À Cannes, «La Más Dulce» expose l’envers des fraises

21/05/2026 – La rédaction de Mondafrique

Présenté à Cannes dans la section « Un Certain Regard », La Más Dulce de la réalisatrice franco-marocaine Laïla Marrakchi suit deux ouvrières marocaines parties travailler dans les serres espagnoles. Le film aborde exploitation économique, violences et précarité des travailleuses saisonnières migrantes.

Sous les serres lumineuses du sud de l’Espagne, les fraises deviennent dans La Más Dulce le symbole d’une réalité beaucoup plus sombre. Présenté au Festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard », le nouveau film de Laïla Marrakchi s’intéresse aux travailleuses marocaines recrutées chaque année pour les récoltes agricoles en Andalousie.

Le récit suit Hasna et Meriem, deux jeunes femmes qui quittent le Maroc dans l’espoir de gagner de l’argent pour leurs familles. Comme des milliers d’ouvrières saisonnières, elles rejoignent la région de Huelva, grand centre européen de production de fraises. Très vite, les promesses économiques se heurtent à des conditions de travail brutales, à la dépendance administrative et aux rapports de domination qui structurent cet univers agricole.

Le film s’inspire directement des nombreuses enquêtes et témoignages apparus ces dernières années autour des exploitations agricoles espagnoles. Plusieurs associations et médias avaient documenté des cas de harcèlement sexuel, de violences psychologiques, de logements précaires et de pression économique exercée sur les travailleuses étrangères.

Sans transformer son film en démonstration militante, Laïla Marrakchi choisit une approche très réaliste du quotidien des ouvrières. Les longues journées dans les serres, l’isolement, la fatigue physique et la peur permanente de perdre son contrat occupent une place centrale dans le récit.

Une chronique sociale sous tension

Avec La Más Dulce, la réalisatrice change sensiblement de registre. Connue notamment pour Marock et Rock the Casbah, elle s’éloigne ici des milieux bourgeois marocains qu’elle filmait auparavant pour aborder les questions de migration économique et de travail précaire.

Le film reste pourtant fidèle à certains thèmes déjà présents dans son cinéma, notamment les tensions sociales, les rapports de classe et les contradictions des sociétés contemporaines marocaines.

Dans les serres andalouses, les personnages évoluent dans un système où tout repose sur la vulnérabilité économique. Les travailleuses dépendent de leurs employeurs pour le logement, le salaire et parfois même leur retour au pays. Cette dépendance transforme rapidement le travail saisonnier en espace de contrôle permanent.

Plusieurs critiques évoquent déjà une influence du cinéma social britannique dans la manière dont Laïla Marrakchi filme les rapports de pouvoir et les solidarités fragiles entre ouvrières. Le film accorde aussi une grande attention aux corps fatigués, aux gestes répétitifs et à la violence discrète des environnements de travail.

Mais La Más Dulce ne se limite pas à un récit de souffrance. Le film montre également les stratégies de survie, les amitiés et les formes de résistance qui émergent entre les travailleuses.

Laïla Marrakchi

Le cinéma marocain visible à Cannes

La présence du film à Cannes confirme aussi la visibilité croissante du cinéma marocain dans les grands festivals internationaux. Ces dernières années, plusieurs réalisateurs marocains ont abordé des questions sociales de plus en plus directement, qu’il s’agisse des migrations, des inégalités ou des transformations économiques.

Coproduit entre le Maroc, la France, l’Espagne et la Belgique, La Más Dulce illustre également les nouvelles dynamiques de production entre cinéma africain et européen. Ce type de coproduction permet souvent à des sujets sociaux sensibles d’accéder à une visibilité internationale plus importante.

Le film bénéficie aussi d’un contexte particulièrement favorable à Cannes cette année, où plusieurs œuvres africaines et arabes ont été sélectionnées dans les sections parallèles. Beaucoup de critiques voient dans cette édition 2026 une montée en puissance des récits venus du continent africain.

À travers l’histoire de Hasna et Meriem, La Más Dulce rappelle surtout que derrière certains produits agricoles consommés quotidiennement en Europe se cachent souvent des trajectoires invisibles, marquées par la précarité et le déracinement.

Informations pratiques

La Más Dulce est présenté dans la section « Un Certain Regard » du Festival de Cannes.
Le film est réalisé par Laïla Marrakchi et met notamment en scène Nisrin Erradi, Hajar Graigaa, Fatima Attif et Itsaso Arana. Durée : 101 minutes. Coproduction Maroc, France, Espagne et Belgique.