Notre sélection de la semaine est parisienne, avec une échappée en proche périphérie, à Paris La Défense Arena. Elle fait dialoguer concerts géants, festivals, mémoire patrimoniale et expositions, de Damso aux musiques arabo-andalouses, des griots mandingues à la rumba congolaise. Entre l’IMA, le quai Branly, la Cité de l’architecture, l’Institut des Cultures d’Islam et le Bataclan, Paris devient un carrefour de transmission, de scène et de mémoire vivante. Un parcours dense, ouvert sur le monde et ses héritages actuels.
Après quatre années d’absence dans la capitale, Damso retrouvera son public parisien du 28 au 31 mai à Paris La Défense Arena. Quatre concerts géants qui confirment l’ampleur prise par le rappeur belgo-congolais dans le paysage musical francophone contemporain.
Quatre soirs d’affilée à Paris La Défense Arena. Peu d’artistes francophones peuvent aujourd’hui remplir la plus grande salle d’Europe sur une telle durée. En annonçant ses concerts des 28, 29, 30 et 31 mai 2026, Damso confirme une nouvelle fois sa place particulière dans le rap francophone, entre succès populaire massif et reconnaissance artistique durable.
Ce retour sur scène à Paris était particulièrement attendu. Depuis plusieurs années, Damso s’était fait plus discret dans la capitale malgré l’impact considérable de ses albums successifs. Un an après la sortie de BĒYĀH, le rappeur bruxellois revient avec une série de concerts qui dépasse largement le simple événement musical. À l’échelle du rap francophone, ces quatre dates constituent aussi une démonstration de puissance rare.
Chaque soir, près de 40 000 spectateurs sont attendus à Nanterre. Une capacité qui témoigne du statut acquis par l’artiste au fil des années. Car Damso occupe désormais une place singulière dans le paysage musical francophone: celle d’un artiste capable de conjuguer écriture introspective, ambition esthétique et succès commercial de masse.
Depuis ses débuts, son univers s’est construit autour d’un mélange de noirceur, d’introspection et de précision littéraire. Des morceaux comme BruxellesVie, Macarena ou Smog ont progressivement imposé une écriture plus dense et plus personnelle que celle d’une partie du rap mainstream francophone.
Une trajectoire hors norme dans le rap francophone
Né en République démocratique du Congo avant de grandir en Belgique, Damso appartient à cette génération d’artistes afro-européens qui ont profondément transformé le rap francophone depuis une dizaine d’années. Son ascension s’est faite progressivement, jusqu’à devenir l’un des artistes les plus écoutés de l’espace francophone.
Avec Batterie Faible, puis surtout Ipséité, Damso s’impose rapidement comme une figure centrale du rap français et belge. L’album devient un phénomène critique et commercial, porté par une écriture brute, souvent provocatrice, mais aussi traversée par des réflexions sur l’identité, la sexualité, la célébrité ou les contradictions personnelles.
Par la suite, Lithopédion, QALF puis QALF Infinity consolident cette trajectoire. Tous ses grands projets obtiennent des certifications majeures, plusieurs devenant disques de diamant. Mais contrairement à d’autres artistes construits uniquement sur la viralité ou les tubes immédiats, Damso conserve une image d’auteur exigeant, attaché à la cohérence de ses albums et à la construction de son univers.
Ses collaborations avec Kalash, Hamza, Angèle ou Vald ont également participé à élargir son influence bien au-delà du rap pur. À travers ces projets, Damso a contribué à brouiller les frontières entre rap, pop, mélodies urbaines et expérimentations sonores.
Un concert à la mesure de son statut
Les concerts de Paris La Défense Arena devraient justement refléter cette ambition artistique. L’événement est présenté comme l’un des grands rendez-vous musicaux francophones du printemps 2026.
Au-delà des performances scéniques, ces quatre dates symbolisent aussi l’évolution du rap dans les grands circuits culturels européens. Longtemps considéré comme marginal ou générationnel, le rap est désormais capable de remplir les plus grandes salles du continent avec des artistes issus de trajectoires africaines, diasporiques et populaires.
Dans le cas de Damso, cette dimension reste particulièrement visible. Son parcours personnel, son rapport à Bruxelles, ses origines congolaises et son écriture souvent traversée par les thèmes du déracinement ou des fractures identitaires participent fortement à son univers artistique.
Son retour à Paris intervient également dans un contexte où les grandes tournées francophones deviennent de plus en plus spectaculaires. Mise en scène, scénographie, effets visuels et narration scénique occupent désormais une place centrale dans ce type de concerts géants.
Reste que l’essentiel pour le public de Damso demeure souvent ailleurs: dans cette capacité à alterner brutalité, vulnérabilité et introspection sans perdre son efficacité musicale. C’est probablement cette tension permanente qui explique la fidélité durable de son audience.
