La Fête de la musique donne le tempo de notre sélection culturelle. De Paris à Rabat, de Fontenay-sous-Bois à Adzopé, les scènes africaines et diasporiques s’imposent avec éclat : concerts populaires, cinéma d’animation, cirque engagé, artisanat, mode et gastronomie. Une semaine vibrante, familiale et résolument métissée, où la création circule, rassemble et fait entendre toutes les voix du continent, des quartiers aux grandes arènes, sous chapiteaux comme en plein air.
Rise Up Africa #4: l’Afrique en partage dans l’Ain
À Saint-André-de-Bâgé, Rise Up Africa revient les 20 et 21 juin pour une quatrième édition placée sous le signe des cultures africaines. Artisanat, mode, gastronomie, conférences, danse, contes et ateliers composent un week-end populaire, familial et largement ouvert au public.
Rise Up Africa #4 n’a pas le gigantisme des grands festivals internationaux. C’est précisément ce qui fait son intérêt. Organisé à Saint-André-de-Bâgé, dans l’Ain, l’événement mise sur la rencontre directe, la transmission et la convivialité. Pendant deux jours, la salle des fêtes devient un espace de circulation entre pratiques artistiques, savoir-faire, cuisine, récits et musiques venus ou inspirés d’Afrique.
Le festival revendique une approche large des cultures africaines. Il ne s’agit pas seulement de présenter des spectacles, mais de faire entrer le public dans une expérience. L’Afrique y est abordée par les gestes autant que par les mots: fabriquer, écouter, danser, goûter, apprendre, discuter. Ce choix donne à l’événement une tonalité accessible et vivante. Il permet de toucher un public familial, curieux, pas nécessairement spécialiste, mais désireux de découvrir autre chose que les images convenues trop souvent associées au continent.
L’office de tourisme annonce une programmation mêlant artisanat, mode, gastronomie, conférences, spectacles, ateliers et animations. Ce croisement des formats est l’un des points forts de Rise Up Africa. Il évite la logique du simple défilé folklorique pour mettre en avant la diversité des expressions culturelles. Les cultures africaines y apparaissent comme des cultures de création, de transmission et de participation.
La gratuité d’entrée renforce cette dimension populaire. Dans un contexte où de nombreux événements culturels deviennent difficiles d’accès, Rise Up Africa conserve une forme d’ouverture essentielle. Certains ateliers, stages ou repas sont payants ou nécessitent une inscription, mais l’accès général au festival reste annoncé gratuit. Cette articulation entre entrée libre et activités réservables permet de préserver l’accueil du plus grand nombre tout en organisant des propositions plus encadrées.
Danser, écouter, goûter, apprendre
La richesse du programme tient à la variété des ateliers proposés. On y trouve des contes inspirés des légendes du Burkina Faso, des stages de percussions, des initiations au batik, au bogolan ou à la peinture, mais aussi des conférences et des expériences autour de spiritualités, de symboles et de pratiques culturelles africaines. Les danses occupent également une place importante, avec des propositions autour de la danse congolaise, de la kizomba ou du semba.
Ce mélange donne au festival une dynamique très concrète. Le visiteur ne reste pas spectateur passif. Il peut participer à un atelier, suivre une initiation, écouter un conteur, découvrir un instrument, échanger avec des intervenants, ou simplement flâner entre les stands et les animations. C’est cette dimension participative qui distingue Rise Up Africa d’un agenda culturel plus classique.
La gastronomie complète ce parcours. Un espace restauration est annoncé pendant tout le week-end, avec des plats inspirés de plusieurs pays africains: yassa poulet ou végétarien, attiéké au poulet ou au poisson, chikwangue, plantains frits, frites de patates douces, douceurs coco-mangue ou gâteau miel-cardamome. Là encore, le festival joue la carte de l’expérience sensorielle. La cuisine n’est pas un simple accompagnement: elle devient un autre langage culturel.
L’événement assume ainsi une ambition simple mais forte: faire découvrir l’Afrique autrement. Non pas comme une abstraction géographique, mais comme un ensemble de voix, de gestes, de goûts, de rythmes et de savoirs. À Saint-André-de-Bâgé, loin des grandes capitales culturelles, Rise Up Africa rappelle que les circulations africaines se vivent aussi dans les territoires, les associations, les salles des fêtes, les rencontres de proximité. C’est peut-être là que réside sa force: créer un espace chaleureux où la culture n’est pas tenue à distance, mais partagée.
