Le 23 mai, l’Institut du monde arabe participera à la Nuit européenne des musées avec une programmation exceptionnelle mêlant patrimoine libanais, histoire méditerranéenne, mémoire coloniale et création artistique. Une traversée nocturne entre civilisations anciennes, archives invisibles et regards contemporains sur le monde arabe.
Le 23 mai, l’Institut du monde arabe ouvrira gratuitement ses portes jusqu’à minuit à l’occasion de la Nuit européenne des musées 2026. Mais derrière le principe désormais bien connu de la nocturne culturelle, l’IMA proposera surtout une véritable traversée de plusieurs mondes méditerranéens, entre antiquité phénicienne, histoire coloniale, psychiatrie, archéologie et arts contemporains.
Cette année, l’un des grands pôles d’attraction de la soirée devrait être l’exposition «Byblos, cité millénaire du Liban». Consacrée à l’une des plus anciennes villes portuaires habitées au monde, l’exposition replonge les visiteurs dans l’histoire de cette cité de la côte libanaise qui joua un rôle central dans les échanges commerciaux et culturels du bassin méditerranéen pendant plusieurs millénaires.
Objets archéologiques, sculptures, inscriptions et pièces rares retracent les circulations entre Byblos, l’Égypte ancienne, la Mésopotamie et les mondes grec et romain. À travers cette exposition, l’IMA remet aussi en lumière le rôle majeur joué par les Phéniciens dans l’histoire de la Méditerranée, bien au-delà des représentations parfois simplifiées qui réduisent encore le Liban à ses crises contemporaines.
Autre exposition particulièrement attendue pendant cette nuit culturelle, «Esclaves en Méditerranée, XVIIe-XVIIIe siècle» propose un regard plus sombre sur l’histoire méditerranéenne. L’exposition explore les systèmes d’esclavage qui structuraient alors les circulations maritimes entre Europe, Afrique du Nord et Empire ottoman.
Loin des récits souvent centrés exclusivement sur la traite transatlantique, le parcours montre comment captures, marchés d’esclaves, rachats de prisonniers et échanges humains formaient une réalité complexe de part et d’autre de la Méditerranée. Manuscrits, cartes, objets et archives rappellent à quel point cette histoire est restée longtemps marginale dans les récits européens classiques.
Fanon, la psychiatrie et les mémoires invisibles
L’IMA proposera également au public de découvrir «Tenter l’art pour soigner», probablement l’une des expositions les plus singulières de sa programmation actuelle. Le projet revient sur les ateliers artistiques organisés dans les années 1960 à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville en Algérie.
Ce lieu reste intimement lié à la figure de Frantz Fanon, psychiatre martiniquais devenu l’un des grands penseurs de l’anticolonialisme. Avant de rejoindre le FLN pendant la guerre d’Algérie, Fanon y avait profondément transformé les pratiques psychiatriques en introduisant des approches plus humaines et ouvertes à l’expression artistique des patients.
Dessins, peintures, archives médicales et documents historiques permettent de découvrir une facette beaucoup moins connue de l’histoire coloniale française: celle des institutions psychiatriques en contexte colonial et du rôle joué par l’art comme tentative de reconstruction psychique dans un univers marqué par la violence politique et sociale.
Le public pourra également visiter «Libye, patrimoine révélé», exposition consacrée aux missions archéologiques françaises en Libye et à la richesse souvent méconnue du patrimoine antique libyen. Entre cités romaines, vestiges grecs et sites désertiques, l’exposition rappelle combien la Libye possède un héritage historique considérable aujourd’hui fragilisé par les années de guerre et d’instabilité.
Tout au long de la soirée, des visites flash seront organisées dans les différentes expositions. Le format, volontairement court et mobile, permettra aux visiteurs de circuler librement d’un univers à l’autre sans suivre un parcours rigide.
Cette déambulation nocturne dans l’IMA prendra également une dimension particulière grâce au bâtiment lui-même. Avec ses célèbres moucharabiehs métalliques conçus par Jean Nouvel, ses jeux de lumière et ses grandes ouvertures sur la Seine, l’Institut devient la nuit un espace presque suspendu entre Paris et les mondes méditerranéens qu’il tente de faire dialoguer depuis près de quarante ans.
Dans un contexte où le monde arabe reste souvent réduit aux conflits et aux crises géopolitiques, cette Nuit des musées offre finalement une autre traversée possible: celle des civilisations, des arts, des mémoires et des histoires partagées.
Informations pratiques
Événement: Nuit européenne des musées 2026 à l’Institut du monde arabe
Date: samedi 23 mai 2026
Horaires: de 19h à minuit
Lieu: Institut du monde arabe
Adresse: 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, 75005 Paris
Entrée gratuite
Expositions accessibles: «Byblos, cité millénaire du Liban», «Esclaves en Méditerranée, XVIIe-XVIIIe siècle», «Libye, patrimoine révélé» et «Tenter l’art pour soigner».