Informations pratiques
Damso – BĒYĀH Tour
Dates : jeudi 28 mai, vendredi 29 mai, samedi 30 mai et dimanche 31 mai 2026
Lieu : Paris La Défense Arena
Adresse : 99 Jardins de l’Arche, 92000 Nanterre
Quatre concerts exceptionnels organisés un an après la sortie de l’album BĒYĀH.
Capacité estimée : environ 40 000 spectateurs par soir.
« Andaloussiyat »: les musiques arabo-andalouses marocaines à l’honneur à Paris
Du 29 mai au 3 juin, l’Institut du Monde Arabe accueille Andaloussiyat, un festival consacré aux musiques arabo-andalouses marocaines. Concerts, conférences et ateliers feront découvrir au public parisien un répertoire maghrébin complexe, transmis depuis des siècles entre poésie, spiritualité et mémoire musicale.
À Paris, les festivals consacrés aux cultures africaines mettent souvent en avant les musiques urbaines, les scènes électro ou les grandes figures populaires du continent. Plus rarement les traditions savantes du Maghreb. C’est précisément ce que propose Andaloussiyat, organisé du 29 mai au 3 juin à l’Institut du Monde Arabe, autour des musiques arabo-andalouses marocaines.
Le festival s’intéresse à un répertoire musical ancien dont les racines remontent à Al-Andalus, mais qui s’est surtout développé et structuré au Maghreb après la chute de Grenade et les expulsions musulmanes et juives d’Espagne à la fin du XVe siècle. Le Maroc est devenu l’un des principaux espaces de conservation de cette tradition, notamment à travers la musique dite Al Ala, encore enseignée et interprétée aujourd’hui.
Cette musique repose sur un système particulièrement élaboré. Les grandes suites musicales, appelées noubas, associent chant, poésie classique, improvisation et progression rythmique très codifiée. Les instruments eux-mêmes participent à cette identité sonore: oud, violon, rebab, qanûn ou percussions construisent des compositions où chaque séquence suit une architecture précise.
L’enjeu du festival n’est donc pas uniquement musical. Il est aussi patrimonial, historique et culturel. Car derrière ces répertoires se trouve toute une mémoire méditerranéenne faite de circulations entre l’Espagne musulmane, le Maghreb et les diasporas nord-africaines contemporaines.
Des artistes venus du Maroc et des diasporas
La programmation réunit plusieurs figures du répertoire marocain. Le chanteur Ali Rebbahi ouvrira le festival le 29 mai avec un concert consacré à la tradition arabo-andalouse marocaine. Le lendemain, les Ambassadeurs de la musique andalouse marocaine en France proposeront une plongée dans le répertoire classique du Al Ala.
Le 31 mai, la formation Rhoum El Bakkali Hadra Chefchaounia mettra à l’honneur les traditions spirituelles et féminines liées à la ville de Chefchaouen. Ce volet du festival éclaire une autre dimension de ces musiques, longtemps liées aux confréries religieuses, aux cérémonies collectives et aux pratiques mystiques.
Plusieurs ateliers dirigés par le musicien Qaïs Saadi permettront également au public de découvrir les structures rythmiques et mélodiques propres à cette tradition. L’objectif est moins pédagogique au sens académique que sensoriel: comprendre comment se construit cette musique de l’intérieur.
Le 2 juin, l’Orchestre de Rabat dirigé par Mohamed Amine Debbi se produira avec la chanteuse Bahaa Ronda, avant un concert de clôture assuré le 3 juin par l’Orchestre Rawafid dirigé par Omar Metioui, musicien reconnu pour son travail autour des répertoires arabo-andalous et méditerranéens.
Une autre cartographie culturelle de l’Afrique
Andaloussiyat rappelle aussi une réalité souvent oubliée dans les représentations culturelles de l’Afrique: le continent ne se réduit ni aux musiques afrobeat, ni aux scènes urbaines contemporaines, ni aux seules esthétiques subsahariennes. L’Afrique du Nord possède elle aussi des traditions musicales savantes anciennes, profondément structurées et historiquement influentes.
Le festival montre également à quel point Paris est devenu un espace important pour ces patrimoines. Entre diasporas maghrébines, institutions culturelles et public curieux de nouvelles propositions artistiques, la capitale française accueille désormais des événements qui auraient eu du mal à trouver une telle visibilité il y a encore quelques années.
Dans le cas d’Andaloussiyat, il ne s’agit pas de transformer la musique arabo-andalouse en objet muséal figé, mais de lui redonner une place dans l’espace culturel contemporain. Le festival met ainsi en avant des artistes qui continuent à interpréter, transmettre et faire vivre ces répertoires bien au-delà des cercles spécialisés.
