le 15 mai par Sony Music Latin et Ace Entertainment. Shakira et Burna Boy y sont crédités comme interprètes, tandis qu’Ed Sheeran, Jon Bellion et plusieurs autres auteurs ont participé à son écriture. Shakira en a également assuré la production avec Alexander «A.C.» Castillo Vasquez.
De «Waka Waka» à l’afrobeats
Pour Shakira, «Dai Dai» prolonge une histoire commencée bien avant 2026. La chanteuse colombienne avait participé aux cérémonies des Coupes du monde de 2006 et de 2014, mais c’est surtout «Waka Waka (This Time for Africa)», hymne du tournoi sud-africain de 2010, qui l’avait installée comme la voix pop du football mondial. Le titre a dépassé le milliard d’écoutes sur Spotify et cumulé plusieurs milliards de vues sur YouTube. Seize ans plus tard, tenter de reproduire un tel phénomène relevait presque de l’imprudence.
Plutôt que d’imiter «Waka Waka», Shakira a choisi de déplacer le centre de gravité. La présence de Burna Boy ne sert pas de simple caution africaine. L’artiste nigérian appartient depuis plusieurs années au premier cercle de la musique mondiale et a joué un rôle décisif dans la diffusion internationale de l’afrobeats. Dans «Dai Dai», son registre donne au morceau une identité moins démonstrative, plus contemporaine et plus fluide que celle des traditionnels hymnes de compétition.
Le duo a porté la chanson sur la scène de l’Estadio Azteca lors de l’ouverture du tournoi, puis s’est retrouvé au MetLife Stadium, dans le New Jersey, pour le spectacle de la finale. Ces deux apparitions ont donné au titre une exposition planétaire, mais elles ne suffisent pas à expliquer sa longévité. Le véritable succès de «Dai Dai» commence précisément là où la promotion institutionnelle s’arrête: dans sa capacité à continuer d’exister sur les plateformes, les radios et les réseaux sociaux après le coup de sifflet final.
Le projet possède aussi une dimension caritative. Shakira a choisi de reverser au FIFA Global Citizen Education Fund les royalties qu’elle perçoit sur le morceau ainsi que sa rémunération pour sa prestation lors de la finale. Le fonds ambitionne de réunir 100 millions de dollars afin de soutenir l’accès des enfants à l’éducation et au football dans plus de 200 pays. Sony Music s’est engagé à abonder les premiers 250.000 dollars récoltés.
«Dai Dai» est ainsi devenu davantage qu’un souvenir musical du Mondial. Sa réussite confirme la puissance intacte de Shakira, mais aussi la place désormais centrale de Burna Boy dans la pop internationale. Entre la Colombie et le Nigeria, les deux artistes ont trouvé une cadence commune. Le football leur a offert la scène; le public, lui, a prolongé la chanson.
