Cette semaine, l’Afrique culturelle se raconte en mouvement : dans les livres qui réécrivent son histoire, les festivals qui font circuler ses musiques, les expositions qui interrogent la mémoire et le vivant, ou encore la gastronomie devenue langage de création. De Tunis à Tanger, de Kinshasa à Paris, notre sélection privilégie les lieux où les héritages se transforment, où les scènes locales dialoguent avec le monde, et où la création africaine affirme pleinement sa diversité, sa vitalité et son présent.
Zeinab Badawi publie en français « Une histoire africaine de l’Afrique » (18 septembre)
La journaliste soudano-britannique Zeinab Badawi publie le 18 septembre en français Une histoire africaine de l’Afrique. De l’aube de l’humanité aux indépendances. Fruit de plusieurs années de voyages et de rencontres sur le continent, l’ouvrage entend raconter l’histoire africaine en donnant la priorité aux chercheurs, aux récits et aux perspectives venus d’Afrique.
L’ambition est contenue dans le titre : écrire non pas une nouvelle « histoire de l’Afrique » observée depuis l’Europe, mais une histoire dont les Africains sont à la fois les sujets et les principaux producteurs du savoir. Née au Soudan et arrivée en Grande-Bretagne à l’âge de deux ans, Zeinab Badawi s’appuie pour ce livre sur son expérience de journaliste à la BBC et sur un travail mené pendant plus de sept ans dans plus de trente pays africains, au contact d’historiens, d’archéologues, d’anthropologues, de conteurs et de citoyens
Le récit commence bien avant la traite esclavagiste et la colonisation, deux périodes qui continuent de structurer une grande partie des représentations occidentales du continent. Badawi remonte aux origines de l’humanité, traverse les civilisations anciennes, les royaumes et empires médiévaux, puis conduit son récit jusqu’aux indépendances. L’objectif n’est pas d’effacer l’histoire coloniale, mais de la replacer dans une chronologie beaucoup plus longue, où l’Afrique possède ses propres dynamiques politiques, commerciales, religieuses et intellectuelles.
L’ouvrage est la traduction, par Éric Faye, de An African History of Africa, publié au Royaume-Uni en 2024. Les Éditions du Faubourg indiquent que l’édition originale a dépassé les 100 000 exemplaires vendus en Grande-Bretagne et que les droits ont été cédés dans plusieurs langues. La version française compte 540 pages et bénéficie du soutien du Centre national du livre et de la Région Île-de-France.
Une publication pensée aussi depuis l’Afrique
La particularité de cette parution française tient également à son dispositif éditorial. Une coédition panafricaine est organisée avec l’Alliance internationale de l’édition indépendante afin que le livre puisse être diffusé à prix local dans plusieurs pays. Sont associés au projet les éditions Apic en Algérie, Ganndal en Guinée, Tombouctou au Mali, Le Fennec au Maroc, les Presses universitaires d’Afrique au Cameroun, Amalion au Sénégal et Éburnie en Côte d’Ivoire.
Ce choix prolonge directement le propos du livre : la question n’est pas seulement de savoir comment raconter l’histoire africaine, mais aussi où elle est publiée, par qui et pour quels lecteurs. Dans une interview récente relayée par son éditeur, Badawi souligne combien les spécialistes africains ont longtemps été marginalisés dans la production des grands récits historiques sur leur propre continent.
L’autrice poursuivra cette réflexion en France début octobre à travers plusieurs rencontres, notamment à Paris et aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Le livre arrive ainsi dans un contexte où les débats sur la restitution du patrimoine, la décolonisation des musées et la réécriture des programmes scolaires replacent au premier plan une même interrogation : qui dispose de l’autorité nécessaire pour écrire et transmettre l’histoire de l’Afrique ?