À travers concerts, conférences et ateliers, l’événement dessine finalement une autre lecture des cultures africaines: plus méditerranéenne, plus historique aussi, loin des clichés folkloriques ou des visions simplifiées du continent.
Informations pratiques
Andaloussiyat – Rencontres autour des musiques arabo-andalouses du Maroc
Dates : du 29 mai au 3 juin 2026
Lieu : Institut du Monde Arabe, Paris
Au programme :
29 mai : Ali Rebbahi
30 mai : Ambassadeurs de la musique andalouse marocaine en France
31 mai : Rhoum El Bakkali Hadra Chefchaounia
2 juin : Orchestre de Rabat dirigé par Mohamed Amine Debbi avec Bahaa Ronda
3 juin : Orchestre Rawafid dirigé par Omar Metioui
Concerts, conférences et ateliers autour des traditions musicales arabo-andalouses marocaines.
À Paris, la Journée Djéli célèbre les griots d’Afrique de l’Ouest
Le 30 mai, l’Institut des Cultures d’Islam accueille la Journée Djéli pour célébrer les dix ans du Sora Yaa Band. Concerts, contes et performances mettront à l’honneur l’héritage des griots ouest-africains, figures centrales de la mémoire orale et musicale mandingue.
À Paris, les grandes scènes africaines sont souvent associées à l’afrobeat, au rap ou aux musiques urbaines contemporaines. Plus discrètes médiatiquement, les traditions des griots ouest-africains continuent pourtant de jouer un rôle majeur dans la transmission culturelle des diasporas. C’est autour de cet héritage que se tiendra, le 30 mai à l’Institut des Cultures d’Islam, la Journée Djéli, organisée pour les dix ans du Sora Yaa Band.
Porté par le musicien sénégalais Ameth Sissokho, l’événement transformera le site de l’ICI Léon, dans le quartier parisien de la Goutte d’Or, en espace consacré aux cultures mandingues. Concerts, contes, prises de parole et performances musicales se succéderont tout au long de la journée dans une atmosphère ouverte et intergénérationnelle.
Le terme « djéli », plus connu en français sous le mot « griot », désigne une figure essentielle dans plusieurs sociétés d’Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal, au Mali ou en Guinée. Les djélis ne sont pas uniquement des musiciens. Ils sont aussi des conteurs, des médiateurs sociaux, des chroniqueurs et des gardiens de la mémoire familiale et collective.
Pendant des siècles, leur fonction a consisté à transmettre les généalogies, les récits historiques, les alliances et les conflits. Leur parole pouvait accompagner les cérémonies, les mariages ou les négociations importantes. Cette place particulière explique pourquoi la musique griotique reste profondément liée au récit et à l’oralité.
Dix ans du Sora Yaa Band
Au centre de cette journée figure le Sora Yaa Band, créé par Ameth Sissokho il y a dix ans. Le groupe développe un univers nourri des traditions mandingues, porté par la kora, les percussions et les grands répertoires ouest-africains.
L’événement dépasse cependant le simple concert anniversaire. Il vise aussi à rappeler que les cultures griotiques constituent un système de transmission complexe, longtemps marginalisé ou réduit à une image folklorique. La programmation prévoit ainsi des ateliers, des échanges et plusieurs interventions artistiques autour de la mémoire orale africaine.
La Goutte d’Or offre un cadre particulièrement cohérent pour cette manifestation. Depuis des décennies, le quartier concentre des circulations culturelles venues d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. Commerces, cafés, lieux culturels et associations ont progressivement façonné un paysage où les cultures africaines occupent une place visible dans l’espace parisien.
L’Institut des Cultures d’Islam participe lui aussi à cette dynamique en accueillant régulièrement des événements liés aux diasporas africaines, méditerranéennes et moyen-orientales. La Journée Djéli s’inscrit dans cette continuité, entre création musicale et valorisation de patrimoines souvent peu représentés dans les grands circuits culturels.
Une mémoire transmise par la parole et la musique
Les traditions griotiques reposent largement sur la mémoire vivante. Contrairement à d’autres patrimoines principalement conservés dans les archives ou les institutions, elles continuent d’être transmises par la performance, la répétition et le récit.
Cette dimension donne aux griots une fonction particulière. Ils ne sont pas seulement des artistes au sens classique du terme. Leur parole peut encore avoir une portée sociale ou symbolique dans certaines communautés ouest-africaines.
Dans les diasporas africaines installées en Europe, cette transmission prend une importance supplémentaire. Préserver certaines pratiques musicales devient aussi une manière de maintenir un lien avec des histoires familiales, des langues et des héritages culturels parfois fragilisés par l’exil ou les ruptures générationnelles.
La Journée Djéli met précisément en avant cette continuité. L’événement propose un espace où musique, récit et mémoire collective circulent ensemble, sans séparation stricte entre spectacle et transmission culturelle.