Informations pratiques
Événement: Rise Up Africa #4
Dates: samedi 20 et dimanche 21 juin 2026
Horaires: samedi de 10h à 2h ; dimanche de 10h à 19h
Lieu: Salle des fêtes, 01380 Saint-André-de-Bâgé, Ain
Tarif: entrée gratuite annoncée ; certains ateliers, stages et repas peuvent être payants ou sur inscription
Programme: artisanat, mode, gastronomie, conférences, spectacles, ateliers, animations, danse, contes, percussions et restauration africaine
Accessibilité: accès adapté aux personnes à mobilité réduite ; animaux acceptés selon l’office de tourisme
Contact: 07 65 64 10 05 ; associationriseupafrica@gmail.com
Singuila à l’Accor Arena le 19 juin
Le 19 juin, Singuila investit l’Accor Arena pour un concert qui marque un changement d’échelle. Figure majeure du R&B francophone, l’artiste d’origine congolaise et centrafricaine retrouve son public parisien avec un répertoire fait d’amour, de passion, de blessures et de tubes générationnels.
Il y a des artistes que l’on reconnaît dès les premières notes. Singuila appartient à cette catégorie. Depuis le début des années 2000, il a imposé dans le paysage francophone une manière très identifiable de chanter l’amour: directe, sensuelle, mélodique, parfois plaintive, toujours accessible. Ses chansons parlent de désir, de rupture, de jalousie, de manque, de reconquête. Elles ont accompagné une génération qui a grandi avec le R&B français, ses refrains accrocheurs, ses confidences sentimentales et ses passerelles entre Paris, l’Afrique centrale et les scènes urbaines.
Né à Suresnes en 1977, Bedaya N’Garo Singuila est originaire de la République du Congo et de la République centrafricaine. Cette double appartenance a largement nourri son parcours artistique. Sa musique s’inscrit dans le R&B francophone, mais elle circule depuis longtemps entre plusieurs publics: la France, les diasporas africaines, l’Afrique centrale et plus largement l’espace musical francophone. C’est cette circulation qui rend son concert parisien particulièrement pertinent dans une sélection consacrée aux cultures africaines et afro-diasporiques.
Singuila s’est fait connaître avec des titres qui ont installé sa signature: une écriture sentimentale, une voix souple, une façon de mettre en scène les failles amoureuses sans chercher à les dissimuler. Là où d’autres ont choisi l’esbroufe ou la démonstration, lui a construit son univers autour de l’émotion. Ses chansons parlent au public parce qu’elles ne prétendent pas être plus grandes que ce qu’elles racontent. Elles disent les histoires ordinaires, les attachements compliqués, les regrets, les retours impossibles et les promesses que l’on fait trop tard.
Un rendez-vous de grande scène
Le concert du 19 juin à l’Accor Arena marque une étape importante. Après avoir réuni son public dans de grandes salles parisiennes, Singuila voit désormais plus grand. L’Accor Arena n’est pas un lieu neutre: c’est une salle de consécration populaire, celle où l’on vient confirmer un lien durable avec un public nombreux. Pour un artiste dont le répertoire repose autant sur la proximité émotionnelle, le défi est clair: transformer l’intimité de ses chansons en grand moment collectif.
Ce passage à l’Arena dit aussi quelque chose de l’évolution du R&B francophone. Longtemps perçu comme une musique de niche ou de génération, il s’est imposé comme un territoire majeur de la chanson populaire contemporaine. Singuila en est l’une des figures les plus constantes. Son univers a résisté aux modes parce qu’il repose sur un registre universel: les sentiments. Mais il le fait avec une couleur musicale qui porte l’empreinte des années 2000, des diasporas africaines, des sons urbains et d’un romantisme assumé.
Sur scène, l’enjeu sera donc double. Il s’agira de retrouver les titres que le public connaît déjà par cœur, mais aussi de mesurer ce que ces chansons deviennent lorsqu’elles sont chantées dans une salle de cette ampleur. Un concert de Singuila fonctionne rarement comme une simple succession de morceaux. Il repose sur la reconnaissance immédiate, la mémoire affective, les refrains repris en chœur, cette impression que chaque chanson renvoie à une histoire personnelle.