Informations pratiques
Titre : Une histoire africaine de l’Afrique. De l’aube de l’humanité aux indépendances
Autrice : Zeinab Badawi
Traduction : Éric Faye
Parution : 18 septembre 2026
Éditeur français : Éditions du Faubourg
Format : 540 pages, broché
Prix annoncé : 24,90 €
Source : Éditions du Faubourg — rentrée 2026 ; Librairie de l’Institut du monde arabe
À Cologne, le cinéma africain contemporain se donne rendez-vous (17-27 septembre)
Le 23e Afrika Film Festival Köln se tient du 17 au 27 septembre dans plusieurs salles de Cologne. Longs métrages, documentaires, courts, rencontres et débats y composent l’une des vitrines les plus importantes du cinéma africain en Allemagne, avec une programmation qui va du Tchad au Maroc, du Soudan à l’Angola, en passant par le Sénégal, le Bénin ou la République démocratique du Congo.
Créé en 1992 par FilmInitiativ Köln, le festival s’est progressivement imposé comme le principal rendez-vous allemand consacré au cinéma africain contemporain. L’association affirme avoir projeté depuis sa création près de mille films provenant d’une quarantaine de pays africains et invité plus de 200 cinéastes à Cologne. L’enjeu reste le même : montrer des œuvres qui circulent encore difficilement dans les réseaux commerciaux européens et permettre aux réalisateurs de venir les défendre directement devant le public.
Cette 23e édition illustre la diversité actuelle des écritures africaines. Dès le 18 septembre, une table ronde intitulée « New Voices, New Forms – The African Documentary Today » réunit plusieurs professionnels autour des nouvelles formes du documentaire. Le même jour, Meu Semba du réalisateur angolais Hugo Salvaterra interroge un patrimoine musical devenu un marqueur majeur de l’identité angolaise, tandis que plusieurs programmes consacrent une place aux cinémas queer et diasporiques.
Le festival ne cherche donc pas à présenter « le cinéma africain » comme un ensemble homogène. Les films retenus parlent autant d’intimité, de famille et de transmission que de classe sociale, d’exil, de guerre ou de mémoire. La programmation associe créations tournées sur le continent et œuvres produites depuis les diasporas européennes.
Du Tchad au Soudan, des films directement liés aux bouleversements du continent
Parmi les temps forts figure, le 22 septembre, Soumsoum, la nuit des astres, nouveau long métrage du cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun, projeté en sa présence. Situé sur le plateau de l’Ennedi, au nord-est du Tchad, le film suit une jeune fille confrontée à des visions et aux croyances qui pèsent sur elle. Haroun poursuit ainsi son exploration des rapports entre trajectoires individuelles et structures sociales, un fil qui traverse son cinéma depuis Daratt et Un homme qui crie.
Le 23 septembre, La Kora de mon père, premier long métrage du réalisateur béninois Ayeman Aymar Esse, suit un homme trans afro-allemand qui voyage de Berlin à Dakar pour faire réparer la kora de son père. À travers cette quête, le film aborde simultanément filiation, identité, diaspora et transmission culturelle. Présenté en première mondiale au Festival de Locarno 2026, il illustre aussi la circulation croissante des cinéastes africains entre plusieurs espaces de production.
Le Maroc est représenté notamment par Derrière les palmiers de Meryem Benm’Barek, qui examine les fractures de classe et les rapports postcoloniaux entre la France et le Maroc à travers l’itinéraire d’un jeune Tangérois partagé entre amour, ambition sociale et désir d’émancipation.
Le Soudan occupe enfin une place particulièrement politique dans cette édition. Le 25 septembre, le panel « Sudan Beyond the Headlines – Cinema, Memory and Resistance » réunit cinéastes et artistes confrontés à la guerre, à l’exil et à la destruction des archives. Au-delà du témoignage, la rencontre pose une question centrale : comment continuer à faire du cinéma lorsque disparaissent les lieux, les images et parfois les institutions capables de conserver la mémoire collective ?
Informations pratiques
Événement : 23e Afrika Film Festival Köln
Dates : du 17 au 27 septembre 2026
Lieu principal : Filmforum, Museum Ludwig, Cologne, avec des projections dans plusieurs salles de la ville
Au programme : longs métrages, documentaires, courts métrages, rencontres, panels et événements musicaux
À retenir entre le 18 et le 25 septembre : Soumsoum, la nuit des astres le 22 septembre ; La Kora de mon père le 23 septembre ; panel sur le cinéma soudanais le 25 septembre
Programme officiel : https://www.afrikafilmfestivalkoeln.de/fr/programme/actuel-2
Reinata Sadimba et Raymond Tsham font dialoguer deux générations africaines à Bruxelles (6 septembre-1er novembre)
À Bruxelles, « Héritages vivants. Réinventer les formes » réunit jusqu’au 1er novembre la sculptrice mozambicaine Reinata Sadimba et le dessinateur congolais Raymond Tsham. Argile et stylo à bille y confrontent deux trajectoires, deux générations et une même question : comment transformer l’héritage sans le figer ?
