Cette semaine, notre sélection trace une carte culturelle en mouvement, de Paris à Bruxelles, de Dakhla au Port-Marly. Au Palais de la Porte Dorée, une exposition questionne les origines, les identités et les discriminations, tandis qu’à Bruxelles, la diaspora africaine affirme son dynamisme économique et culturel. Le cinéma occupe aussi une place centrale, entre le festival de Dakhla et la sortie de Dao, d’Alain Gomis. À Paris, Manuela Jardim explore la création comme lien social, avant que Massaka ne célèbre les cultures camerounaises et africaines.
À partir du 5 juin, le Palais de la Porte Dorée accueille une exposition qui explore les liens entre origines, identités et discriminations. À travers œuvres contemporaines, archives et témoignages, elle propose une réflexion sur des mécanismes qui continuent de façonner les sociétés européennes.
Qui décide de nos origines ? Et surtout, que deviennent-elles lorsqu’elles sont transformées en catégories, en préjugés ou en motifs de discrimination ? C’est autour de ces questions que s’articule l’exposition « Aux origines : regards croisés sur le racisme et les discriminations », présentée à partir du 5 juin au Palais de la Porte Dorée, à Paris
Conçue par le Musée national de l’histoire de l’immigration, l’exposition aborde un sujet qui traverse aujourd’hui de nombreuses sociétés : la manière dont les origines réelles ou supposées influencent les parcours individuels et les relations sociales. Loin de se limiter à une approche historique, elle cherche à comprendre comment ces mécanismes continuent de se manifester dans le présent.
Le projet repose sur un dialogue entre plusieurs disciplines. Art contemporain, sociologie, histoire, témoignages et archives se répondent tout au long du parcours. Le visiteur est invité à observer comment certaines catégories se construisent, se transmettent et finissent parfois par produire des formes d’exclusion.
L’exposition s’inscrit dans un contexte européen marqué par des débats récurrents autour des migrations, de l’identité, de l’intégration et de la diversité culturelle. Sans prétendre apporter des réponses définitives, elle propose des outils pour mieux comprendre la complexité de ces questions.
Pour les visiteurs issus des diasporas africaines, maghrébines ou ultramarines, elle résonne également avec des expériences souvent présentes dans les récits familiaux et les trajectoires migratoires contemporaines.
Quand l’art devient un outil de réflexion
L’une des forces de l’exposition réside dans sa dimension artistique. Plutôt que d’adopter uniquement un discours académique ou documentaire, elle donne une place centrale aux artistes contemporains.
Photographies, installations, vidéos et œuvres multimédias permettent d’aborder les questions de discrimination sous un angle sensible. Les artistes explorent les notions de mémoire, d’appartenance, de représentation ou encore de transmission. Leurs créations montrent comment les identités se construisent à travers les regards portés sur soi et sur les autres.
Certaines œuvres interrogent les stéréotypes associés aux origines. D’autres s’intéressent aux récits familiaux, aux trajectoires migratoires ou aux traces laissées par l’histoire coloniale. Ensemble, elles dessinent une cartographie complexe des expériences contemporaines liées à l’altérité.
Cette approche artistique permet de dépasser les statistiques ou les concepts abstraits. Elle replace les individus au centre du récit et rappelle que derrière chaque catégorie administrative ou sociologique se trouvent des histoires personnelles.
L’exposition offre ainsi une lecture plus nuancée des questions identitaires. Elle montre que les origines ne sont jamais uniquement des données objectives, mais aussi des constructions sociales qui évoluent selon les contextes historiques, politiques et culturels.
Des héritages toujours présents
Si l’exposition s’adresse à un large public, elle entre particulièrement en résonance avec les histoires des migrations qui ont façonné la France contemporaine.
Les héritages coloniaux, les déplacements de population, les trajectoires diasporiques et les représentations liées aux origines occupent une place importante dans le parcours. Ces thématiques concernent directement les populations venues d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne ou des territoires ultramarins, dont les histoires continuent d’influencer les débats actuels.
L’exposition rappelle que les discriminations ne relèvent pas uniquement du passé. Elles peuvent se manifester dans l’accès à l’emploi, au logement, à l’éducation ou à la représentation publique. Elle montre également comment les artistes, les chercheurs et les écrivains participent aujourd’hui à la réflexion sur ces phénomènes.