À travers les dix ans du Sora Yaa Band, c’est finalement toute une histoire des cultures ouest-africaines qui réapparaît au cœur de Paris: une histoire portée par la parole, la musique et les héritages mandingues.
Informations pratiques
Journée Djéli – Les 10 ans du Sora Yaa Band
Date : 30 mai 2026
Lieu : Institut des Cultures d’Islam – ICI Léon, Paris
Horaires : de 16h à 22h
Au programme : concerts, contes, ateliers et performances autour des traditions griotiques ouest-africaines.
Artiste principal : Ameth Sissokho et le Sora Yaa Band.
Entrée gratuite.
De Tombouctou à Odessa, la mémoire sous les bombes
La Cité de l’architecture et du patrimoine consacre une exposition aux destructions patrimoniales dans les zones de guerre. De Tombouctou à Odessa, le parcours montre comment monuments, mausolées, bibliothèques ou sites historiques deviennent désormais des cibles stratégiques des conflits contemporains.
Les guerres ne détruisent plus seulement des infrastructures militaires ou des quartiers résidentiels. Elles s’attaquent aussi de plus en plus aux monuments, aux archives, aux lieux de culte et aux sites historiques. C’est cette transformation des conflits contemporains que documente l’exposition Patrimoines en résistance : de Tombouctou à Odessa, présentée à partir du 20 mai à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris.
Le parcours traverse plusieurs territoires marqués par les guerres et les destructions patrimoniales : Tombouctou au Mali, Odessa en Ukraine, Palmyre en Syrie, Mossoul en Irak, Bamiyan en Afghanistan ou encore Gaza. L’exposition ne se contente pas d’accumuler des images de ruines. Elle cherche surtout à comprendre pourquoi le patrimoine est devenu un enjeu stratégique dans les conflits modernes.
Car détruire un monument ne relève pas uniquement de la démolition matérielle. Cela revient aussi à attaquer une mémoire collective, une identité culturelle et parfois même la continuité historique d’une population. Les mausolées de Tombouctou détruits par les jihadistes d’Ansar Dine en 2012 constituent l’un des exemples les plus emblématiques de cette logique.
La cité malienne, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, avait alors vu plusieurs mausolées soufis et manuscrits historiques visés par les groupes armés. L’affaire avait marqué un tournant international: pour la première fois, la Cour pénale internationale qualifiait officiellement la destruction du patrimoine de crime de guerre.
Le patrimoine comme cible politique
L’exposition montre que ces destructions répondent rarement au hasard. Dans de nombreux conflits récents, les sites patrimoniaux sont devenus des objectifs politiques, idéologiques ou symboliques.
À Tombouctou, les groupes jihadistes cherchaient à effacer des pratiques religieuses et culturelles jugées contraires à leur vision de l’islam. À Palmyre, l’organisation État islamique utilisait les destructions antiques comme outil de propagande mondiale. En Ukraine, plusieurs monuments historiques et bâtiments culturels ont été touchés depuis le début de la guerre avec la Russie.
Le parcours insiste aussi sur une réalité souvent moins visible: derrière les pierres détruites se trouvent des communautés humaines. Bibliothèques brûlées, archives perdues, lieux spirituels endommagés ou centres historiques rasés entraînent souvent une forme de désorientation collective durable.
Pour raconter cette évolution, l’exposition adopte une approche très visuelle. Photographies, vidéos, cartes, maquettes et reconstitutions numériques se répondent tout au long du parcours. Une partie importante du travail repose notamment sur les relevés réalisés par la société française Iconem, spécialisée dans la modélisation numérique de sites menacés ou détruits.
Ces reconstructions en trois dimensions permettent parfois de revoir des monuments aujourd’hui disparus ou gravement endommagés. Elles montrent aussi à quel point les nouvelles technologies occupent désormais une place centrale dans les politiques de sauvegarde patrimoniale.
Entre destruction et reconstruction
L’exposition est organisée autour de trois grands axes: « Effacer », « Résister » et « Réparer ». Cette structure permet de dépasser la seule logique de catastrophe pour s’intéresser également aux stratégies de préservation et de reconstruction mises en place après les conflits.
À Tombouctou par exemple, plusieurs mausolées détruits en 2012 ont été reconstruits avec l’aide de l’UNESCO et d’artisans locaux. Cette reconstruction ne concernait pas uniquement l’architecture elle-même, mais aussi le retour d’une mémoire et d’une pratique culturelle au sein de la ville.
Le parcours pose également une question plus large sur l’évolution des guerres contemporaines. Les conflits actuels semblent de plus en plus viser les symboles, les récits historiques et les identités culturelles autant que les objectifs militaires traditionnels.