Présentée à la galerie Christophe Person, l’exposition ne repose pas sur une proximité de technique. Reinata Sadimba travaille la céramique, souvent rehaussée de graphite ou de chaux ; Raymond Tsham construit ses dessins au stylo à bille, principalement noir. Ce qui les rapproche se situe ailleurs : dans leur manière d’utiliser des formes, des récits et des savoirs transmis sans les reproduire à l’identique. La galerie réunit ainsi deux artistes dont les œuvres partent d’héritages identifiables pour aboutir à des langages très personnels.
Chez Sadimba, cet héritage est d’abord celui de la poterie makonde. Née en 1945 dans le village de Nemu, sur le plateau de Mueda, dans le nord du Mozambique, elle apprend l’argile dans un cadre familial où la fabrication de récipients relève traditionnellement du travail des femmes. À partir de ce savoir utilitaire, elle développe progressivement une sculpture figurative qui s’affranchit de la fonction première de l’objet.
Ses personnages aux corps étirés, assemblés ou volontairement disproportionnés abordent notamment la maternité, la famille, la condition féminine et les relations entre individus. Plusieurs œuvres exposées à Bruxelles, comme La polygamie, Mère protectrice, Deux bisous ou La Reine à la recherche d’eau, montrent combien les scènes du quotidien peuvent devenir chez elle des compositions autonomes, parfois tendres, parfois plus inquiètes.
De la poterie transmise au dessin au Bic
Face à cette matière modelée, Raymond Tsham répond par une technique presque minimale. Né en 1963 dans le Kasaï-Oriental, en République démocratique du Congo, il vit et travaille à Kinshasa. Le stylo à bille, qu’il utilise comme médium principal depuis la fin des années 1980, lui permet de produire des dessins extrêmement détaillés, construits par accumulation de traits, de hachures et de variations de densité.
Le choix du Bic est aussi lié à son parcours. Tsham a expliqué qu’à son arrivée à Kinshasa, l’accès aux peintures et au matériel artistique restait coûteux et difficile. Le stylo, déjà familier depuis l’enfance, s’est alors imposé. Ce qui pouvait apparaître comme une contrainte économique est devenu sa signature technique.
Ses dessins convoquent masques, figures sculptées et références aux cultures d’Afrique centrale, mais ils ne restent pas enfermés dans ce répertoire. Visite chez Magritte, Hommage à Maurice Béjart, Grand place Bruxelles ou encore Tintin au Congo introduisent des références européennes et belges dans un vocabulaire visuel façonné au Congo. L’exposition insiste précisément sur cette circulation : il ne s’agit pas d’opposer patrimoine africain et modernité occidentale, mais de montrer comment les références passent d’un espace culturel à l’autre et changent de sens.
Cette reconnaissance dépasse désormais le cadre des galeries : selon Le Monde, un dessin de Raymond Tsham est entré durant l’été 2026 dans la collection permanente du musée du quai Branly-Jacques Chirac à Paris.
Réinventer plutôt que conserver
Le titre de l’exposition résume son parti pris. « Héritages vivants » ne désigne pas un patrimoine immobile qu’il faudrait préserver intact. Chez Sadimba comme chez Tsham, les formes héritées continuent d’exister précisément parce qu’elles sont transformées. La première déplace une technique traditionnelle de poterie vers une sculpture très personnelle ; le second fait passer les références statuaires et spirituelles d’Afrique centrale dans le champ du dessin contemporain.
