Notre semaine culturelle : Youssou N’Dour, Festival du film panafricain de Cannes, AKAA 2026, Visions d’Afrique…

16/10/2026 – Patricia Bechard

De Paris à Cannes, jusqu’aux côtes du Kenya, la culture africaine multiplie les rendez-vous. Youssou N’Dour fait vibrer Bercy, tandis que le cinéma panafricain s’invite à Cannes, à Marennes-Oléron et à Kilifi. À Paris, la foire AKAA met la photographie africaine à l’honneur. Cinq événements entre musique, septième art et création contemporaine, à découvrir dans notre sélection de la semaine.

Youssou N’Dour à Bercy le 17 octobre !

À Paris, Youssou N’Dour retrouve l’Accor Arena pour une nouvelle édition du Grand Bal. Le 17 octobre, avec le Super Étoile de Dakar, il célébrera le mbalax devant un public largement nourri par les nombreuses diasporas sénégalaises et ouest-africaines d’Europe.

Le samedi 17 octobre 2026, Youssou N’Dour et le Super Étoile de Dakar investissent l’Accor Arena, à Paris, pour une nouvelle édition du Grand Bal. Organisé par Alias, ce concert s’inscrit dans une tradition qui dépasse largement le cadre d’une simple tournée musicale.

Le Grand Bal est devenu, au fil des années, un rendez-vous important pour la diaspora sénégalaise et les amateurs de musiques africaines installés en Europe. Son succès ne se dément pas : la billetterie officielle affiche complet, sous réserve d’éventuelles remises en vente.

Au centre de cette ferveur, Youssou N’Dour, l’une des figures majeures de la musique africaine contemporaine, accompagné de son orchestre historique.

Né à Dakar en 1959, le chanteur a construit une carrière internationale en conservant un lien particulièrement fort avec la musique sénégalaise. Sa voix et son répertoire ont franchi les frontières, sans faire disparaître l’influence des rythmes et des traditions qui l’ont formé.

Le mbalax, une musique devenue patrimoine populaire

Le succès de Youssou N’Dour repose d’abord sur un langage musical immédiatement reconnaissable : le mbalax.

Ce genre, développé au Sénégal à partir de plusieurs influences musicales, accorde une place centrale aux percussions et aux rythmes issus notamment de la tradition sabar. Il associe cette énergie à des instruments électriques, des cuivres et des arrangements contemporains.

Avec le Super Étoile de Dakar, Youssou N’Dour a contribué à populariser cette musique bien au-delà de l’Afrique de l’Ouest.

Ses collaborations avec Peter Gabriel et Neneh Cherry lui ont ouvert les grandes scènes internationales. Le succès mondial de « 7 Seconds », enregistré avec cette dernière en 1994, reste l’une des étapes les plus connues de son parcours.

Mais réduire sa carrière à ces rencontres internationales serait passer à côté de l’essentiel.

Youssou N’Dour est aussi un chanteur profondément lié à la vie culturelle et sociale sénégalaise. Ses chansons abordent les relations familiales, les valeurs collectives, les tensions sociales et les aspirations de plusieurs générations.

Sur scène, cette proximité avec son public prend une dimension particulière.

Le Grand Bal privilégie la durée, la danse et l’interaction avec les spectateurs. Il prolonge l’atmosphère des grandes célébrations musicales sénégalaises, tout en l’adaptant aux salles de spectacle internationales.

À Paris, le mbalax devient ainsi une expérience collective où les générations se retrouvent autour d’un répertoire commun.

Paris-Dakar, un rendez-vous qui dépasse les frontières

La portée du Grand Bal est également sociale et culturelle. Pour une partie du public, assister à ce concert permet de retrouver des sonorités, des langues et des références intimement liées au Sénégal.

L’événement rassemble aussi des spectateurs qui découvrent le mbalax ou suivent Youssou N’Dour depuis ses premières grandes tournées européennes.

Cette diversité fait du concert un lieu de rencontre entre plusieurs générations et communautés.

L’édition 2026 affiche par ailleurs une dimension panafricaine affirmée. La Guinée est annoncée comme pays invité d’honneur.

Le 17 septembre, Youssou N’Dour a été reçu à Conakry par le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah pour présenter cette invitation. L’initiative vise notamment à valoriser les expressions culturelles guinéennes sur une scène internationale.

Ce choix élargit la portée du Grand Bal à une célébration des échanges artistiques entre pays africains.

Les organisateurs annoncent également plusieurs invités et des surprises, sans avoir détaillé l’ensemble des participations.

Au-delà du spectacle, cette édition témoigne de la place qu’occupe désormais la musique africaine dans les grandes salles européennes.