Plusieurs rencontres, conférences et débats accompagnent d’ailleurs la programmation. Le 10 juin, une rencontre littéraire intitulée « Déconstruire les regards : écrire pour dénoncer le racisme » réunira des auteurs autour du rôle de la littérature dans la compréhension et la contestation des discriminations.
À travers cette exposition, le Palais de la Porte Dorée poursuit son travail de réflexion sur les migrations et les sociétés contemporaines. Un sujet parfois sensible, mais qui demeure au cœur des transformations culturelles et sociales de l’Europe actuelle.
Informations pratiques
Aux origines : regards croisés sur le racisme et les discriminations
Dates : du 5 juin au 23 août 2026
Lieu : Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris
Au programme :
Œuvres d’art contemporain
Photographies, installations et vidéos
Archives et documents historiques
Témoignages et parcours thématiques
Rencontres littéraires
Conférences et débats
Visites guidées
Site : https://www.histoire-immigration.fr
À Bruxelles, du 5 au 7 juin, la diaspora africaine pense l’avenir
Du 5 au 7 juin, Bruxelles accueille la Foire internationale des entrepreneurs de la diaspora africaine. Entre économie, culture, mode et gastronomie, l’événement met en lumière une diaspora qui ne se contente plus de maintenir des liens avec l’Afrique, mais participe activement à sa transformation.
Pendant longtemps, les diasporas africaines ont été regardées principalement à travers le prisme des transferts d’argent envoyés aux familles restées au pays. Aujourd’hui, leur rôle dépasse largement cette fonction. Entrepreneurs, investisseurs, artistes, créateurs ou porteurs de projets contribuent de plus en plus aux échanges entre l’Afrique et le reste du monde. C’est cette réalité que met en avant la Foire internationale des entrepreneurs de la diaspora africaine (FIEDA), organisée du 5 au 7 juin à Bruxelles.
Accueillie dans le vaste complexe de Tour & Taxis, l’une des principales plateformes événementielles de la capitale belge, la manifestation réunit pendant trois jours des participants venus de plusieurs pays d’Afrique et d’Europe. L’objectif est de favoriser les rencontres, les partenariats et les investissements, tout en valorisant la richesse culturelle des diasporas africaines.
L’événement s’inscrit dans un contexte particulier. Les communautés africaines installées en Europe occupent désormais une place importante dans les échanges économiques entre les deux continents. Au-delà des transferts financiers, elles participent à la création d’entreprises, au développement de réseaux professionnels et à la circulation des savoir-faire.
La FIEDA entend précisément accompagner cette dynamique en offrant un espace où se croisent entrepreneurs, institutions, investisseurs et acteurs culturels.
Quand économie et culture avancent ensemble
À première vue, la FIEDA pourrait être perçue comme un simple salon professionnel. Pourtant, les organisateurs revendiquent une approche plus large. La foire est conçue comme un lieu de rencontre entre l’économie, la culture et les industries créatives.
Le programme prévoit ainsi des expositions entrepreneuriales, des conférences thématiques, des séances de réseautage et des présentations de projets. Mais il accorde également une place importante à la création artistique, à la mode, à l’artisanat et à la gastronomie.
Un pavillon culturel met notamment à l’honneur des créateurs et artisans venus de différents pays africains. Les visiteurs peuvent y découvrir des objets d’art, des créations contemporaines, des produits artisanaux ou encore des spécialités culinaires reflétant la diversité du continent.
Cette présence culturelle rappelle que les diasporas jouent un rôle majeur dans la diffusion des cultures africaines à travers le monde. Restaurants, maisons d’édition, marques de mode, festivals ou initiatives artistiques constituent aujourd’hui des vecteurs d’influence aussi importants que les projets économiques.
Des concerts et des animations artistiques viennent compléter la programmation, transformant l’événement en véritable vitrine de la créativité africaine contemporaine.
Une diaspora qui investit dans le futur
L’édition 2026 est placée sous le thème : « Industrie, habitat durable, transition écologique : investissements de demain pour la diaspora africaine ».
Ce choix reflète les évolutions des préoccupations économiques sur le continent. Les débats porteront notamment sur l’industrialisation, l’entrepreneuriat féminin, les nouveaux modèles de financement, le logement durable et les enjeux environnementaux.
Derrière ces thématiques se dessine une question centrale : comment les diasporas peuvent-elles contribuer au développement économique de l’Afrique au-delà des transferts financiers traditionnels ?