En programmant Singuila dans la semaine du 19 au 25 juin, l’agenda culturel africain gagne un événement très lisible: un artiste identifié, une date forte, une grande salle parisienne et une dimension afro-diasporique claire. Ce n’est pas seulement un concert nostalgique. C’est le retour en grand format d’une voix qui a façonné une part de la mémoire sentimentale francophone.
Informations pratiques
Événement: Singuila en concert
Date: vendredi 19 juin 2026
Horaire: 20h
Lieu: Accor Arena, 8 boulevard de Bercy, 75012 Paris
Type: concert R&B francophone / afro-diasporique
Artiste: Singuila
Tarifs: billets à partir de 49 euros, selon les catégories disponibles
Billetterie: Accor Arena, Ticketmaster, France Billet / Eventim
« Aya de Yopougon » au FICA: Abidjan sur grand écran
À Fontenay-sous-Bois, le FICA propose le 20 juin une séance spéciale autour d’« Aya de Yopougon », film d’animation tiré de la bande dessinée culte de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. Projection, débat et mini-concert composent une après-midi familiale, populaire et engagée.
Il y a des films qui valent autant pour leur récit que pour le monde qu’ils remettent en circulation. « Aya de Yopougon » appartient à cette catégorie. Adapté de la bande dessinée de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, le long-métrage d’animation ramène le spectateur dans l’Abidjan des années 1970, au cœur du quartier populaire de Yopougon, surnommé « Yop City ». Ce n’est pas l’Afrique de la guerre, de la misère ou de la catastrophe que l’on voit trop souvent assignée aux écrans occidentaux. C’est une Afrique urbaine, vivante, drôle, traversée par les ambitions, les amours, les conflits familiaux et les rêves de jeunesse.
Aya, l’héroïne, veut devenir médecin. Elle observe autour d’elle une société en mouvement, entre traditions familiales, désir d’indépendance, rumeurs de quartier et aspirations nouvelles. Ses amies Adjoua et Bintou, plus insouciantes, fréquentent les maquis, s’amusent, séduisent, se trompent parfois. Autour d’elles, les adultes composent avec leurs propres contradictions: autorité, hypocrisie sociale, inquiétude pour les enfants, attachement aux apparences. C’est précisément cette mosaïque qui fait la force du film: il ne réduit pas ses personnages à des symboles. Il leur donne des voix, des corps, des défauts, une langue, une époque.
Pour un public familial, « Aya de Yopougon » est une porte d’entrée idéale vers le cinéma africain d’animation. Pour les adultes, c’est aussi un retour à une Côte d’Ivoire populaire, joyeuse, traversée par une modernité déjà bouillonnante. Le film parle d’émancipation sans slogan, de jeunesse sans mièvrerie, de mémoire sans nostalgie figée. Il a cette rare qualité des œuvres accessibles: il se regarde avec plaisir tout en ouvrant une discussion plus large sur les représentations de l’Afrique.
Cinéma, débat et musique
La séance spéciale organisée dans le cadre du Festival international du cinéma africain ne se limite pas à une projection. Elle se présente comme un moment de transmission culturelle, pensé pour réunir plusieurs générations autour d’un même imaginaire. Le film sera suivi d’un débat animé par le Ciné Club Afro, autour de la représentation de l’Afrique au cinéma, de la place de la bande dessinée dans les récits africains contemporains et de la manière dont ces œuvres circulent entre continents, langues et publics.
Cet échange est essentiel. « Aya de Yopougon » permet en effet de poser une question simple mais décisive: qui raconte l’Afrique, et comment? Le succès de la bande dessinée, puis son adaptation en film d’animation, ont contribué à installer dans l’espace francophone une autre image du continent. Une image moins misérabiliste, moins documentaire, plus quotidienne, plus intime, plus libre. À travers Aya, Adjoua et Bintou, c’est toute une génération de jeunes femmes africaines qui échappe aux catégories imposées. Elles ne sont ni victimes exemplaires ni héroïnes abstraites. Elles vivent, choisissent, désirent, résistent, se trompent et recommencent.