Le dialogue fonctionne aussi par contraste. Sadimba modèle des volumes que l’on contourne du regard ; Tsham construit la profondeur sur une feuille plane. Elle part de la terre et du geste transmis ; lui d’un outil industriel ordinaire devenu instrument de précision. Pourtant, leurs œuvres aboutissent à une même constatation : la tradition n’est pas nécessairement ce qui précède la création contemporaine. Elle peut en être l’un des matériaux.
Informations pratiques
Exposition : Héritages vivants. Réinventer les formes
Artistes : Reinata Sadimba et Raymond Tsham
Dates : du 6 septembre au 1er novembre 2026
Lieu : Galerie Christophe Person, 63 rue Émile Claus, 1000 Bruxelles
Horaires annoncés : du mardi au samedi, de 14 h à 18 h, et sur rendez-vous.
« Echo » réunit 19 artistes autour de la nature à Tunis (25 septembre-25 octobre)
À Tunis, l’exposition « Echo — Ce que la nature fait résonner » réunit, du 25 septembre au 25 octobre, 19 artistes à la Maison des Arts du Belvédère. Sous le commissariat de Chiraz Mosbah, elle explore les liens entre nature, paysages, mémoire et expérience humaine dans la création tunisienne contemporaine.
La nature n’est ici ni un simple décor ni un thème imposé. « Echo » entend observer ce qu’elle produit dans les pratiques artistiques, la manière dont un paysage, une matière, un souvenir ou la transformation d’un territoire peuvent devenir le point de départ d’une œuvre. L’exposition, qui ouvre la saison 2026-2027 de la Maison des Arts du Belvédère, rassemble des artistes de générations et de parcours différents autour de cette relation entre l’être humain et son environnement.
La commissaire Chiraz Mosbah a réuni Baker Ben Fredj, Chahrazed Fekih, Dora Hichri, Farah Khelil, Faten Rouissi, Feriel Mesbah, Halim Karabibene, Hela Lamine, Imen Mansouri, Malek Saadallah, Mehdi Kriaa, Nadia Kaabi-Linke, Nomen Gmach, Omar Bey, Saber Bahri, Saber Sahraoui, Salwa El Aydi, Sara Kanzari et Sybel. Le choix d’un ensemble aussi large permet de confronter des médiums et des démarches qui ne partent pas nécessairement d’une même définition de la nature.
La nature comme terrain de recherche
Chez plusieurs des artistes réunis, cette réflexion s’inscrit déjà dans un travail de longue durée. Farah Khelil a ainsi développé Effet de serre, projet amorcé en 2012 autour de la serre municipale du parc du Belvédère. À partir des palmiers et eucalyptus de Tunis, l’artiste y associait recherche écologique, architecture et réflexion sur l’institution culturelle, jusqu’à faire de la rénovation même de la serre une composante du projet artistique.
Hela Lamine travaille elle aussi de manière croissante sur le vivant, les végétaux et les savoirs liés au territoire. Dans Les jardins de mon père, présenté en 2025, elle faisait se rencontrer le souvenir de son père biologiste et sa propre pratique artistique. Ses projets récents passent par la céramique, le dessin, la marche, l’enquête de terrain ou la participation du public. En 2026, elle est également associée à La Mémoire de la Forêt, consacré aux forêts du nord-ouest tunisien et à leurs transformations, abordées à travers des regards scientifiques, culturels et sociaux.
Chez Nadia Kaabi-Linke, la relation au territoire prend une dimension différente. Sa pratique s’intéresse depuis longtemps aux traces laissées par l’histoire, aux migrations, aux frontières et aux transformations invisibles des lieux. Lors d’une résidence menée dans l’ouest de la France, elle avait notamment travaillé sur les mutations du paysage forestier et sur les effets de l’exploitation humaine des sols.
Ces démarches permettent de comprendre l’angle choisi par « Echo ». L’écologie n’y est pas réduite à la représentation d’une nature menacée. Elle rencontre la mémoire familiale, l’histoire des villes, l’usage des ressources, la disparition de certains savoirs ou encore la façon dont les êtres humains modifient les espaces qu’ils habitent.
Quand le paysage entre dans l’art contemporain tunisien
L’exposition intervient dans un contexte où les questions environnementales deviennent plus visibles dans les pratiques artistiques tunisiennes, mais sous des formes souvent éloignées du discours militant direct. Elles passent par l’observation, la collecte, les matériaux, les archives, le déplacement ou la réactivation de savoir-faire.