Pour les organisateurs, la réponse passe par l’investissement productif, la création d’entreprises et la mobilisation des compétences acquises à l’étranger. Les membres des diasporas sont de plus en plus nombreux à lancer des projets dans leur pays d’origine ou à créer des passerelles entre les marchés africains et européens.
Cette évolution transforme progressivement leur rôle. Ils ne sont plus seulement des expatriés entretenant des liens avec leur pays natal, mais deviennent des acteurs économiques à part entière, capables d’influencer les trajectoires de développement.
La première édition de la FIEDA avait déjà témoigné de cet intérêt croissant. Plus de 8 000 visiteurs et plus d’une centaine d’exposants avaient participé à l’événement. Les organisateurs espèrent désormais consolider cette dynamique et renforcer les réseaux qui se construisent entre les deux continents.
Informations pratiques
Foire internationale des entrepreneurs de la diaspora africaine (FIEDA)
Dates : du 5 au 7 juin 2026
Lieu : Tour & Taxis, Gare Maritime, Bruxelles (Belgique)
Au programme :
Expositions entrepreneuriales
Conférences et panels
Sessions de réseautage
Pavillon culturel
Concerts et animations artistiques
Défilés de mode
Gastronomie africaine
Rencontres professionnelles
Site : https://asbl-sm.org
À Dakhla, une semaine de cinéma du 6 au 12 juin
Du 6 au 12 juin, le Festival international du film de Dakhla réunit cinéastes, producteurs et cinéphiles venus de plusieurs continents. Au programme: compétitions, rencontres et découvertes, dans une ville devenue l’un des carrefours les plus singuliers du cinéma africain.
Sur les rives de l’Atlantique, à l’extrême sud du Maroc, Dakhla s’apprête une nouvelle fois à accueillir le monde du cinéma. Du 6 au 12 juin, la ville sera le théâtre de la 14e édition du Festival international du film de Dakhla, un rendez-vous qui a su, au fil des années, se faire une place à part dans le paysage culturel africain.
Loin des grands circuits médiatiques et des capitales traditionnellement associées au septième art, le festival a bâti son identité sur une ambition claire : favoriser le dialogue entre les cinémas d’Afrique, du monde arabe et d’ailleurs. Une vocation qui reflète la position géographique de Dakhla elle-même, située à la croisée de plusieurs espaces culturels et tournée vers l’Atlantique.
Cette année, dix-neuf films issus de vingt et un pays seront présentés au public. Fictions, documentaires et œuvres indépendantes composeront une programmation qui mise autant sur la découverte que sur la diversité des regards. La compétition officielle réunira neuf films en lice pour les principales récompenses du festival.
Mais l’événement ne se limite pas à une succession de projections. Il se veut également un lieu de rencontres et d’échanges, où se croisent professionnels du secteur, critiques, producteurs, réalisateurs et jeunes talents venus présenter leurs œuvres.
Une plateforme pour les cinémas du Sud
Le Festival international du film de Dakhla s’est progressivement imposé comme l’un des espaces de visibilité les plus dynamiques pour les cinématographies africaines et arabes.
Alors que de nombreux réalisateurs peinent encore à diffuser leurs films au-delà de leur pays d’origine, les festivals demeurent des lieux essentiels de circulation des œuvres. Dakhla joue pleinement ce rôle en offrant aux créateurs un accès à un public international ainsi qu’à de potentiels partenaires de production et de distribution.
Les rencontres professionnelles organisées tout au long de la semaine constituent l’un des piliers du festival. Tables rondes, débats et échanges permettent d’aborder les grandes questions qui traversent aujourd’hui le secteur : financement des films, émergence des plateformes numériques, circulation des œuvres africaines ou encore renouvellement des récits.
Pour les jeunes cinéastes du continent, ces moments représentent souvent une occasion précieuse de faire connaître leur travail. Dans un environnement où les ressources demeurent inégalement réparties, la mise en réseau est devenue un enjeu central.
Cette dimension professionnelle contribue à distinguer Dakhla d’autres manifestations culturelles davantage tournées vers le grand public. Le festival cherche non seulement à montrer des films, mais aussi à accompagner la structuration d’un écosystème cinématographique plus solide.