L’Accor Arena, habituellement associée aux tournées de stars internationales, accueille ici un artiste dont le succès repose sur plusieurs décennies de création et sur la fidélité d’un public transnational.

Youssou N’Dour y défendra une musique qui a évolué avec son époque, sans perdre sa capacité à rassembler.

Informations pratiques : Youssou N’Dour et le Super Étoile de Dakar, Le Grand Bal, samedi 17 octobre 2026 à partir de 19 h. Accor Arena, 8 boulevard de Bercy, Paris 12e. Métro Bercy, lignes 6 et 14. Billetterie officielle actuellement affichée complète ; vérifier les éventuelles remises en vente sur Accor Arena.

Festival du film panafricain de Cannes  (21-25 octobre)

À Cannes, le Festival international du film panafricain prépare sa vingt-troisième édition loin de la compétition officielle du festival de mai. Plus de cinquante films, des débats et les Dikalo Awards composeront cinq journées consacrées aux images, aux savoirs et aux diasporas du monde panafricain.

Du 21 au 25 octobre, Cannes accueillera la vingt-troisième édition du Festival international du film panafricain (FIFP). Porté par l’association Nord Sud Développement, ce rendez-vous indépendant construit depuis plus de deux décennies un espace de diffusion pour les cinémas africains, caribéens et diasporiques.

L’édition 2026 annonce plus de cinquante films, accompagnés de conférences, de rencontres professionnelles, de concerts et d’expositions. La sélection reflète une conception large du panafricanisme culturel : les œuvres viennent d’Afrique, mais aussi des Amériques, des Caraïbes, d’Europe, d’Asie et du Pacifique.

Cette diversité inscrit le festival dans un dialogue international tout en donnant une visibilité particulière aux expériences, aux mémoires et aux créations liées aux mondes africains.

Du patrimoine gnawa aux histoires de l’exil

La programmation réunit fictions, documentaires et courts métrages autour de thèmes très différents.

Dès le 21 octobre, deux documentaires consacrés à la culture marocaine figurent à l’affiche : L’Évolution des hammams marocains et Les Possédés : le pouvoir de la transe gnawa. Ces œuvres abordent des traditions qui occupent une place importante dans la vie sociale et musicale du Maroc.

Le même jour, Les Géants d’un lac ancien, consacré aux baobabs du Botswana, introduira une dimension environnementale et patrimoniale. Le 22 octobre, Hira Gasy, danse musique parole de Madagascar proposera un regard sur une forme d’expression artistique malgache associant plusieurs disciplines.

D’autres œuvres abordent les migrations et les identités. Africa Blanca, la couleur de l’exil figure à la programmation du 22 octobre, tandis que Goundafa, le chant maudit sera présenté le 23 octobre.

Cette sélection met en relation patrimoine immatériel, histoires personnelles et réalités contemporaines. Elle révèle également la place prise par le documentaire dans la transmission des cultures africaines.

Une vitrine pour les cinéastes et les professionnels

Le Festival international du film panafricain ne se limite pas aux projections. Les conférences, débats et rencontres permettent aux réalisateurs de présenter leurs démarches et de rencontrer d’autres professionnels du secteur.

L’enjeu reste important pour les films indépendants : obtenir une sélection en festival ne garantit ni distribution commerciale, ni accès durable aux salles. Les manifestations spécialisées constituent donc des lieux de découverte et de mise en relation, particulièrement utiles aux cinéastes qui travaillent en dehors des grandes structures de production.

La compétition officielle sera sanctionnée par les Dikalo Awards, remis lors de la cérémonie de clôture du 25 octobre.

Le 23 octobre, une soirée musicale consacrée au kompa prolongera les projections. Un dîner de gala est également programmé le 24 octobre à l’hôtel Martinez.

Informations pratiques

Dates : du 21 au 25 octobre 2026.
Lieux : espace Miramar, Cannes ; hôtel Martinez pour le dîner de gala.
Horaires : programmation de 9 h 30 à minuit selon les journées.Tarifs : 5 € la projection ou conférence, accès gratuit aux séances pour les Cannois sur justificatif ; cérémonie d’ouverture à 10 € ; pass festival à 30 €.
Salon panafricain : accès libre aux conférences et animations annoncées dans cet espace.
Programme et billetterie : Festival international du film panafricain de Cannes.

AKAA 2026, la photographie africaine à Paris (23-25 octobre)

À Paris, AKAA ouvre une nouvelle fenêtre sur la création africaine. Du 23 au 25 octobre, la foire réunit galeries, artistes et collectionneurs au Carreau du Temple, avec une nouveauté décisive : une section consacrée à la photographie et à ses mémoires.

