À Fontenay-sous-Bois, le FICA propose le 20 juin une séance spéciale autour d’« Aya de Yopougon », film d’animation tiré de la bande dessinée culte de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. Projection, débat et mini-concert composent une après-midi familiale, populaire et engagée.
Il y a des films qui valent autant pour leur récit que pour le monde qu’ils remettent en circulation. « Aya de Yopougon » appartient à cette catégorie. Adapté de la bande dessinée de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, le long-métrage d’animation ramène le spectateur dans l’Abidjan des années 1970, au cœur du quartier populaire de Yopougon, surnommé « Yop City ». Ce n’est pas l’Afrique de la guerre, de la misère ou de la catastrophe que l’on voit trop souvent assignée aux écrans occidentaux. C’est une Afrique urbaine, vivante, drôle, traversée par les ambitions, les amours, les conflits familiaux et les rêves de jeunesse.
Aya, l’héroïne, veut devenir médecin. Elle observe autour d’elle une société en mouvement, entre traditions familiales, désir d’indépendance, rumeurs de quartier et aspirations nouvelles. Ses amies Adjoua et Bintou, plus insouciantes, fréquentent les maquis, s’amusent, séduisent, se trompent parfois. Autour d’elles, les adultes composent avec leurs propres contradictions: autorité, hypocrisie sociale, inquiétude pour les enfants, attachement aux apparences. C’est précisément cette mosaïque qui fait la force du film: il ne réduit pas ses personnages à des symboles. Il leur donne des voix, des corps, des défauts, une langue, une époque.
Pour un public familial, « Aya de Yopougon » est une porte d’entrée idéale vers le cinéma africain d’animation. Pour les adultes, c’est aussi un retour à une Côte d’Ivoire populaire, joyeuse, traversée par une modernité déjà bouillonnante. Le film parle d’émancipation sans slogan, de jeunesse sans mièvrerie, de mémoire sans nostalgie figée. Il a cette rare qualité des œuvres accessibles: il se regarde avec plaisir tout en ouvrant une discussion plus large sur les représentations de l’Afrique.
Cinéma, débat et musique
La séance spéciale organisée dans le cadre du Festival international du cinéma africain ne se limite pas à une projection. Elle se présente comme un moment de transmission culturelle, pensé pour réunir plusieurs générations autour d’un même imaginaire. Le film sera suivi d’un débat animé par le Ciné Club Afro, autour de la représentation de l’Afrique au cinéma, de la place de la bande dessinée dans les récits africains contemporains et de la manière dont ces œuvres circulent entre continents, langues et publics.
Cet échange est essentiel. « Aya de Yopougon » permet en effet de poser une question simple mais décisive: qui raconte l’Afrique, et comment? Le succès de la bande dessinée, puis son adaptation en film d’animation, ont contribué à installer dans l’espace francophone une autre image du continent. Une image moins misérabiliste, moins documentaire, plus quotidienne, plus intime, plus libre. À travers Aya, Adjoua et Bintou, c’est toute une génération de jeunes femmes africaines qui échappe aux catégories imposées. Elles ne sont ni victimes exemplaires ni héroïnes abstraites. Elles vivent, choisissent, désirent, résistent, se trompent et recommencent.
La séance se prolongera par un mini-concert de Moussa Hema, musicien spécialiste du balafon et du djembé, avant une collation destinée à poursuivre les échanges. Ce format hybride donne à l’événement son intérêt particulier: il ne s’agit pas seulement d’aller voir un film, mais d’entrer dans un espace de dialogue. Cinéma, musique, parole et convivialité y composent une même proposition culturelle.
À Fontenay-sous-Bois, cette séance a donc valeur de rendez-vous. Elle rappelle que le cinéma africain ne se limite pas aux grands festivals spécialisés ni aux circuits confidentiels. Il peut aussi s’adresser à tous, dans un cinéma de quartier, avec un tarif accessible et une programmation pensée comme un geste d’ouverture.
Informations pratiques
Événement: Festival international du cinéma africain – séance spéciale « Aya de Yopougon »
Date: samedi 20 juin 2026
Horaire: 15h
Lieu: Cinéma Le Kosmos, 243 ter avenue de la République, 94120 Fontenay-sous-Bois
Tarif annoncé: 4 euros
Programme: projection du film « Aya de Yopougon », débat avec le Ciné Club Afro, mini-concert de Moussa Hema et collation
Public: séance accessible à un large public, notamment familial