Une autre image de l’Afrique contemporaine
Au-delà de sa programmation, le festival participe à une évolution plus large du paysage culturel africain. Longtemps concentrés dans quelques métropoles, les grands rendez-vous artistiques se développent désormais dans des villes moins attendues, capables d’attirer un public international tout en mettant en valeur leur identité propre.
Dakhla illustre parfaitement cette tendance. Connue pour ses lagunes, ses paysages désertiques et ses activités nautiques, la ville affirme progressivement une dimension culturelle qui dépasse son image touristique.
Les films présentés cette année abordent des thèmes variés : migrations, transformations sociales, mémoire, identités contemporaines ou encore rapports entre tradition et modernité. Autant de sujets qui traversent aujourd’hui les sociétés africaines et arabes, mais qui résonnent également bien au-delà de ces régions.
Le festival offre ainsi une fenêtre sur des réalités souvent absentes des écrans internationaux. Il donne à voir une Afrique multiple, créative et en mouvement, loin des représentations réductrices qui dominent encore trop souvent l’actualité.
Cette diversité constitue sans doute sa principale force. À travers les œuvres sélectionnées, ce sont des histoires venues de différents horizons qui dialoguent entre elles et avec le public. Dans un monde où les frontières culturelles semblent parfois se refermer, Dakhla choisit au contraire de miser sur la circulation des récits et la rencontre des imaginaires.
Pendant une semaine, la ville marocaine devient ainsi un lieu où se croisent les regards, les langues et les expériences. Un espace de cinéma, certes, mais aussi un espace de dialogue entre plusieurs continents.
Informations pratiques
Festival international du film de Dakhla
Dates : du 6 au 12 juin 2026
Lieu : Dakhla, Maroc
Au programme :
Compétition officielle de longs métrages et documentaires
19 films issus de 21 pays
Rencontres professionnelles
Tables rondes et débats
Hommages à des personnalités du cinéma
Échanges entre réalisateurs, producteurs et critiques
Manifestations culturelles parallèles
Site : https://festival-dakhla.com
À Paris, Manuela Jardim transforme la résidence artistique en expérience collective
Lauréate 2026 du programme Création & Engagement, l’artiste bissau-guinéenne Manuela Jardim présente à Paris une exposition née de plusieurs semaines de travail collaboratif. Entre mémoire, transmission et inclusion, son projet place la création au cœur du lien social.
À 77 ans, Manuela Jardim poursuit son exploration artistique avec la même curiosité que celle qui anime son œuvre depuis plusieurs décennies. Née en Guinée-Bissau et installée à Lisbonne, l’artiste est la lauréate 2026 du programme Création & Engagement, une résidence portée conjointement par la Fondation Calouste Gulbenkian et l’association Thanks for Nothing. Après trois mois de travail à Paris, elle dévoile le résultat de cette expérience à travers l’exposition Construir Ideias / Construire des idées, présentée à La Roche du 10 au 17 juin.
Plus qu’une simple restitution de résidence, l’exposition témoigne d’un processus de création fondé sur la rencontre et la participation. Tout au long du printemps, l’artiste a développé un projet associant des publics variés, parmi lesquels des élèves, des habitants et des bénéficiaires d’associations. Ensemble, ils ont participé à des ateliers de co-création destinés à produire une œuvre collective tout en favorisant l’accès à la pratique artistique.
Cette démarche s’inscrit pleinement dans l’esprit du programme Création & Engagement. Lancée en 2025, cette résidence accueille chaque année un artiste lusophone africain dont le travail se distingue par sa dimension sociale et citoyenne. L’objectif est double : soutenir la création contemporaine africaine et favoriser son dialogue avec des publics parfois éloignés des institutions culturelles.
Dans cette perspective, la résidence devient un laboratoire où l’œuvre ne se construit pas uniquement dans l’atelier, mais aussi à travers les échanges humains qui l’accompagnent.
Des matériaux porteurs de mémoire
Formée à la sculpture, Manuela Jardim développe depuis de nombreuses années une pratique qui échappe aux catégories strictes. Peinture, installation, textile, assemblage ou sculpture coexistent dans un travail marqué par une attention particulière portée aux matériaux.
Pour l’artiste, les objets, les tissus et les matières ne sont jamais neutres. Ils portent des histoires, des traces et des souvenirs. Leur transformation devient une manière de raconter des parcours individuels et collectifs.