Sous les verrières du Carreau du Temple, dans le troisième arrondissement de Paris, AKAA – Also Known As Africa – célèbre sa onzième édition. Devenue l’un des rendez-vous importants de l’art contemporain africain en France, la foire revient avec une ambition affirmée : accompagner la reconnaissance internationale des artistes africains et afrodescendants, tout en donnant une nouvelle place à la photographie.

Organisée pendant la Paris Art Week, AKAA réunit des galeries venues de plusieurs continents. Parmi les participants annoncés figurent Annie Kadji Art Gallery, basée au Cameroun, Arte de Gema, du Mozambique, la Fondation Donwahi, de Côte d’Ivoire, ou encore Umoja Art Gallery, d’Ouganda. Des galeries européennes et caribéennes complètent cette représentation internationale.

Cette diversité constitue l’une des particularités d’AKAA. La foire ne limite pas l’art africain à une origine géographique. Elle s’intéresse aussi aux créations issues des diasporas, aux circulations culturelles et aux artistes qui travaillent entre plusieurs territoires.

Un nouvel espace pour raconter l’Afrique en images

La grande nouveauté de 2026 porte un nom : AKAA PHOTO. Créé à l’occasion du bicentenaire de la photographie, cet espace entend mettre en valeur les pratiques photographiques africaines et afrodescendantes.

Le projet intervient dans un contexte où les images du continent occupent une place croissante sur le marché de l’art, mais où leur histoire reste encore partiellement méconnue du grand public.

Longtemps, les représentations photographiques de l’Afrique ont été dominées par les regards extérieurs, notamment pendant la période coloniale. Pourtant, les photographes africains ont très tôt produit leurs propres images des sociétés, des familles, des villes et des transformations politiques.

Les portraits de studio, les photographies des indépendances, les archives familiales et les images des grandes métropoles racontent une histoire complexe, loin des visions uniformes du continent.

Avec AKAA PHOTO, la foire souhaite présenter cette diversité. Les organisateurs annoncent une exploration des mémoires visuelles, des mutations urbaines, des traditions réinventées et des aspirations de la jeunesse.

L’œuvre « Girl with an Amber Earring 1 », réalisée en 2022 par Angèle Etoundi Essamba et présentée dans la communication de cette édition, illustre cette volonté de mettre en avant des représentations construites par les artistes eux-mêmes.

L’intérêt de cette nouvelle section dépasse donc la photographie comme discipline. Il concerne la possibilité, pour les créateurs africains, de participer pleinement à la construction et à la diffusion de leurs propres récits visuels.

Une reconnaissance durable

Au-delà des expositions, AKAA joue un rôle dans la structuration du marché de l’art contemporain africain. Pour les galeries participantes, la foire constitue une occasion de rencontrer des collectionneurs, des conservateurs, des commissaires d’exposition et des professionnels internationaux.

Ces échanges peuvent ouvrir des perspectives importantes : acquisitions, invitations à exposer, collaborations institutionnelles ou nouvelles représentations commerciales.

Mais la visibilité ne suffit pas à garantir la réussite d’une carrière artistique. Les coûts de production, de transport des œuvres et de participation aux foires restent des obstacles pour de nombreux acteurs culturels africains.

Le développement du marché pose également la question de l’équilibre entre les grands centres de vente européens et les écosystèmes artistiques du continent. Une reconnaissance à Paris ou à Londres ne remplace pas la nécessité de renforcer les galeries, les musées et les collections en Afrique.

C’est précisément dans cette articulation entre circulation internationale et enracinement local que se joue une partie de l’avenir de la création africaine.

En donnant une place spécifique à la photographie, AKAA 2026 souligne un autre enjeu : préserver les images, transmettre les archives et reconnaître les artistes qui documentent les sociétés africaines depuis plusieurs générations.

La foire parisienne devient ainsi un espace où se croisent esthétique, mémoire et économie. Trois dimensions essentielles pour comprendre les transformations actuelles de l’art africain.

Informations pratiques : AKAA 2026, du 23 au 25 octobre, au Carreau du Temple, 2 rue Perrée, Paris 3e. Vendredi et samedi de 12 h à 20 h ; dimanche de 12 h à 18 h. Tarifs : 11 à 16 euros. Gratuit pour les moins de 12 ans. Programme et billetterie : AKAA et Le Carreau du Temple.

Visions d’Afrique 2026 à Marennes-Oléron (jusqu’au 20 octobre)

À Marennes-Oléron, Visions d’Afrique défend un cinéma qui raconte le continent loin des clichés. Du 14 au 20 octobre, sa dix-septième édition donne la parole à Alain Gomis, explore Nollywood et revisite la mémoire de l’esclavage, entre projections et rencontres.