Dans ce contexte, protéger un site historique ne relève plus seulement de l’archéologie ou de la conservation muséale. Cela devient aussi un acte politique et parfois même une forme de résistance.
En reliant Tombouctou, Odessa, Palmyre ou Mossoul, l’exposition dessine finalement une cartographie mondiale des fractures contemporaines. Elle rappelle surtout qu’à travers les monuments détruits, ce sont souvent des mémoires collectives entières qui se retrouvent menacées.
Informations pratiques
Patrimoines en résistance : de Tombouctou à Odessa
Lieu : Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris
Dates : du 20 mai 2026 au 3 janvier 2027
Horaires : de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h, fermé le mardi.
Tarifs : 13 euros, tarif réduit 10 euros.
L’exposition réunit photographies, vidéos, maquettes, reconstitutions numériques et documents consacrés aux destructions patrimoniales dans plusieurs zones de guerre
Libye, le patrimoine retrouvé derrière les ruines de l’histoire
À l’Institut du monde arabe, l’exposition Libye, patrimoine révélé redonne à voir un pays trop souvent réduit aux images de guerre et d’instabilité. Photographies, vidéos et archives de terrain racontent un territoire d’une richesse archéologique exceptionnelle, de la préhistoire aux cités antiques, jusqu’aux enjeux actuels de préservation.
À Paris, l’Institut du monde arabe consacre une exposition à un pays que l’actualité a longtemps enfermé dans le vocabulaire de la crise. Avec Libye, patrimoine révélé, le regard se déplace. La Libye n’y apparaît plus seulement comme un territoire fracturé par les conflits, mais comme un immense palimpseste historique, traversé par des civilisations, des ports, des déserts, des sanctuaires, des villes antiques et des routes oubliées.
Présentée au musée de l’IMA du 13 mai au 20 octobre 2026, l’exposition met en lumière le travail mené depuis près de cinquante ans par la Mission archéologique française en Libye, en étroite collaboration avec les autorités libyennes. À travers une sélection de photographies et de vidéos, elle documente la diversité des sites étudiés, des périodes explorées et des défis liés à la conservation d’un patrimoine exceptionnel.
Il ne s’agit donc pas d’une exposition spectaculaire au sens classique du terme, mais d’un parcours de révélation. Les images ne cherchent pas seulement à montrer de beaux vestiges. Elles racontent le temps long de la recherche, la patience des fouilles, la fragilité des traces et l’urgence de protéger des sites parfois menacés par l’instabilité, les destructions, les pillages ou le trafic illicite de biens archéologiques.
Un territoire de civilisations
La force de l’exposition tient d’abord à l’ampleur du territoire couvert. De la préhistoire à l’époque médiévale, la Libye y apparaît comme un espace de circulations, de rencontres et de continuités. Le Sahara, les côtes méditerranéennes, la Cyrénaïque, la Tripolitaine ou la région syrtique composent un ensemble bien plus complexe que les représentations contemporaines du pays ne le laissent souvent imaginer.
Parmi les sites présentés figure Măsak, en plein Sahara, où fut menée entre 2001 et 2005 la première campagne d’archéologie préventive jamais réalisée en Libye. Ce seul exemple rappelle que le désert n’est pas un vide, mais un territoire d’empreintes, de passages, d’occupations anciennes et de savoirs encore à explorer.
L’exposition évoque aussi Bu Njem et la région syrtique, liés à l’étude des lignes de fortifications romaines et du fort antique. Ces traces militaires disent une autre histoire de la Méditerranée antique, celle des frontières, des échanges, du contrôle des espaces et des présences impériales aux marges du monde romain.
À Leptis Magna, l’histoire prend une dimension monumentale. Fondée par les Phéniciens au VIIe siècle av. J.-C., la cité connaît son apogée sous l’Empire romain, notamment grâce à son commerce florissant et à la faveur de Septime Sévère, empereur originaire de la ville. Aujourd’hui encore, Leptis Magna reste l’un des grands noms du patrimoine libyen, symbole de cette profondeur méditerranéenne trop souvent occultée.
Apollonia, fondée également au VIIe siècle av. J.-C., ouvre un autre horizon. Ancien port dont l’existence est attestée pendant plus d’un millénaire, de l’époque archaïque à l’Antiquité tardive, le site rappelle l’importance des circulations maritimes dans l’histoire de la Libye. Ses fouilles sous-marines, comme celles de Leptis Magna et de Sabratha, donnent à voir un patrimoine en partie englouti, fragile, spectaculaire, mais difficile d’accès.
