Le 26 août, deux films aux trajectoires opposées arrivent dans les salles françaises. Jean Odoutan ressort Djib, chronique mordante de la banlieue des années 1990, tandis que Damien Hauser imagine avec Memory of Princess Mumbi une Afrique futuriste et poétique.
À vingt-six ans de distance, leurs images se répondent. Le 26 août 2026, Djib, deuxième long métrage de Jean Odoutan, revient dans les salles françaises après une première sortie le 29 novembre 2000. Le même jour, le cinéaste helvético-kényan Damien Hauser présente au public français Memory of Princess Mumbi, fiction de science-fiction découverte aux Giornate degli Autori de Venise en 2025.
Le rapprochement est presque trop beau pour ne pas être observé. Dans Djib, Odoutan filme une jeunesse noire et métissée de la banlieue parisienne à la fin du XXe siècle, avec ses tensions identitaires et ses rêves de départ. Hauser, lui, projette l’Afrique plusieurs décennies dans l’avenir et choisit de questionner les images de guerre, l’intelligence artificielle et notre manière de fabriquer des récits sur le continent.
Djib, une banlieue française vue par Jean Odoutan
Djibril a treize ans, vit à Asnières avec sa grand-mère et entretient avec l’école une relation pour le moins conflictuelle. Rebelle, débrouillard et amoureux de Joséphine, il cherche de l’argent pour pouvoir partir en vacances avec elle. Ses combines l’entraînent notamment dans un improbable trafic de saucisson sec et de mortadelle. Derrière la comédie se dessine pourtant un récit plus mordant sur l’adolescence, la couleur de peau, les appartenances et la France urbaine des années 1990.
Né au Bénin et installé en France depuis 1980, Jean Odoutan a construit une œuvre profondément personnelle, cumulant les fonctions de scénariste, réalisateur, producteur, compositeur et parfois acteur. Djib porte cette liberté de ton. Son univers refuse la respectabilité et les personnages exemplaires : il préfère les excès, les contradictions, l’argot et l’humour pour raconter des identités françaises travaillées par les héritages africains et les rencontres de la banlieue.
Sa ressortie permet surtout de mesurer ce que le cinéma français montrait — ou ne montrait pas — au tournant des années 2000. Djib n’est ni un symbole de l’immigration ni le personnage secondaire d’un récit conçu par d’autres. Il occupe le centre de l’image, avec son insolence, ses mauvais choix et son imaginaire amoureux.
Avec Mumbi, l’Afrique ne veut plus être réduite au malheur
Memory of Princess Mumbi déplace radicalement le décor. Nous sommes dans les années 2090. Après une grande guerre qui a profondément bouleversé le rapport aux technologies, le jeune cinéaste Kuve se rend dans le royaume fictif d’Umata pour tourner un documentaire. Il pense y trouver une société écrasée par les séquelles du conflit. Il rencontre au contraire des habitants qui vivent, aiment et trouvent de la beauté dans leur quotidien. Puis il fait la connaissance de Mumbi.
À partir de cette rencontre, Damien Hauser mélange science-fiction, romance et faux documentaire. Le film interroge notamment l’usage de l’intelligence artificielle dans la fabrication des images. Mumbi conteste la tentation du cinéaste de dramatiser ce qu’il filme et remet en cause le regard qui attend de l’Afrique qu’elle fournisse continuellement des récits de guerre, de douleur et de catastrophe.
Cette réflexion donne au film une portée particulière. Hauser ne nie ni les conflits ni leurs traces ; il refuse simplement qu’ils constituent l’unique langage disponible pour représenter le continent. L’Afrique futuriste de Memory of Princess Mumbi peut être meurtrie et néanmoins joyeuse, technologique et traditionnelle, mélancolique et amoureuse.
Le film est une coproduction entre la Suisse, le Kenya et l’Arabie saoudite. Présenté en première mondiale en septembre 2025, il a notamment été sélectionné aux Giornate degli Autori, section indépendante organisée parallèlement à la Mostra de Venise.
Voir Djib et Memory of Princess Mumbi arriver le même jour sur les écrans français offre ainsi un saisissant raccourci de vingt-six années de cinéma. D’un adolescent noir cherchant sa place dans la France des années 1990 à une princesse africaine contestant la manière dont on fabrique son image, une même question demeure : qui possède le droit de raconter une histoire, et depuis quel regard ?
Informations pratiques
Sortie en salles : 26 août 2026
Djib : réalisé par Jean Odoutan
Production / distribution : 45rdlc
Première sortie française : 29 novembre 2000
Nouvelle sortie française : 26 août 2026
Memory of Princess Mumbi : réalisé par Damien Hauser
Pays de production : Suisse, Kenya, Arabie saoudite
Distribution France : Destiny Films
Sortie française : 26 août 2026
Interprètes principaux : Shandra Apondi, Ibrahim Joseph, Samson Waithaka
Séances et salles : programmation disponible sur les fiches cinéma à partir de la sortie nationale