Cette approche explique également le choix du titre. L’« écho » désigne moins un message uniforme sur l’environnement que les réponses différentes produites par une même interrogation. Que reste-t-il d’un paysage dans la mémoire ? Comment un territoire transformé modifie-t-il la manière de le représenter ? Et comment la création peut-elle rendre perceptibles des changements parfois lents, ordinaires ou difficiles à saisir ?
La Maison des Arts du Belvédère constitue à cet égard un cadre particulièrement cohérent. Située au cœur du parc du Belvédère, grand espace vert de Tunis, elle accueille une exposition qui replace la relation au vivant au centre de la création artistique sans chercher à lui imposer une seule lecture.
Soutenue par le ministère tunisien des Affaires culturelles et le Goethe-Institut de Tunis, « Echo » propose ainsi moins une exposition « sur l’écologie » qu’un état des regards portés aujourd’hui sur la nature, le territoire et leur place dans les expériences individuelles et collectives.
Informations pratiques
Exposition : Echo — Ce que la nature fait résonner
Commissariat : Chiraz Mosbah
Dates : du 25 septembre au 25 octobre 2026
Vernissage : 25 septembre à 18 h
Lieu : Maison des Arts du Belvédère, Tunis
Entrée : libre et gratuite
Artistes : 19 artistes, parmi lesquels Farah Khelil, Hela Lamine, Nadia Kaabi-Linke, Omar Bey et Faten Rouissi. (Goethe-Institut)
Food Temple place le Maroc au centre de la rentrée parisienne (18-20 septembre)
Du 18 au 20 septembre, le Carreau du Temple consacre la dixième édition de Food Temple au Maroc. Gastronomie, ateliers, marché, photographie, concerts et DJ sets composent un programme qui fait de la cuisine un point d’entrée vers un Maroc contemporain, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.
Après avoir consacré de précédentes éditions à la Colombie, à l’Australie ou au Brésil, Food Temple choisit cette année le Maroc. Le festival, créé par le Carreau du Temple, investit pendant trois jours sa grande halle parisienne avec une programmation qui dépasse volontairement le cadre gastronomique. Restaurants éphémères, salon de thé, ateliers, masterclass, marché, photographie et musique sont réunis autour d’une même proposition : aborder la culture marocaine à partir de la table, mais sans la réduire à ses recettes les plus connues.
Pour cette dixième édition, la marraine et le parrain sont Fatéma Hal et Abdel Alaoui. La première consacre depuis plus de trente ans son travail à la transmission de la cuisine et de la mémoire culinaire marocaines. Le second défend une approche plus contemporaine des grands classiques du pays. Leur présence résume une partie de l’ambition du festival : faire dialoguer conservation des savoir-faire et liberté de réinterprétation.
Les masterclass illustrent directement cette diversité. Fatéma Hal ouvrira le programme avec une séance consacrée au ras el-hanout et à la route des épices, tandis qu’Abdel Alaoui proposera notamment son œuf beldi accompagné de harissa, citron confit et coriandre. Autour d’eux, chefs, artisans et cuisinières transmettront les gestes associés au tajine, à la pastilla, au couscous, aux pâtisseries ou au citron beldi. Les ateliers permettent au public de cuisiner, tandis que les masterclass privilégient la démonstration et l’échange.
La cuisine comme patrimoine vivant
Food Temple ne présente donc pas la gastronomie marocaine comme un répertoire immuable. Les classiques occupent une place importante, mais ils côtoient des créations nouvelles et des interprétations personnelles. Le festival insiste également sur la pluralité historique de cette cuisine, nourrie notamment d’influences amazighes, arabo-andalouses, juives et méditerranéennes.
Cette dimension passe aussi par le marché installé dans la halle. Épices, huiles d’argan, produits du terroir, pâtisseries, artisanat, objets de décoration et livres y prolongent l’expérience culinaire. Le « Souk du Temple » associe ainsi producteurs, artisans, illustrateurs et libraires, rappelant que la cuisine est indissociable des produits, des gestes, des objets et des récits qui accompagnent leur transmission.