Pendant une semaine, les salles obscures de Marennes et de Saint-Pierre-d’Oléron deviennent des lieux de rencontre avec les cinématographies africaines. Pour sa dix-septième édition, Visions d’Afrique propose une programmation qui fait dialoguer œuvres contemporaines, films patrimoniaux, documentaires et rencontres avec des artistes.

Le festival traverse cette année un moment particulier. Son fondateur et président, Gérard La Cognata, est décédé le 22 décembre 2025. Cette première édition organisée sans lui entend prolonger son ambition : faire découvrir au public français la richesse des cultures africaines à travers le cinéma, mais aussi la littérature et la musique.

Dans un paysage où de nombreux films africains rencontrent encore des difficultés de distribution, cette manifestation joue un rôle essentiel. Elle offre aux spectateurs la possibilité de découvrir des œuvres rarement accessibles dans les circuits commerciaux traditionnels.

Alain Gomis et Nollywood au cœur de la programmation

Le cinéaste franco-sénégalais Alain Gomis occupe une place importante dans cette édition. Son travail explore depuis plusieurs années les questions d’identité, de mémoire, de transmission et d’appartenance.

Le festival programme notamment « Aujourd’hui (Tey) » et « Dao ». Ce dernier film suit des trajectoires familiales entre la Guinée-Bissau et la France, en faisant dialoguer les cérémonies, les souvenirs et les liens qui unissent plusieurs générations.

Chez Alain Gomis, les personnages ne sont jamais enfermés dans une identité simple. Ils portent plusieurs histoires, plusieurs langues et différentes manières d’habiter le monde.

Cette approche rejoint l’un des enjeux du festival : montrer un continent dont les récits dépassent largement les frontières géographiques.

Autre temps fort, un focus consacré à Nollywood, la puissante industrie cinématographique nigériane. La programmation comprend notamment « Un jour avec mon père », d’Akinola Davies Jr., et « The Fisherman », de Zoey Martinson.

Cette sélection permet de regarder au-delà de l’image souvent associée à Nollywood, celle d’une industrie tournée vers une production commerciale abondante.

Le cinéma nigérian se distingue désormais par la diversité de ses ambitions artistiques, de ses modèles de financement et de ses circuits internationaux. Les nouvelles générations expérimentent différentes écritures, tout en conservant un ancrage fort dans leurs sociétés.

La mémoire de l’esclavage

Visions d’Afrique consacre également une partie de sa programmation à l’histoire de l’esclavage et à ses représentations cinématographiques.

Cette rétrospective prend une résonance particulière en 2026, vingt-cinq ans après l’adoption de la loi Taubira, qui reconnaît en France la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.

Parmi les œuvres présentées figurent « Rue Cases-Nègres », d’Euzhan Palcy, « West Indies – Les Nègres marrons de la liberté », de Med Hondo, et « 12 Years a Slave », de Steve McQueen.

Ces films abordent des périodes et des expériences différentes, mais posent une question commune : comment le cinéma peut-il transmettre une histoire marquée par la domination, la résistance et la lutte pour la liberté ?

La programmation laisse également une place aux nouvelles écritures documentaires et aux regards portés sur les sociétés africaines contemporaines.

« Liti Liti », de Mamadou Khouma Gueye, « Mothers of Chibok », de Joel ‘Kachi Benson, et « Congo Boy », de Rafiki Fariala, font partie des œuvres annoncées.

Le festival accueille aussi des rencontres littéraires, notamment avec l’écrivaine marocaine Zineb Mekouar. La musique participe à cette ouverture, avec une soirée associant un concert de Pamela Badjogo et la projection de « Fantastique ».

La force de Visions d’Afrique réside dans cette programmation qui refuse de réduire le continent à un seul genre ou à une seule histoire.

À travers les films et les échanges avec leurs auteurs, le festival rappelle que les cinématographies africaines sont à la fois des lieux de création, de mémoire et de débat.

Informations pratiques : Festival Visions d’Afrique, du 14 au 20 octobre 2026. Cinéma l’Eldorado, 5 rue de la République à Saint-Pierre-d’Oléron, et cinéma l’Estran, place Carnot à Marennes. Séance : 8 euros, abonnement cinq films : 25 euros. Programme complet : visionsdafrique.fr.

Le Kilifi Creek Festival au Kenya (23-31 octobre)

Sur la côte kényane, le Kilifi Creek Festival prépare une deuxième édition d’une ampleur nouvelle. Du 23 au 31 octobre, 92 films annoncés, des projections dans dix-sept lieux et un espace de réalité virtuelle veulent déplacer les frontières du cinéma africain.