L’exposition accorde également une place à Abou Tamsa, abri sous roche de Cyrénaïque occupé entre les VIIe et Ve millénaires av. J.-C. par de petits groupes de pasteurs, chasseurs et cueilleurs. Plus à l’est, Latrun offre un regard sur l’évolution des villages antiques de Cyrénaïque, de l’époque hellénistique jusqu’à l’abandon consécutif à la conquête arabe. Quant à la Marmarique occidentale, région encore méconnue, elle révèle une densité patrimoniale remarquable, avec 56 sites identifiés, de la préhistoire à nos jours.
Préserver un patrimoine menacé
Mais Libye, patrimoine révélé n’est pas seulement une traversée archéologique. C’est aussi une exposition sur la vulnérabilité du patrimoine. Depuis 2011, la Libye est associée à l’effondrement institutionnel, aux affrontements armés, aux divisions politiques et à l’insécurité. Dans ce contexte, les sites archéologiques deviennent des témoins silencieux, mais exposés : aux dégradations, au manque d’entretien, aux fouilles clandestines et à un trafic international alimenté par la demande d’objets anciens.
L’UNESCO a d’ailleurs inscrit en 2016 les grands sites libyens du patrimoine mondial sur la Liste du patrimoine mondial en péril, parmi lesquels Cyrène, Leptis Magna, Sabratha, les sites rupestres du Tadrart Acacus et l’ancienne ville de Ghadamès. Cette décision a souligné la gravité des menaces pesant sur ces lieux, dans un pays où l’instabilité politique complique durablement les politiques de conservation.
C’est là que l’exposition prend tout son sens. Elle rappelle que l’archéologie n’est pas seulement une science du passé. Elle devient aussi une forme de sauvegarde, de coopération et de résistance à l’effacement. Documenter un site, photographier un vestige, cartographier une zone, étudier un port antique ou former des spécialistes locaux, c’est déjà protéger une mémoire.
Le parcours insiste ainsi sur la collaboration entre chercheurs français et autorités libyennes. Depuis 1976, la Mission archéologique française en Libye accompagne l’étude de nombreux sites, d’abord centrée sur la période gréco-romaine, puis progressivement élargie à l’Antiquité tardive, à la préhistoire, aux sites islamiques et aux questions de préservation. Cette continuité scientifique est précieuse dans un pays où les ruptures politiques ont souvent interrompu le travail de terrain.
Le site de Surt, premier site islamique fouillé en Libye dès 1963, permet aussi d’élargir le regard au-delà de l’Antiquité classique. Car le patrimoine libyen ne se limite pas aux colonnes, aux théâtres et aux thermes romains. Il comprend aussi des architectures, des traces urbaines et des héritages liés aux périodes médiévales et islamiques, indispensables pour comprendre l’épaisseur historique du pays.
À travers cette exposition, l’IMA propose donc une autre manière de regarder la Libye. Non comme une page abîmée de l’actualité internationale, mais comme un territoire-monde, où se croisent Méditerranée, Afrique, Sahara et Orient. Un pays dont les ruines ne racontent pas seulement ce qui a disparu, mais ce qui peut encore être transmis, restauré et compris.
Informations pratiques
Exposition : Libye, patrimoine révélé
Lieu : Institut du monde arabe, musée de l’IMA, niveau 7
Adresse : 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, 75005 Paris
Dates : du 13 mai au 20 octobre 2026
Tarif : entrée au musée 10 euros
Moins de 26 ans : gratuit
Site : www.imarabe.org
« Plumes du paradis »: l’oiseau qui a traversé les mondes
Au musée du quai Branly – Jacques Chirac, une exposition retrace l’épopée des oiseaux de paradis, de la Nouvelle-Guinée aux capitales européennes. Entre beauté animale, pouvoir, commerce, mode et protection du vivant, leur histoire révèle une fascination aussi ancienne qu’ambivalente.
Il y a des oiseaux que l’on observe. Et d’autres qui obligent à repenser notre manière de voir le vivant. Les paradisiers appartiennent à cette seconde catégorie. Avec leurs plumages irréels, leurs danses acrobatiques, leurs couleurs presque impossibles et leurs parades minutieusement réglées, les oiseaux de paradis semblent défier la frontière entre nature, art et théâtre. C’est à cette famille extraordinaire, les Paradisaeidae, que le musée du quai Branly – Jacques Chirac consacre l’exposition Plumes du paradis. Voyages d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée, présentée du 12 mai au 8 novembre 2026.
L’exposition part d’un territoire précis: la Nouvelle-Guinée, où vivent la plupart des 45 espèces connues d’oiseaux de paradis. Dans ses forêts, ces oiseaux ont développé, au fil de l’évolution, des formes de séduction d’une sophistication rare. Les mâles, souvent plus flamboyants que les femelles, déploient des plumes vaporeuses, des reflets irisés, des noirs profonds qui absorbent presque toute la lumière, mais aussi des mouvements complexes appris durant plusieurs années. Ici, l’oiseau n’est pas seulement beau: il performe, compose, transforme son corps en apparition.