La séance se prolongera par un mini-concert de Moussa Hema, musicien spécialiste du balafon et du djembé, avant une collation destinée à poursuivre les échanges. Ce format hybride donne à l’événement son intérêt particulier: il ne s’agit pas seulement d’aller voir un film, mais d’entrer dans un espace de dialogue. Cinéma, musique, parole et convivialité y composent une même proposition culturelle.
À Fontenay-sous-Bois, cette séance a donc valeur de rendez-vous. Elle rappelle que le cinéma africain ne se limite pas aux grands festivals spécialisés ni aux circuits confidentiels. Il peut aussi s’adresser à tous, dans un cinéma de quartier, avec un tarif accessible et une programmation pensée comme un geste d’ouverture.
Informations pratiques
Événement: Festival international du cinéma africain – séance spéciale « Aya de Yopougon »
Date: samedi 20 juin 2026
Horaire: 15h
Lieu: Cinéma Le Kosmos, 243 ter avenue de la République, 94120 Fontenay-sous-Bois
Tarif annoncé: 4 euros
Programme: projection du film « Aya de Yopougon », débat avec le Ciné Club Afro, mini-concert de Moussa Hema et collation
Public: séance accessible à un large public, notamment familial
Au Cirque Romanès, une Fête de la musique sous le signe du métissage
Pour la Fête de la musique, le Cirque Romanès accueille le 21 juin une longue après-midi de concerts sous chapiteau. Chanson kabyle, chanson africaine, hip-hop, gospel, musiques balkaniques et DJ set composent une programmation éclectique, ouverte et populaire.
Il y a, dans l’idée même de la Fête de la musique, une promesse de mélange. Le 21 juin, les scènes se déplacent, les hiérarchies s’effacent, les genres se croisent. Au Cirque Romanès, à Paris, cette promesse prend une forme particulièrement vivante. Le chapiteau, déjà associé à l’itinérance, à la fête et aux rencontres, devient pour une journée un lieu de circulation musicale, entre chanson française, musiques africaines, répertoires kabyles, hip-hop, gospel, pop, accents balkaniques et DJ set.
L’événement, organisé en collaboration avec La Caravane des Arts, n’est pas présenté comme un festival africain au sens strict. Mais il mérite sa place dans une sélection afro-culturelle par la présence de plusieurs propositions liées à l’Afrique, au Maghreb et aux diasporas. C’est justement cette dimension métissée qui en fait l’intérêt. Ici, les cultures ne sont pas alignées dans des cases séparées: elles se répondent, s’enchaînent, se frottent les unes aux autres dans un esprit de fête populaire.
La journée débute dans l’après-midi et s’étire jusqu’en soirée. Le programme annonce notamment Malika Kissmell en chanson kabyle, Chérile et La Case à Son en chanson africaine, SKeurma & Kamu en hip-hop, Aboo Afrhipop avec un hip-hop porté par des rythmiques africaines, puis Vocaliners en gospel et pop internationale. Plus tard, Djam Balkan, avec notamment les musiciens du Cirque Romanès, prolonge l’ouverture vers d’autres horizons sonores, avant un DJ set prévu en soirée.
Cette diversité donne à l’événement une couleur particulière. On peut y venir pour un artiste, rester pour un autre, passer d’un registre à l’autre sans rupture. C’est le principe même d’une fête musicale réussie: ne pas enfermer le public dans une seule esthétique, mais l’inviter à circuler. Le Cirque Romanès offre à ce parcours un décor à part, moins institutionnel qu’une salle de spectacle, plus intime qu’une grande scène extérieure.
Afrique, Maghreb et diasporas en mouvement
La présence de la chanson kabyle et des rythmiques africaines rappelle que les cultures africaines ne se résument pas à un territoire unique ni à un style identifiable d’un seul geste. Elles sont multiples, traversées par des langues, des mémoires, des diasporas, des hybridations. Le programme du Cirque Romanès joue précisément sur cette pluralité. Il place côte à côte des formes populaires, des répertoires traditionnels ou diasporiques, des musiques urbaines et des expressions plus festives.