Cette approche trouve un écho particulier dans le cadre de la résidence parisienne. Les ateliers organisés au cours du mois de mai ont permis aux participants de contribuer à une œuvre commune en partageant leurs expériences, leurs récits et leurs sensibilités. Le geste artistique devient alors un espace de dialogue où chacun apporte une part de son histoire.
Le titre de l’exposition, Construir Ideias / Construire des idées, reflète cette volonté de faire émerger une création collective à partir d’expériences multiples. Les œuvres présentées ne constituent pas seulement le résultat d’un travail individuel ; elles témoignent également d’un processus fondé sur l’échange et la participation.
Cette dimension collaborative s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place de l’art dans la société. L’exposition interroge la capacité de la création à produire du lien, à favoriser les rencontres et à rendre visibles des récits souvent absents des espaces culturels traditionnels.
Une autre manière d’habiter la ville
La résidence s’est déroulée à La Roche, ancien hôpital La Rochefoucauld aujourd’hui investi dans le cadre d’un projet d’occupation temporaire porté par Plateau Urbain. Ce site en transformation accueille différentes initiatives associatives, culturelles et citoyennes.
Dans ce contexte, la résidence dépasse le cadre de l’atelier traditionnel pour s’inscrire dans un espace partagé où se croisent habitants, associations, artistes et acteurs sociaux. L’œuvre se construit ainsi au contact direct de la ville et de ceux qui la vivent.
Cette dimension territoriale constitue l’un des aspects les plus intéressants du projet. En travaillant avec des publics variés, Manuela Jardim s’inscrit dans une tradition artistique qui considère la création non comme une activité isolée mais comme une pratique relationnelle.
Le programme Création & Engagement repose précisément sur cette idée. Soutenu par la Fondation Gulbenkian et Thanks for Nothing, il cherche à promouvoir une vision de l’art contemporain où l’excellence artistique et la responsabilité sociale ne s’opposent pas mais se complètent.
À travers cette résidence, c’est aussi la visibilité de la création lusophone africaine qui est mise en avant. Trop souvent sous-représentés dans les grands circuits internationaux, les artistes issus de cet espace culturel bénéficient ici d’un accompagnement associant soutien financier, rencontres professionnelles et exposition.
L’exposition de Manuela Jardim apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un projet qui dépasse largement le simple cadre d’une résidence. Elle témoigne de la manière dont l’art peut devenir un outil de transmission, d’inclusion et de rencontre entre des mondes qui se côtoient sans toujours se connaître.
Informations pratiques
Construir Ideias / Construire des idées – Manuela Jardim
Dates : du 10 au 17 juin 2026
Lieu : La Roche, ancien hôpital La Rochefoucauld, Paris
Vernissage : mercredi 10 juin 2026
Site : https://gulbenkian.pt/paris
https://thanksfornothing.fr
Rio Loco célèbre les îles du monde à Toulouse
Du 10 au 14 juin, Toulouse accueille une nouvelle édition de Rio Loco. Placé sous le thème des mondes insulaires, le festival réunit artistes venus du Cap-Vert, de La Réunion, des Caraïbes et d’ailleurs, dans une programmation où les cultures africaines occupent une place de choix.
Depuis plus de trente ans, Rio Loco s’est imposé comme l’un des grands rendez-vous européens consacrés aux musiques du monde. Chaque année, le festival toulousain choisit un territoire, une région ou un univers culturel qu’il explore à travers des concerts, des rencontres et des créations originales. Pour son édition 2026, il invite le public à prendre le large avec « Insulae », une programmation consacrée aux îles et aux cultures nées de la rencontre entre les continents.
Ce choix permet de traverser plusieurs espaces profondément liés à l’histoire africaine : le Cap-Vert, La Réunion, Madagascar, les Caraïbes ou encore les archipels de l’océan Indien. Autant de territoires où les héritages africains, européens, asiatiques et américains se sont entremêlés au fil des siècles pour donner naissance à des cultures originales.
Durant cinq jours, la Prairie des Filtres, au cœur de Toulouse, devient ainsi un vaste carrefour musical où se croisent reggae, maloya, morna, afro-folk, musiques créoles et sonorités contemporaines.
Cette édition illustre parfaitement l’évolution du festival. Plus qu’une simple succession de concerts, Rio Loco se présente aujourd’hui comme un espace de dialogue entre les cultures, où les artistes racontent les circulations humaines qui ont façonné leurs territoires.