Un oiseau, plusieurs mondes
En Nouvelle-Guinée, le paradisier ne relève pas uniquement de l’ornithologie. Il appartient aussi aux récits, aux rites, aux alliances sociales. Ses plumes entrent dans la composition de coiffes, d’épingles de danse et de parures corporelles portées lors de cérémonies, de mariages, de funérailles ou de festivals. Elles indiquent un statut, une appartenance clanique, une relation aux ancêtres ou aux forces invisibles. Dans certaines régions, les peaux de paradisiers circulent comme biens précieux et peuvent servir lors de compensations matrimoniales.
L’exposition montre ainsi que ces oiseaux ne sont pas des objets décoratifs détachés de leur monde. Ils sont pris dans un réseau de relations entre humains, animaux, territoires et esprits. Une phrase citée dans le parcours résume cette profondeur: «Pour vous, ce sont des oiseaux, pour moi, ce sont des voix ancestrales dans la forêt.» Elle dit l’écart entre un regard extérieur fasciné par la beauté et une perception locale où l’oiseau devient présence, mémoire et médiation.
Mais le paradisier n’est pas resté confiné à son milieu d’origine. Depuis plus de deux mille ans, ses plumes et ses peaux circulent par les routes marchandes reliant la Nouvelle-Guinée, les Moluques, l’Asie du Sud-Est, l’Inde, la Perse, l’Empire moghol, l’Empire ottoman et l’Europe. Elles deviennent biens de prestige, cadeaux diplomatiques, signes de souveraineté. Au Népal, elles ornent les somptueuses coiffes de dignitaires. Dans les imaginaires persans et moghols, elles se confondent parfois avec des oiseaux fabuleux, comme le simurgh, associés au pouvoir céleste.
L’arrivée des premiers spécimens en Europe, au début du XVIe siècle, après le voyage de Magellan, ouvre un autre chapitre: celui du malentendu. Les peaux, préparées localement sans pattes ni ailes visibles, nourrissent le mythe d’oiseaux venus du paradis, suspendus dans les airs, ne se posant jamais. La science européenne les classe, les dessine, les collectionne, mais elle mettra du temps à les comprendre. Entre cabinets de curiosités, peintures flamandes, récits de naturalistes et collections de muséums, l’oiseau passe progressivement du merveilleux au savoir.
De la parure au scandale
Au XIXe siècle, la fascination change d’échelle. Le paradisier entre dans l’industrie de la mode. À Paris, Londres ou New York, les plumes exotiques deviennent des accessoires de distinction, en particulier dans la chapellerie féminine. Vers 1910, Paris compte des centaines de plumassiers et un marché considérable. Entre 1905 et 1920, des dizaines de milliers de peaux d’oiseaux de paradis sont expédiées chaque année vers les marchés européens.
La beauté devient alors prédation. Ce qui émerveille inquiète. L’exposition raconte aussi ce basculement: l’élégance des chapeaux, des coiffes, des bijoux et des costumes de scène cache une exploitation massive du vivant. Face à cette démesure, des mouvements de protection des oiseaux se structurent à Boston, Londres, Berlin ou Paris. Plusieurs législations suivent, jusqu’aux grands cadres internationaux de protection de la faune au XXe siècle.
Le parcours se referme en Nouvelle-Guinée, mais dans un contexte contemporain. Depuis l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en 1975, le paradisier de Raggi figure sur le drapeau national. Il est devenu emblème politique, motif artistique, symbole touristique et repère identitaire. Les artistes papous le réinterprètent aujourd’hui dans la peinture, les arts visuels et la mode, tandis que la protection des forêts tropicales devient un enjeu central.
C’est toute la force de cette exposition: elle ne réduit jamais l’oiseau de paradis à sa beauté spectaculaire. Elle le suit comme un être vivant, un signe, un objet de désir, un instrument de pouvoir, une ressource exploitée, puis un emblème à protéger. À travers lui, c’est une histoire mondiale du regard humain sur le vivant qui se dessine: admirer, posséder, classer, commercialiser, puis tenter de réparer.
Informations pratiques
Plumes du paradis. Voyages d’un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée
Du 12 mai au 8 novembre 2026
Galerie Germain Viatte, musée du quai Branly – Jacques Chirac
37 quai Branly, 206 et 218 rue de l’Université, 75007 Paris
Tél.: 01 56 61 70 00
Horaires: mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 10h30 à 19h; nocturne le jeudi jusqu’à 22h; fermeture le lundi hors vacances scolaires.
Catalogue: 224 pages, coédition musée du quai Branly – Jacques Chirac / Grand Palais Rmn, 39,90 €.