La chanson kabyle de Malika Kissmell apporte une dimension nord-africaine forte, portée par une mémoire linguistique et musicale souvent transmise dans l’exil. Chérile et La Case à Son inscrivent la journée dans une veine africaine plus directement revendiquée. Aboo Afrhipop, de son côté, propose une rencontre entre hip-hop et rythmiques africaines, signe d’une génération pour laquelle les influences circulent sans demander la permission. Le gospel de Vocaliners ouvre encore une autre porte, celle des traditions vocales afro-diasporiques devenues, au fil du temps, un langage mondial.
L’intérêt de cette Fête de la musique tient donc moins à la rareté de tel ou tel nom qu’à la dynamique d’ensemble. Elle propose une scène vivante, accessible, sans solennité inutile. La participation libre « au chapeau » renforce cette dimension ouverte: chacun peut contribuer selon ses moyens pour soutenir les artistes. La Guinguette du Cirque Romanès, annoncée dès midi, permet aussi de faire de l’événement un vrai moment de sortie, pas seulement une succession de concerts.
Dans un Paris souvent saturé d’offres culturelles, ce rendez-vous a l’avantage de la simplicité: un lieu singulier, une longue plage horaire, une programmation variée, une ambiance de fête. Pour ceux qui cherchent une manière différente de célébrer le 21 juin, le Cirque Romanès propose une option chaleureuse et métissée, à la croisée des musiques populaires, africaines, maghrébines et diasporiques.
Informations pratiques
Événement: Fête de la musique au Cirque Romanès
Date: dimanche 21 juin 2026
Horaires: de 14h à 23h
Lieu: Cirque Romanès, Square Parody, 31 boulevard de l’Amiral-Bruix, 75016 Paris
Accès: métro Porte Maillot, ligne 1
Tarif: participation libre au chapeau pour soutenir les artistes
Restauration: Guinguette du Cirque Romanès ouverte dès 12h
Programme annoncé: chanson française, chanson kabyle, chanson africaine, hip-hop, hip-hop sur rythmiques africaines, gospel, pop internationale, musiques balkaniques et DJ set
« Yongoyély »: le cirque guinéen comme cri de liberté
Au Festival des 7 Collines, Circus Baobab présente « Yongoyély » du 23 au 25 juin à Saint-Étienne. Portée par six artistes guinéennes, cette création mêle acrobatie, danse, chant et engagement pour interroger la condition des femmes et la réappropriation du corps.
Il y a des spectacles qui impressionnent par la virtuosité. D’autres frappent par ce qu’ils osent dire. « Yongoyély » appartient aux deux catégories. Avec cette création, la compagnie guinéenne Circus Baobab ne se contente pas de déployer un cirque physique, spectaculaire et populaire. Elle met l’acrobatie au service d’un sujet brûlant: la condition des femmes, la domination patriarcale et la possibilité de reprendre possession de son corps.
Le titre, « Yongoyély », signifie « l’exciseuse » en langue soussou. Il annonce d’emblée la gravité du propos. Mais le spectacle ne se présente pas comme un dossier militant illustré sur scène. Il choisit une autre voie, plus puissante: celle du corps en mouvement. Les artistes montent, chutent, se relèvent, se portent, se défient, s’entraident. Chaque geste devient une manière de dire la contrainte, la blessure, la peur, mais aussi la solidarité, la force et la résistance.
Ce choix est essentiel. Le cirque, ici, n’est pas une simple prouesse. Il devient une grammaire de l’émancipation. Les équilibres précaires disent la fragilité. Les portés disent la confiance. Les envols disent la possibilité d’échapper à l’assignation. Les chutes rappellent la violence du réel. Le spectacle fait ainsi du plateau un espace de combat symbolique, où les femmes ne sont plus seulement regardées, mais agissantes.
Circus Baobab, collectif guinéen reconnu sur la scène internationale, revient à Saint-Étienne après le succès de « Yé! (l’eau) », accueilli en 2023. Cette fois, le centre de gravité est clairement féminin. « Yongoyély » place les interprètes femmes au cœur du récit, sans en faire des figures abstraites. Elles sont circassiennes, danseuses, chanteuses, porteuses de récits et de mémoire. Elles donnent au spectacle une énergie à la fois brute et maîtrisée.
