Koyo Kouoh résonne à la Biennale de Venise

02/07/2026 – La rédaction de Mondafrique

À Venise, la 61e Biennale d’art, In Minor Keys, porte en 2026 la vision posthume de Koyo Kouoh. Première Africaine nommée à la tête de cette exposition mondiale, la curatrice camerounaise laisse un projet d’écoute, de réparation et de résistance, visible du 9 mai au 22 novembre dans la ville.

La Biennale d’art de Venise 2026 n’est pas une édition ordinaire. Intitulée In Minor Keys, la 61e Exposition internationale d’art se tient du 9 mai au 22 novembre 2026 aux Giardini, à l’Arsenale, à Forte Marghera et dans plusieurs lieux de Venise. La manifestation porte le nom, la pensée et la méthode de Koyo Kouoh, nommée directrice artistique du secteur arts visuels en novembre 2024 pour concevoir cette édition.

La disparition de Koyo Kouoh, le 10 mai 2025, aurait pu interrompre le projet. La Biennale a choisi de le maintenir, avec le soutien de sa famille, en suivant l’exposition telle qu’elle l’avait pensée et définie. L’institution précise que la curatrice avait déjà élaboré le cadre théorique, sélectionné les artistes et les œuvres, désigné les auteurs du catalogue, défini l’identité graphique et engagé le dialogue avec les artistes invités.

Ce contexte donne à In Minor Keys une charge particulière. L’exposition n’est pas seulement un événement international de plus dans le calendrier de l’art contemporain. Elle devient la réalisation d’une vision interrompue, mais non effacée. Koyo Kouoh y propose une attention aux “tons mineurs” : ces fréquences moins spectaculaires, moins bruyantes, où se logent pourtant des formes de résistance, de dignité et de réparation. Dans son texte curatorial, l’exposition invite à écouter plutôt qu’à parler à la place des autres.

Le geste est important pour l’Afrique et ses diasporas. Kouoh, figure majeure de la curatelle panafricaine, a contribué à déplacer le centre de gravité du regard artistique international. Avec In Minor Keys, elle ne cherche pas à présenter une “Biennale africaine” dans un cadre européen. Elle propose une géographie plus large, relationnelle, où les artistes dialoguent par affinités, matériaux, mémoires et sensibilités, au-delà des frontières classiques.

L’Afrique, la diaspora et le monde en relation

L’exposition réunit 110 participants invités : artistes, duos, collectifs et organisations dirigées par des artistes, venus de nombreuses régions. La Biennale insiste sur le fait que Koyo Kouoh les a choisis pour les résonances possibles entre leurs pratiques, même lorsqu’elles sont éloignées géographiquement. Cette approche refuse l’alignement mécanique par pays ou par continent. Elle privilégie les correspondances, les blessures communes, les gestes de soin et les imaginaires partagés.

Venise reste l’une des scènes les plus visibles du monde de l’art. Qu’une curatrice camerounaise y imprime une vision aussi nette, même posthumément, marque un moment symbolique fort. Il ne s’agit pas seulement de représentation. Il s’agit de méthode : qui choisit les artistes, qui écrit le récit, qui organise les rencontres, qui décide de ce qui mérite d’être entendu.

L’intérêt de In Minor Keys est aussi de refuser la surenchère. Dans une époque saturée par les images de crise, Kouoh ne nie pas les violences coloniales, écologiques ou politiques. Elle cherche plutôt les formes qui résistent sans forcément crier. Le “mineur” n’est pas faible ; il est attentif, souterrain, parfois mélancolique, mais capable d’ouvrir d’autres chemins.

La semaine du 3 juillet 2026 offre donc une fenêtre pertinente pour traiter la Biennale, loin de l’agitation de l’ouverture de mai. Le sujet peut être abordé avec plus de recul : non comme un simple agenda d’exposition, mais comme l’héritage vivant d’une pensée africaine de l’art mondial. À Venise, Koyo Kouoh ne demande pas au public de regarder plus vite. Elle lui demande d’écouter autrement.

Informations pratiques

Événement : 61e Exposition internationale d’art de La Biennale di Venezia
Titre : In Minor Keys
Curatrice : Koyo Kouoh
Dates : du 9 mai au 22 novembre 2026
Lieux : Giardini, Arsenale, Forte Marghera et divers lieux de Venise
Horaires d’été : 11h à 19h, dernière admission à 18h45 ; Arsenale ouvert jusqu’à 20h les vendredis et samedis, dernière admission à 19h45 ; fermeture le lundi, sauf exceptions indiquées par la Biennale.
Billets : plein tarif 30 € ; tarif réduit 20 € ; étudiants et moins de 26 ans 16 € ; billet trois jours 40 € ; billet semaine 50 €, selon les informations officielles de la Biennale.