Des voix venues des rivages de l’Atlantique et de l’océan Indien
Parmi les têtes d’affiche figure Imany, dont la voix grave et singulière a conquis un public international. Née de parents comoriens, l’artiste française incarne à elle seule les multiples circulations qui traversent cette édition. Sa musique mêle folk, soul, blues et influences africaines dans un univers personnel qui dépasse les frontières.
Autre figure attendue : Ky-Mani Marley, fils de Bob Marley. Héritier d’une dynastie musicale devenue mondiale, il perpétue l’esprit du reggae jamaïcain tout en développant sa propre identité artistique. Sa présence rappelle les liens profonds qui unissent les Caraïbes et l’Afrique à travers l’histoire de la diaspora noire.
Le festival accueille également Queen Omega, grande voix du reggae trinidadien, ainsi que Marcus Gad, artiste originaire de Nouvelle-Calédonie dont les compositions mêlent reggae, spiritualité et préoccupations contemporaines.
Mais l’un des moments les plus attendus sera sans doute l’hommage rendu à Cesária Évora. Disparue en 2011, la chanteuse cap-verdienne demeure l’une des figures majeures de la musique africaine. Surnommée la « diva aux pieds nus », elle a fait connaître la morna bien au-delà de l’archipel du Cap-Vert. Son orchestre historique viendra faire revivre cet héritage musical qui continue d’influencer plusieurs générations d’artistes.
Les îles comme laboratoires du métissage
L’intérêt de cette édition dépasse largement la programmation musicale. En choisissant les îles comme fil conducteur, Rio Loco met en lumière des territoires souvent perçus comme périphériques mais qui ont joué un rôle central dans les circulations culturelles mondiales.
Les îles ont longtemps été des lieux de commerce, de migrations, de colonisation et de résistances. Elles ont vu se rencontrer des populations venues d’Afrique, d’Europe, d’Asie ou des Amériques. Cette histoire a produit des langues, des cuisines, des musiques et des imaginaires d’une richesse exceptionnelle.
La Réunion occupe notamment une place importante dans la programmation. Son maloya, autrefois interdit par les autorités coloniales, est devenu l’un des symboles de l’identité réunionnaise. Le festival lui consacre plusieurs temps forts à travers des artistes et des créations originales.
Des projets collectifs comme « La Réunion des îles » ou « One Ocean » illustrent également cette volonté de faire dialoguer différentes traditions musicales nées dans les espaces insulaires. Ces créations réunissent des artistes venus d’horizons variés autour d’une réflexion commune sur les identités maritimes et les héritages partagés.
Au-delà des concerts, Rio Loco propose des rencontres, des ateliers, des expositions et des animations destinées à prolonger cette exploration des mondes insulaires. Une manière de rappeler que les musiques ne sont jamais séparées des histoires humaines qui les ont fait naître.
Informations pratiques
Rio Loco 2026 – Insulae
Dates : du 10 au 14 juin 2026
Lieu : Prairie des Filtres, Toulouse (France)
Marcus Gad
Site : https://rio-loco.org
Festival Massaka : l’héritage Sawa s’invite en région parisienne
Le 13 juin, le Festival Massaka transforme Le Port-Marly en vitrine des cultures camerounaises et africaines. Entre mode, musique, gastronomie et traditions, l’événement entend célébrer les héritages culturels tout en les transmettant aux nouvelles générations.
À quelques kilomètres de Paris, une journée entière sera consacrée à la célébration des cultures africaines. Le 13 juin, le site des Pyramides du Port-Marly accueillera la deuxième édition du Festival Massaka, un rendez-vous qui entend faire dialoguer patrimoine, création contemporaine et transmission culturelle. Au cœur de cette édition : la culture Sawa, héritière des peuples côtiers du Cameroun, mais aussi l’idée plus large d’un métissage africain ouvert aux influences et aux rencontres.
L’événement est porté par le Duc Hervé Dika Ntone II et bénéficie notamment du soutien de partenaires culturels mobilisés autour de la promotion des patrimoines africains. Son ambition dépasse largement celle d’une simple fête communautaire. Les organisateurs présentent le festival comme un espace de valorisation des traditions, mais aussi comme un lieu de transmission destiné aux jeunes générations nées ou ayant grandi loin du continent africain.