Une scène traversée par la Guinée
La force de « Yongoyély » tient aussi à son ancrage. Le spectacle ne gomme pas son origine guinéenne pour correspondre à un format international lisse. Au contraire, il assume ses rythmes, ses voix, ses références, ses tensions. Les chants et les danses de Guinée dialoguent avec les techniques du cirque contemporain: voltige, mât chinois, barres russes, acrobaties collectives. Cette rencontre produit une écriture scénique immédiatement lisible, sans appauvrir la complexité du sujet.
La distribution réunit six circassiennes, danseuses et chanteuses guinéennes, accompagnées de porteurs et de voltigeurs. Sur scène, les corps composent une communauté en mouvement. Les artistes ne racontent pas seulement une oppression; elles construisent, sous les yeux du public, une réponse commune. La vitalité du spectacle vient de là: il refuse l’enfermement dans la douleur. Il parle d’une violence faite aux femmes, mais il montre aussi la puissance de celles qui la traversent, la nomment et s’en libèrent.
Le dispositif scénique, fait d’équilibres, de matières brutes et de tensions physiques, donne au spectacle une intensité particulière. Les parpaings, les troncs, les agrès, les portés et les voix créent un monde instable, rude, mais jamais désespéré. On y sent la rue, la rumeur, la mémoire collective, la pression sociale, mais aussi la joie de tenir debout ensemble. C’est cette combinaison qui rend la proposition forte: « Yongoyély » n’est pas seulement un spectacle sur la souffrance. C’est un spectacle sur la résistance.
Au Festival des 7 Collines, qui défend depuis longtemps une programmation contemporaine, internationale et engagée, cette création trouve naturellement sa place. Elle parle à un large public, à partir de huit ans, sans réduire son propos. Elle rappelle que le cirque peut être un art populaire sans être léger, spectaculaire sans être décoratif, politique sans être didactique.
À Saint-Étienne, « Yongoyély » s’annonce ainsi comme l’un des rendez-vous forts de la semaine. Un spectacle de cirque guinéen, mais aussi une œuvre de scène sur la dignité, la transmission, la sororité et la liberté.
Informations pratiques
Événement: « Yongoyély » – Circus Baobab
Cadre: Festival des 7 Collines, 32e édition
Dates: mardi 23, mercredi 24 et jeudi 25 juin 2026
Horaire: 20h
Durée: 1 heure
Lieu: La Comédie de Saint-Étienne, Salle Jean Dasté, Place Jean Dasté, 42000 Saint-Étienne
Tarifs: plein tarif 24 euros ; tarif réduit 18 euros ; tarif jeune / enfant 12 euros
Public: à partir de 8 ans
Discipline: cirque contemporain, danse, chant, acrobatie
Compagnie: Circus Baobab, Guinée
Mise en scène, mise en cirque et scénographie: Yann Ecauvre
Mawazine: Rabat au rythme de l’Afrique
Du 19 au 27 juin, Mawazine transforme Rabat et Salé en grande scène musicale internationale. Sur la scène Bouregreg, plusieurs figures majeures du continent africain se succèdent, de Stonebwoy à Sampa The Great, en passant par Orchestra Baobab, Pongo et Serge Beynaud.
Mawazine n’est pas seulement l’un des plus grands rendez-vous musicaux du Maroc. C’est aussi, chaque année, une vitrine spectaculaire des musiques africaines, arabes et internationales. Pour son édition 2026, organisée du 19 au 27 juin à Rabat et Salé, le festival déploie une programmation très large, répartie sur plusieurs scènes. Mais pour une sélection consacrée aux cultures africaines, c’est la scène Bouregreg qui concentre l’essentiel de l’attention.
Entre le 19 et le 25 juin, elle propose une traversée du continent en sept soirées. Le 19 juin, The Ancestors ouvrent la séquence avec leur univers sud-africain, entre jazz spirituel, rythmes traditionnels et puissance collective. Le 20 juin, place à Stonebwoy, figure ghanéenne de l’afro-dancehall, dont l’énergie scénique traduit l’une des grandes lignes de force des musiques africaines actuelles: la capacité à dialoguer avec les sons mondiaux tout en conservant un ancrage local fort. Le 21 juin, Djelykaba Bintou porte la voix de la Guinée, entre modernité populaire et héritage mandingue.