Extra Musica Nouvel Horizon fait résonner la rumba congolaise au Bataclan
Le 5 juin, Extra Musica Nouvel Horizon se produira au Bataclan pour une soirée placée sous le signe de la rumba congolaise et du ndombolo. Héritier d’une école musicale majeure d’Afrique centrale, le groupe confirme l’influence durable des musiques congolaises sur les scènes francophones.
Paris continue d’affirmer son rôle de capitale européenne des musiques africaines. Le 5 juin, le Bataclan accueillera Extra Musica Nouvel Horizon, formation congolaise portée par l’héritage de la rumba et du ndombolo. Un concert particulièrement attendu par les amateurs de musiques d’Afrique centrale, tant le groupe s’est imposé ces dernières années comme l’un des représentants les plus visibles de la nouvelle scène congolaise.
Dirigé par Sonor Digital, Extra Musica Nouvel Horizon revendique l’héritage d’Extra Musica, groupe mythique fondé en 1993 à Brazzaville. À l’époque, la formation originale avait profondément marqué les musiques africaines francophones grâce à son énergie scénique, ses rythmes dansants et sa manière de moderniser la rumba congolaise.
Le projet Nouvel Horizon, créé en 2019, prolonge cette dynamique tout en développant une identité plus contemporaine. Sur scène, le groupe mélange chœurs, animations, séquences dansées, solos et constructions rythmiques héritées du ndombolo, cette musique née dans les années 1990 entre Kinshasa et Brazzaville avant de conquérir une grande partie du continent africain.
Des titres comme Tia Lokolo, mais aussi les projets récents Choc, Vision ou Conduite à tenir, ont contribué à installer cette nouvelle formule dans le paysage musical africain. L’album VAR, récemment mis en ligne sur les plateformes de streaming, confirme cette volonté de poursuivre l’évolution du groupe sans rompre avec les codes de l’école congolaise.
La rumba congolaise, une influence continentale majeure
Le concert du Bataclan rappelle aussi l’importance historique de la musique congolaise dans l’espace africain francophone. Depuis les années 1950, la rumba congolaise a largement dépassé les frontières des deux Congo pour influencer des générations entières d’artistes à travers l’Afrique.
Kinshasa et Brazzaville sont longtemps apparues comme deux capitales musicales du continent. Des groupes comme Zaïko Langa Langa, Empire Bakuba ou les Bantous de la Capitale ont profondément transformé les musiques populaires africaines en mêlant traditions locales, guitares électriques, rythmes cubains et nouvelles formes de danse.
Extra Musica s’inscrit directement dans cette histoire. Dès ses débuts dans le quartier Ouenzé à Brazzaville, le groupe revendique l’influence des grandes formations congolaises tout en développant une approche plus énergique et plus tournée vers la scène.
Cette capacité à faire évoluer la rumba sans rompre avec ses structures fondamentales explique en partie le succès durable du groupe. Les rythmes restent dansants, les arrangements très travaillés et les performances scéniques occupent une place centrale dans l’expérience du public.
Les nombreuses récompenses remportées par Extra Musica au fil des années témoignent d’ailleurs de cette reconnaissance continentale. Le groupe avait notamment obtenu le prix du Meilleur Groupe Africain aux Africar Music Awards en 1997 et 1998, avant de recevoir le Best Group of Africa aux Kenya Kora Awards en 2000.
Paris, carrefour des musiques africaines
Le choix du Bataclan souligne également la place prise par les musiques africaines dans les grandes salles parisiennes. Longtemps cantonnées à des circuits communautaires ou spécialisés, les scènes congolaises remplissent aujourd’hui des lieux emblématiques de la capitale française.
Cette évolution reflète à la fois le poids des diasporas africaines en France et l’élargissement du public de ces musiques. Rumba congolaise, afrobeat, amapiano ou coupé-décalé circulent désormais largement dans les playlists, les festivals et les grands événements musicaux européens.
Dans le cas d’Extra Musica Nouvel Horizon, la dimension scénique reste essentielle. Le groupe construit ses concerts autour de la danse, de l’interaction avec le public et d’une forte intensité collective. Le Bataclan devrait ainsi accueillir une soirée très festive où le ndombolo et la rumba occuperont une place centrale.
Au-delà du concert lui-même, cet événement confirme aussi la vitalité durable des musiques congolaises. Malgré les évolutions du marché musical mondial et la domination croissante des plateformes numériques, la rumba congolaise continue de produire de nouvelles générations d’artistes capables de renouveler le genre tout en conservant sa puissance populaire.
Informations pratiques
Extra Musica Nouvel Horizon
Date : vendredi 5 juin 2026 à 18h
Lieu : Bataclan, Paris
Adresse : 50 boulevard Voltaire, 75011 Paris
Tarifs : de 38,50 € à 55 €.