À Kilifi, sur les rives de l’océan Indien, le cinéma cherche à inventer ses propres lieux de rencontre. Le Kilifi Creek Festival revient du 23 au 31 octobre 2026 avec une deuxième édition qui associe projections, créations artistiques, musique, ateliers et rencontres professionnelles.

La programmation annoncée le 9 octobre par le média spécialisé Sinema Focus comprend 92 films, sélectionnés après la réception de 260 candidatures venues de plus de cinquante pays. Trente-huit œuvres doivent concourir dans dix-sept catégories de prix.

Le festival prévoit d’investir dix-sept lieux répartis le long de la crique de Kilifi, avec The Terrace Art Space comme principal point de rassemblement.

Ce choix géographique n’est pas anodin. Alors que les grands événements cinématographiques se concentrent souvent dans les capitales, Kilifi revendique une autre relation entre les œuvres, les habitants et leur territoire.

Le festival mise sur des projections ouvertes à différents publics et sur un dialogue direct entre cinéma, patrimoine côtier et vie locale.

Les ambitions du cinéma africain

L’édition 2026 réunit des fictions, des documentaires, des courts métrages, des films expérimentaux et des créations immersives.

Parmi les œuvres annoncées figure « My Father’s Shadow », du réalisateur nigérian Akinola Davies Jr., dont le travail explore les liens entre mémoire familiale et histoire politique.

Le Kenya sera représenté notamment par « One Woman One Bra », tandis que « The Woman Who Poked the Leopard », venu d’Ouganda, et « Matabeleland », du Zimbabwe, illustrent la diversité des récits présents dans la sélection.

Le film d’ouverture annoncé, « Tides », de Reuben Odanga, suit un couple de chanteurs de Mombasa confronté aux difficultés économiques après la pandémie de Covid-19.

En plaçant cette histoire au début du festival, la programmation souligne son attachement aux réalités de la côte kényane.

Les courts métrages occupent également une place importante. Plusieurs productions africaines doivent concourir, notamment « Goat », de Judy Kibinge, « Obi Is a Boy », de Dika Ofoma, et « Dear Sikhonkwane », de Sihle Hlophe.

Autre nouveauté, l’African Film Press Critics Prize sera décerné pour la première fois en Afrique de l’Est dans le cadre du festival. Cette distinction, portée par une alliance de médias spécialisés dans le cinéma africain, doit récompenser un court métrage africain choisi par un jury indépendant de critiques.

Nouveaux réseaux professionnels

La deuxième édition du Kilifi Creek Festival innove également avec l’annonce d’un « VR Village », un espace consacré à la réalité virtuelle et aux expériences cinématographiques immersives.

Cette initiative témoigne de l’intérêt croissant des créateurs africains pour les nouvelles formes de narration.

La réalité virtuelle transforme le rapport du spectateur à l’image. Elle permet de construire des expériences dans lesquelles l’espace, le mouvement et la perception deviennent des éléments essentiels du récit.

Pour les cinéastes, ces technologies ouvrent des possibilités créatives, mais posent aussi des questions concrètes : coût des équipements, accès aux formations, infrastructures techniques et modèles de diffusion.

Ces enjeux seront au cœur des discussions professionnelles prévues pendant le festival.

Le programme annonce notamment des échanges sur le financement des films, la distribution, les coproductions, les femmes dans le cinéma, l’intelligence artificielle et les récits liés aux identités et aux appartenances.

Les organisateurs souhaitent ainsi faire de Kilifi un espace de travail et de collaboration, au-delà des seules projections.

Cette ambition répond à un besoin important des cinématographies africaines. Malgré une créativité reconnue, de nombreux réalisateurs restent confrontés aux difficultés de financement et à la faiblesse des réseaux de distribution.

Le festival peut contribuer à développer des relations entre producteurs, critiques, artistes et professionnels de différents pays.

Avec son ancrage côtier et son ouverture aux technologies immersives, Kilifi défend finalement une idée simple : le cinéma africain n’a pas besoin de se construire uniquement dans les grands centres culturels pour affirmer ses ambitions internationales.

Informations pratiques : Kilifi Creek Festival, du 23 au 31 octobre 2026, à Kilifi, Kenya. Quartier général : The Terrace Art Space, Mnarani, Bandari Beach. Séances et activités dans différents lieux de la crique. Horaires détaillés et tarifs à vérifier auprès des organisateurs : kilificreekfestival.com. Le calendrier en ligne reste en cours de finalisation.