La suite confirme l’ambition panafricaine de la programmation. Le 22 juin, Pongo, artiste d’origine angolaise, fait entendre une forme de kuduro réinventé, urbain, nerveux, immédiatement identifiable. Le 23 juin, Serge Beynaud représente l’une des figures les plus connues du coupé-décalé ivoirien, musique de fête, de danse et de performance qui a profondément marqué la scène ouest-africaine contemporaine. Le 24 juin, Orchestra Baobab apporte une autre temporalité: celle d’un groupe sénégalais mythique, dont la longévité raconte à elle seule l’histoire des circulations musicales entre Dakar, Cuba, l’Afrique de l’Ouest et le monde. Le 25 juin, Sampa The Great clôt cette séquence hebdomadaire avec une proposition plus hip-hop, soul et poétique, portée par une voix zambienne engagée et singulière.
Ce parcours donne à Mawazine une force particulière. Il ne se contente pas d’aligner des noms. Il met en scène plusieurs générations, plusieurs langues, plusieurs esthétiques. Le festival passe du patrimoine vivant à l’afro-pop, du dancehall au rap, du kuduro au coupé-décalé, de la mémoire orchestrale sénégalaise aux formes les plus contemporaines de l’afro-fusion.
Rabat et Salé, carrefour des sons
L’intérêt de Mawazine tient aussi à son inscription dans l’espace urbain. Le festival ne se réduit pas à une salle ou à une seule scène. Il occupe Rabat et Salé, multiplie les lieux, les publics, les atmosphères. La scène Bouregreg, dédiée aux rythmes du monde et très fortement marquée par l’Afrique, dialogue avec l’OLM Souissi, l’espace Nahda, la scène de Salé, le Théâtre National Mohammed V ou encore le site historique du Chellah. Cette dispersion donne au festival une dimension de ville en mouvement.
Dans la fenêtre du 19 au 25 juin, d’autres rendez-vous complètent d’ailleurs l’axe africain. Senny Camara est annoncée au Chellah le 20 juin, Tyla à l’OLM Souissi le 21 juin, Imany au Théâtre National Mohammed V le 22 juin, Rema à l’OLM Souissi le 24 juin et Eneida Marta au Chellah le 25 juin. Ces présences élargissent encore la cartographie musicale du festival: Sénégal, Afrique du Sud, Comores, Nigeria, Cap-Vert, autant d’origines et de trajectoires qui confirment le rôle de Mawazine comme carrefour continental.
Ce rendez-vous marocain a une particularité: il s’adresse à un public extrêmement large, tout en programmant des artistes capables de parler à des scènes très différentes. Les amateurs de grande pop internationale y trouvent leurs repères. Les passionnés de musiques africaines peuvent y suivre une programmation dense. Les curieux y découvrent des passerelles entre mémoire, fête, danse et création contemporaine.
Mawazine fonctionne ainsi comme une photographie de l’Afrique musicale actuelle: diverse, mobile, urbaine, patrimoniale, mondialisée, mais jamais uniforme. On peut y entendre la puissance d’une tradition, l’impact des musiques de club, la vitalité des scènes ouest-africaines, les circulations diasporiques et la montée d’artistes africains devenus des figures globales. À Rabat et Salé, du 19 au 25 juin, l’Afrique ne se présente pas comme un thème. Elle occupe la scène, pleinement.
Informations pratiques
Événement: Mawazine – Rythmes du Monde
Édition: 21e édition
Dates de l’édition 2026: du 19 au 27 juin 2026
Période retenue: du 19 au 25 juin 2026
Lieux: Rabat et Salé, Maroc
Scènes principales: Bouregreg, OLM Souissi, Nahda, Salé, Théâtre National Mohammed V, Chellah
Programmation africaine sur la scène Bouregreg: The Ancestors le 19 juin à 21h30 ; Stonebwoy le 20 juin à 22h30 ; Djelykaba Bintou le 21 juin à 22h30 ; Pongo le 22 juin à 22h30 ; Serge Beynaud le 23 juin à 22h30 ; Orchestra Baobab le 24 juin à 21h30 ; Sampa The Great le 25 juin à 22h30
Autres artistes africains ou afro-diasporiques repérés dans la période: Senny Camara, Tyla, Imany, Rema, Eneida Marta
Billetterie et programme: site officiel du festival Mawazine
« La Mé en Fête »: Adzopé célèbre ses talents musicaux
À Adzopé, « La Mé en Fête » revient les 20 et 21 juin pour une septième édition organisée à l’occasion de la Fête de la musique. Artistes professionnels et amateurs y porteront la diversité musicale d’une région ivoirienne attachée à ses expressions culturelles.
