À Angoulême, deux films africains remarqués à Cannes entrent en compétition. Avec Ben’Imana, Marie-Clémentine Dusabejambo interroge la réconciliation au Rwanda ; dans Congo Boy, Rafiki Fariala suit un adolescent réfugié à Bangui, partagé entre responsabilités familiales, guerre, musique et espoir.
Deux cinéastes, deux pays marqués par les violences politiques, deux manières de raconter ce qui vient après. Du 24 au 29 août 2026, le Festival du film francophone d’Angoulême accueille en compétition Ben’Imana, de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, et Congo Boy, du réalisateur centrafricain Rafiki Fariala. Tous deux arrivent précédés d’une reconnaissance importante à Cannes : Ben’Imana a remporté la Caméra d’or 2026, tandis que Congo Boy, présenté comme lui dans la section Un Certain Regard, y a obtenu le prix du meilleur acteur.
Leur présence à Angoulême souligne surtout la vitalité de cinématographies africaines qui refusent d’enfermer leurs personnages dans le seul statut de victimes. La guerre et le génocide constituent l’arrière-plan des deux récits, mais les films s’intéressent davantage à ce que ces héritages produisent dans l’intimité : les contradictions, les responsabilités, les rêves et la difficulté à reconstruire une vie.
Ben’Imana, la réconciliation mise à l’épreuve
Situé au Rwanda en 2012, Ben’Imana suit Vénéranda, survivante du génocide contre les Tutsis de 1994. Engagée dans les processus communautaires de justice et de réconciliation, elle organise des rencontres entre victimes et familles de bourreaux. Elle croit à la nécessité de la parole et des procès pour permettre à une société meurtrie de continuer à vivre.
Mais Marie-Clémentine Dusabejambo déplace progressivement cette question collective vers la sphère familiale. Lorsque Vénéranda apprend la grossesse inattendue de sa fille, les certitudes qu’elle défend publiquement se heurtent à ses propres blessures et à des zones plus obscures de son passé. Le film ne demande donc pas seulement si une nation peut pardonner : il confronte la réconciliation à ce qu’elle exige concrètement des individus.
Pour son premier long métrage, la réalisatrice rwandaise poursuit une réflexion sur la mémoire qu’elle présente elle-même comme centrale : comment se reconstruire sans effacer le passé, mais sans non plus rester prisonnier de lui ? Cannes a récompensé cette démarche par la Caméra d’or, attribuée au meilleur premier film toutes sections confondues. Ben’Imana est également une coproduction associant le Rwanda, le Gabon, la France, la Norvège et la Côte d’Ivoire.
Congo Boy, grandir à Bangui quand tout vacille
Avec Congo Boy, Rafiki Fariala choisit un autre âge et un autre tempo. Robert, 17 ans, est un réfugié congolais installé à Bangui, en République centrafricaine. Il rêve d’une carrière musicale. Lorsque ses parents sont arrêtés, il doit soudain prendre en charge ses quatre jeunes frères et sœurs. Petits boulots, préparation du baccalauréat, menace des milices et répétitions musicales rythment désormais son quotidien. Un concours de musique apparaît bientôt comme une possible échappée.
Le récit emprunte directement à l’expérience de Fariala, lui-même arrivé enfant en Centrafrique comme réfugié congolais. Mais le cinéaste transforme cette matière autobiographique en fiction et refuse de laisser la violence absorber entièrement son personnage. Robert veut travailler, aimer, réussir ses examens et monter sur scène. La musique devient moins un refuge qu’une manière de se projeter dans un avenir encore possible.
Cette attention à la jeunesse était déjà présente dans le travail de Rafiki Fariala, remarqué avec son documentaire Nous, étudiants !. Dans Congo Boy, elle prend la forme d’un récit initiatique où la survie matérielle cohabite avec un désir farouche d’accomplissement.
À Angoulême, le rapprochement entre les deux films est éclairant. D’un côté, une femme tente de faire vivre la justice après le génocide ; de l’autre, un adolescent refuse que la guerre décide entièrement de son existence. L’un travaille la mémoire, l’autre l’avenir. Ensemble, ils montrent des cinémas africains capables d’aborder les blessures de l’histoire sans réduire leurs personnages à celles-ci.
Informations pratiques
Dates : 24 au 29 août 2026
Événement : Festival du film francophone d’Angoulême
Lieux : CGR Éperon, Cinéma de la Cité, Le Nil et Espace Franquin, Angoulême
Ben’Imana : projections du 24 au 29 août 2026
Congo Boy : projections du 24 au 29 août 2026
Pass FFA : 25 € pour 10 entrées, dans la limite des places disponibles
Programme complet et réservations : www.filmfrancophone.fr
Contact : contact@filmfrancophone.fr – 05 45 95 05 66