La programmation cherche parallèlement à montrer une autre image du Maroc que celle d’un patrimoine figé. La soirée d’ouverture, le 18 septembre, a été conçue comme une rencontre entre cuisine et scène électro. Elle réunira notamment Retro Cassetta, SAMIFATI & Transe Gnawa Express, Francis Latombe et Hervé Carvalho d’Acid Arab. Le week-end accueillera également la chanteuse OUM, dont le travail mêle jazz, soul et héritages musicaux marocains, ainsi que Gaouta, associée à une esthétique new wave et post-punk.
Un Maroc au-delà de l’assiette
La photographie participe à cet élargissement du regard. Plusieurs propositions seront présentées pendant les trois jours, notamment les images colorées de la photographe marocaine Salma Jourani, la série Les Oiseaux de Yasmine Hatimi, des archives de la Maison de la Photographie de Marrakech consacrées à la cérémonie du thé et un travail de Denis Dailleux sur la récolte des fleurs dans la région d’El Kelaa des M’Gouna.
Food Temple s’inscrit ainsi dans une rentrée française où la culture marocaine bénéficie d’une visibilité particulière. Le portail officiel du Royaume a lui-même placé le festival parmi les premiers grands rendez-vous de cette séquence, aux côtés d’expositions, de manifestations consacrées à l’artisanat et d’événements musicaux prévus dans les mois suivants.
L’événement appartient en outre à la Saison Méditerranée 2026, déployée en France du 15 mai au 31 octobre. Portée par les ministères français de l’Europe et des Affaires étrangères et de la Culture et mise en œuvre par l’Institut français, cette saison rassemble plus de 200 événements et accorde une place importante aux échanges avec le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte et le Liban.
À travers Food Temple, cette ambition prend une forme très concrète : le repas devient un espace de transmission, mais aussi un moyen d’entrer dans la musique, la photographie, l’artisanat et les transformations d’une société. Le Maroc présenté à Paris n’est donc pas seulement celui des recettes héritées. C’est aussi celui des artistes et des chefs qui continuent à les déplacer, les reprendre et les réinventer.
Informations pratiques
Événement : Food Temple Maroc
Dates : du 18 au 20 septembre 2026
Lieu : Carreau du Temple, 2 rue Perrée, Paris 3e
Horaires : vendredi de 18 h à 23 h ; samedi de 11 h à 20 h ; dimanche de 11 h à 17 h 30
Marraine et parrain : Fatéma Hal et Abdel Alaoui
Tarifs : entrée libre le samedi et le dimanche ; soirée d’ouverture à 10 euros ; certains ateliers sont payants.
Sources : Le Carreau du Temple ; Saison Méditerranée 2026 ; Institut français ; Maroc.ma.
Tanjazz transforme Tanger en carrefour musical international (18-20 septembre)
Du 18 au 20 septembre, Tanjazz revient à Tanger pour une 23e édition mêlant jazz, flamenco, soul, funk, swing, afrobeat et musiques cubaines. Dee Dee Bridgewater, Rodrigo y Gabriela, Diego El Cigala et Buena Vista All Stars incarnent une programmation conçue à l’image d’une ville ouverte aux circulations musicales.
À Tanger, le jazz a depuis longtemps dépassé les frontières d’un genre musical. Tanjazz en a fait son principe depuis sa création en 2000 : accueillir des artistes venus d’horizons différents et utiliser la ville elle-même comme espace de rencontre. Après une pause en 2025, le festival retrouve cette année le Palais des Institutions Italiennes et les rues de Tanger avec une programmation qui assume plus que jamais le pluriel de son appellation officielle, « le festival des jazz de Tanger ».
La soirée du 18 septembre en donne immédiatement la mesure. Sur la Scène Jardin, l’Américaine Dee Dee Bridgewater, l’une des grandes voix du jazz contemporain, précédera Rodrigo y Gabriela. Le duo mexicain a construit un langage fondé sur la guitare acoustique, nourri de flamenco, de rock et de rythmiques percussives, jusqu’à remporter en 2020 le Grammy Award du meilleur album instrumental contemporain pour Mettavolution.