Toutes les scènes importantes ne sont pas nécessairement celles des grandes capitales. Avec « La Mé en Fête », Adzopé rappelle que la vitalité musicale africaine se construit aussi dans les villes régionales, les espaces publics, les directions culturelles locales et les rendez-vous de proximité. Les 20 et 21 juin, l’espace de l’ancienne gare accueillera la septième édition de cette manifestation organisée par la Direction régionale de la Culture et de la Francophonie de La Mé, à l’occasion de la Fête de la musique.
L’événement n’a pas le format d’un grand festival international. C’est justement ce qui lui donne son intérêt. « La Mé en Fête » s’inscrit dans une logique de territoire: faire entendre les artistes de la région, créer un moment de rassemblement, offrir un cadre de visibilité à des talents professionnels et amateurs, et rappeler que la culture ne se limite pas aux institutions centrales ni aux scènes déjà consacrées. Dans une sélection d’événements africains, cette manifestation apporte une respiration différente. Elle parle moins de star system que d’ancrage local, moins de spectacle mondialisé que d’expression régionale.
La Mé, région située dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, dispose d’un tissu culturel qui mérite d’être davantage mis en lumière. À travers cette fête, la musique devient à la fois un instrument de valorisation, de cohésion et de transmission. Le principe est simple: réunir des artistes, provoquer la rencontre avec le public, donner une scène à des pratiques parfois peu visibles et faire de la Fête de la musique un moment partagé. Cette simplicité est une force. Elle permet de replacer la culture là où elle naît souvent: dans les communautés, les villes, les générations, les échanges quotidiens.
La musique comme outil de rayonnement
Selon le ministère ivoirien de la Culture et de la Francophonie, « La Mé en Fête » entend promouvoir les talents et valoriser la diversité musicale régionale. Prestations artistiques, découvertes musicales et moments de partage culturel composent le cœur de cette septième édition. À défaut d’une affiche détaillée publiée officiellement, c’est cette intention qu’il faut retenir: l’événement fonctionne comme une vitrine pour les expressions musicales de La Mé.
Cette dimension est importante. Dans beaucoup de pays africains, les scènes régionales jouent un rôle décisif dans la circulation des artistes. Elles permettent à des musiciens encore peu médiatisés de se produire devant un public, de rencontrer d’autres acteurs culturels et de s’inscrire dans un réseau. Elles donnent aussi aux habitants l’occasion de se reconnaître dans une programmation qui ne vient pas uniquement d’ailleurs. « La Mé en Fête » participe de cette dynamique: faire de la musique un espace d’identification locale et d’ouverture.
L’organisation par la Direction régionale de la Culture et de la Francophonie de La Mé donne également à l’événement une dimension institutionnelle. Il ne s’agit pas seulement d’une animation ponctuelle, mais d’un rendez-vous inscrit dans une politique de rayonnement culturel. Le ministère présente cette initiative comme conforme à sa vision en faveur de l’expression artistique et de la promotion de la culture. Le mot est important: l’expression. Car une scène régionale n’est pas uniquement un lieu de divertissement. Elle est aussi un espace où une population se donne à voir, s’écoute et affirme la valeur de ses pratiques.
Dans une semaine marquée par de grands événements comme Mawazine ou par des propositions plus internationales en Europe, « La Mé en Fête » rappelle une évidence: l’Afrique culturelle ne se résume pas à ses grands rendez-vous médiatiques. Elle se joue aussi à Adzopé, dans un espace d’ancienne gare, pendant deux jours de musique, de rencontres et de découvertes. Et c’est précisément pour cela que l’événement mérite d’être retenu.
Informations pratiques
Événement: « La Mé en Fête »
Édition: 7e édition
Dates: samedi 20 et dimanche 21 juin 2026
Lieu: espace ancienne gare, Adzopé, Côte d’Ivoire
Cadre: Fête de la musique
Organisation: Direction régionale de la Culture et de la Francophonie de La Mé
Programme annoncé: prestations artistiques, découvertes musicales, artistes professionnels et amateurs, moments de partage culturel
