À Paris, la Maison Gacha consacre une exposition au peintre brésilien Gonçalo Ivo. Jusqu’au 9 juillet, Fenêtre sur l’Afrique fait dialoguer abstraction contemporaine et objets africains traditionnels dans un parcours centré sur les circulations culturelles entre Afrique et Amérique latine.
Dans les salles de la Maison Gacha, dans le 17e arrondissement de Paris, les couleurs vives de Gonçalo Ivo côtoient tissus africains, sculptures, objets perlés et pièces artisanales venues de plusieurs régions du continent. L’exposition Fenêtre sur l’Afrique, visible jusqu’au 9 juillet, propose moins une rétrospective classique qu’un dialogue visuel entre différentes traditions artistiques.
Né à Rio de Janeiro en 1958, Gonçalo Ivo développe depuis plusieurs décennies une œuvre abstraite construite autour de la couleur, de la matière et des rythmes géométriques. Peintures, gravures et sculptures occupent ici l’espace aux côtés de textiles kasaï du Congo, d’étoffes baoulé de Côte d’Ivoire, de kentés togolais ou encore de calebasses perlées bamiléké du Cameroun.
Le parcours cherche à faire apparaître des correspondances formelles plutôt qu’à établir une filiation directe. Certaines œuvres dialoguent par les motifs, d’autres par les contrastes chromatiques ou les jeux de texture. L’ensemble repose sur l’idée de circulation culturelle entre Afrique et Amérique latine, deux espaces historiquement liés par les migrations, les échanges et les héritages de la traite atlantique.
Une exposition pensée comme un dialogue
Les commissaires Danilo Lovisi et Leonardo Ivo ont construit l’exposition autour des réflexions du penseur martiniquais Édouard Glissant. Sa conception du métissage culturel et des identités en mouvement traverse discrètement tout le projet.
La Maison Gacha explique ainsi vouloir transformer l’espace d’exposition en lieu de résonance plutôt qu’en simple présentation d’objets. Les œuvres africaines ne sont pas utilisées comme décor ou comme référence exotique. Elles participent pleinement à la construction du regard proposé par le parcours.
L’exposition évoque également la notion brésilienne « d’anthropophagie culturelle », formulée au XXe siècle par l’écrivain Oswald de Andrade. Selon cette idée, les cultures se construisent par absorption, réinterprétation et transformation des influences extérieures.
Cette approche apparaît particulièrement dans le travail de Gonçalo Ivo. Ses compositions abstraites, souvent très musicales, mélangent références modernistes, héritages latino-américains et influences plus diffuses venues d’autres traditions visuelles.
La Maison Gacha et les savoir-faire africains
Depuis son ouverture, la Maison Gacha développe une programmation centrée sur les métiers de la main, les patrimoines africains et les dialogues entre artisanat et création contemporaine. Lieu hybride, à mi-chemin entre galerie, espace culturel et maison de collection, elle cherche à mettre en valeur des savoir-faire parfois marginalisés dans les circuits artistiques traditionnels.
Avec Fenêtre sur l’Afrique, l’institution poursuit cette réflexion sur les circulations culturelles et les formes de transmission artistique. L’exposition s’éloigne volontairement d’une vision figée des identités culturelles. Afrique et Amérique latine y apparaissent comme des espaces connectés par l’histoire, les déplacements et les échanges esthétiques.
Le résultat reste volontairement ouvert. Le visiteur circule entre abstraction contemporaine, objets textiles et pièces artisanales sans parcours strictement chronologique ou géographique. Cette liberté de lecture correspond à l’esprit général de l’exposition, davantage centrée sur les résonances visuelles que sur le discours historique classique.
Dans un contexte où les institutions culturelles s’interrogent de plus en plus sur les héritages coloniaux et la place des collections africaines en Europe, Fenêtre sur l’Afrique propose une approche plus sensorielle et transversale, fondée sur le dialogue des formes et des imaginaires.
Informations pratiques
Exposition visible à la Maison Gacha, dans le 17e arrondissement de Paris, jusqu’au 9 juillet 2026. Ouverture du mardi au samedi de 11h à 18h. Entrée libre sur rendez-vous. Commissariat assuré par Danilo Lovisi et Leonardo Ivo.