Le thème de cette édition, « Héritage et métissage », résume cette démarche. Comment préserver des traditions anciennes tout en les faisant vivre dans des sociétés contemporaines marquées par les migrations et les échanges culturels ? Le Festival Massaka tente d’apporter sa propre réponse en réunissant pendant une journée artistes, artisans, créateurs, entrepreneurs et représentants de différentes communautés africaines.
Au fil des années, les manifestations culturelles portées par les diasporas africaines se sont multipliées en Europe. Mais peu d’entre elles accordent une place aussi centrale aux patrimoines vestimentaires, aux savoir-faire traditionnels et aux pratiques culturelles transmises au sein des familles. C’est précisément ce qui distingue Massaka.
Le Kaba et le Sanja, symboles d’une mémoire vivante
L’un des temps forts du festival sera consacré au Kaba et au Sanja, vêtements emblématiques de la culture Sawa. Pour les organisateurs, ces tenues ne sont pas de simples costumes traditionnels. Elles incarnent une histoire, une esthétique et une manière d’affirmer une identité culturelle.
Des défilés mettront en lumière ces vêtements à travers des créations contemporaines inspirées des traditions camerounaises. Mais le festival ne s’arrête pas à la mode. Des ateliers permettront également aux visiteurs de découvrir la symbolique des tissus, des motifs et des usages associés à ces tenues.
Cette volonté de transmission occupe une place centrale dans le projet. Les anciens, gardiens des savoirs traditionnels, seront invités à partager leurs connaissances avec les plus jeunes. Les organisateurs souhaitent ainsi préserver des pratiques qui risqueraient autrement de se perdre avec le temps et l’éloignement géographique.
Loin d’une approche folklorique, le festival défend l’idée que les traditions peuvent continuer à évoluer et à inspirer les créateurs contemporains. Les vêtements deviennent alors des objets de mémoire, mais aussi des supports d’innovation culturelle.
Une célébration ouverte à toute l’Afrique
Si la culture Sawa constitue le fil conducteur de cette édition, le Festival Massaka revendique une ouverture beaucoup plus large. La programmation prévoit des rencontres entre différentes traditions africaines afin de mettre en valeur la diversité du continent.
La musique occupera naturellement une place importante. Les visiteurs pourront découvrir plusieurs rythmes issus du patrimoine camerounais, notamment l’Assiko, le Mangambeu ou encore l’Esèwè. Concerts et animations musicales rythmeront la journée jusqu’au bal de clôture.
La gastronomie sera également à l’honneur avec la présence de spécialités emblématiques comme le Ndolé, le Mbongo ou l’Ekok. Au-delà de la découverte culinaire, ces espaces permettront de mettre en lumière la richesse des traditions alimentaires africaines et leur rôle dans les pratiques sociales et familiales.
Le programme comprend également des démonstrations de lutte traditionnelle Besua, des conférences consacrées à l’économie du vêtement traditionnel et des espaces dédiés à l’entrepreneuriat culturel et artisanal. Cette dimension économique reflète une tendance croissante au sein des diasporas africaines : faire de la culture un levier de création, de valorisation et de développement.
En réunissant mode, artisanat, gastronomie, musique et réflexion sur les patrimoines, le Festival Massaka cherche finalement à construire un pont entre mémoire et avenir. Une manière de rappeler que les cultures africaines ne sont pas seulement des héritages à conserver, mais aussi des ressources vivantes capables de nourrir la création contemporaine.
Informations pratiques
Festival Massaka 2026
Date : 13 juin 2026
Lieu : Les Pyramides, 16 avenue de Saint-Germain, Le Port-Marly (Yvelines)
Au programme :
Défilés Kaba et Sanja
Concerts et danses traditionnelles
Gastronomie camerounaise et africaine
Démonstrations de lutte Besua
Ateliers de transmission culturelle
Conférences et débats
Espace artisanat et entrepreneuriat culturel
Bal de clôture
Thème : « Héritage et métissage »
Informations : https://www.facebook.com/FestiMassaka
Avec « Dao », Alain Gomis filme les liens invisibles entre l’Afrique et la diaspora
Présenté en compétition à la Berlinale avant sa sortie en salles, Dao confirme la place singulière d’Alain Gomis dans le cinéma contemporain. Entre la France et la Guinée-Bissau, le réalisateur signe une œuvre ample sur la mémoire, la transmission et l’appartenance.
Comment raconter une famille dispersée entre plusieurs continents ? Comment parler de l’exil sans en faire le sujet central ? Comment filmer les liens qui continuent d’unir ceux qui sont partis à ceux qui sont restés ? Avec Dao, Alain Gomis propose une réponse singulière à ces questions.
Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2026 avant sa sortie en salles en France, le nouveau film du réalisateur franco-sénégalais s’inscrit dans la continuité d’une œuvre attentive aux trajectoires individuelles, aux identités multiples et aux circulations entre l’Afrique et l’Europe. Après Félicité, qui lui avait valu l’Ours d’argent à Berlin en 2017, Gomis revient avec un film ambitieux de plus de trois heures qui refuse les catégories habituelles.
Au centre du récit se trouve Gloria, interprétée par Katy Correa. Lorsqu’elle apparaît à l’écran, elle prépare le mariage de sa fille en région parisienne. Quelques mois plus tôt, elle se trouvait en Guinée-Bissau pour une cérémonie destinée à faire entrer son père défunt dans le monde des ancêtres. Entre ces deux moments, entre le mariage et le deuil, entre la France et l’Afrique, le film construit un vaste mouvement de va-et-vient qui brouille volontairement les frontières entre passé et présent, réalité et fiction.
Le titre lui-même donne une clé de lecture. Le « Dao » y est présenté comme un mouvement perpétuel et circulaire qui relie les êtres, les générations et les mondes. Cette idée irrigue tout le film, où chaque événement semble faire écho à un autre, comme si les destins individuels s’inscrivaient dans une histoire plus vaste.
Une histoire familiale qui devient une histoire collective
Si Dao suit avant tout le parcours intime de Gloria, le film dépasse rapidement le cadre familial. Alain Gomis utilise cette histoire pour explorer l’expérience de nombreuses familles africaines installées en Europe, partagées entre plusieurs territoires, plusieurs langues et plusieurs mémoires.
Les cérémonies qui structurent le récit ne sont pas seulement des événements privés. Elles deviennent des moments où se révèlent les liens entre les générations, les héritages transmis et les transformations de l’identité. Le mariage de la fille de Gloria en France dialogue ainsi avec les rituels observés en Guinée-Bissau, créant un pont entre deux univers qui ne s’opposent jamais vraiment.
Le film accorde également une place importante à la mémoire historique. Des témoignages et des récits évoquent le passé colonial de la Guinée-Bissau et ses conséquences sur les trajectoires individuelles. Mais Gomis évite le discours démonstratif. L’histoire s’insère dans le quotidien des personnages, dans leurs souvenirs et dans leurs conversations.
Cette approche contribue à donner au film une dimension profondément humaine. Les enjeux historiques sont présents, mais ils passent toujours par les émotions, les relations familiales et les expériences vécues.
Un cinéma qui refuse les frontières
Ce qui distingue sans doute le plus Dao, c’est sa liberté de forme. Alain Gomis brouille volontairement les repères entre documentaire et fiction, entre scènes mises en scène et moments qui semblent saisis sur le vif. Le spectateur est constamment invité à s’interroger sur ce qu’il regarde.
Cette démarche accompagne le sujet même du film. Les personnages vivent entre plusieurs mondes ; le cinéma de Gomis refuse lui aussi les frontières trop rigides. La circulation devient alors le véritable moteur du récit : circulation entre les pays, entre les générations, entre les vivants et les morts, entre les souvenirs et le présent.
La critique a largement salué cette ambition. Plusieurs observateurs ont souligné la capacité du film à mêler récit intime et réflexion plus large sur les diasporas africaines, tout en conservant une grande sensibilité. Dao apparaît ainsi comme l’une des œuvres africaines francophones les plus marquantes de l’année 2026.
Au-delà de son intrigue, le film rappelle une évidence souvent oubliée : l’exil n’efface pas les appartenances. Les liens familiaux, les rituels et les mémoires continuent de circuler d’un continent à l’autre. C’est cette continuité invisible qu’Alain Gomis tente de saisir dans un film à la fois intime, politique et profondément universel.
Informations pratiques
Dao
Réalisation : Alain Gomis
Pays : France, Sénégal, Guinée-Bissau
Sortie en salles : 29 avril 2026
Durée : 3h05
Avec : Katy Correa – D’Johé Kouadio – Samir Guesmi – Mike Etienne
À retenir : Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2026
Entre Guinée-Bissau et France
Une réflexion sur la mémoire, la transmission et les diasporas africaines
Entre fiction, documentaire et récit familial