La Scène Patio proposera le même soir une autre circulation entre les genres avec The Groovy Four, la chanteuse américaine Gisele Jackson accompagnée de The Brooklyn Souls et les Britanniques The Haggis Horns. Soul, funk, blues et cuivres y prolongeront une soirée qui se terminera par une jam session, dans l’esprit des clubs où la scène continue une fois le programme officiel achevé.
Du flamenco à La Havane
Le samedi 19 septembre déplacera le centre de gravité vers l’Espagne et Cuba. Diego El Cigala reviendra sur Lágrimas Negras, l’album enregistré avec le pianiste cubain Bebo Valdés qui avait consacré, au début des années 2000, sa rencontre entre chant flamenco et boléro latino-américain. À Tanger, le cantaor présente sa tournée « 20 años de Lágrimas », conçue autour de ce répertoire devenu central dans sa carrière internationale.
La même scène accueillera ensuite Buena Vista All Stars, formation emmenée notamment par Barbarito Torres et Demetrio Muñiz. Le projet prolonge l’héritage musical associé au Buena Vista Social Club et au son cubain tout en le ramenant sur scène avec une nouvelle formation. Le rapprochement avec Diego El Cigala n’est pas fortuit : le festival fait ainsi dialoguer, au cours d’une même soirée, plusieurs décennies de rencontres entre musiques espagnoles, caribéennes et latino-américaines.
Sur la Scène Patio, la soirée suivra d’autres chemins avec le swing français des Swing Shouters, le boogie-woogie de la pianiste suisse Ladyva et l’afrobeat des Frères Smith. Une masterclass des Haggis Horns consacrée au groove, aux cuivres et à la composition précédera les concerts. Tanjazz affirme ainsi une conception large du jazz, envisagé moins comme un répertoire fermé que comme une musique capable d’absorber et de provoquer d’autres rencontres.
Quand le festival quitte les scènes
Cette ouverture prend une dimension particulière avec « Tanjazz en ville ». En parallèle des concerts du Palais des Institutions Italiennes, plusieurs rendez-vous gratuits sont organisés dans Tanger afin de faire sortir la musique des enceintes du festival. Places, hôtels et parcours urbains deviennent à leur tour des scènes.
Le 18 septembre, la fanfare belgo-marocaine Remork & Karkaba ouvrira cette programmation en associant cuivres et percussions gnaoua. La formation résume à elle seule l’un des fils conducteurs de Tanjazz : la rencontre ne consiste pas simplement à juxtaposer des traditions, mais à les faire jouer ensemble. Le lendemain, The Groovy Four, le trompettiste américain Ronald Baker et The Haggis Horns investiront différents lieux de la ville. Ladyva et The Swing Shouters prendront le relais le dimanche 20 septembre.
Cours de swing et jam sessions complètent ce dispositif. Le public n’est donc pas cantonné au rôle de spectateur d’une série de grands concerts : le festival organise une circulation permanente entre musiciens, lieux et publics. Cette présence dans l’espace urbain participe largement de son identité. En 2024, l’édition précédente avait attiré 59 000 festivaliers autour de 19 concerts répartis dans cinq lieux.
Le choix de Tanger donne à cette programmation une cohérence particulière. Le festival revendique explicitement l’identité cosmopolite de la ville, historiquement située à la rencontre de l’Europe, de l’Afrique et de la Méditerranée. Sans chercher à transformer cette histoire en décor, Tanjazz l’utilise comme principe de programmation : les répertoires circulent, les artistes se croisent et le patrimoine musical marocain, notamment gnaoua, prend place dans un ensemble international.
C’est sans doute là que Tanjazz dépasse le cadre d’un grand rendez-vous de septembre. À travers ses scènes internationales et ses concerts dans la ville, le festival contribue à projeter Tanger comme une capitale musicale de passage et de rencontre, où l’ouverture au monde ne signifie pas l’effacement des formes locales, mais leur mise en dialogue.
Informations pratiques
Festival : Tanjazz, 23e édition
Dates : du 18 au 20 septembre 2026
Lieu principal : Palais des Institutions Italiennes, Tanger
Tanjazz en ville : concerts et déambulations dans différents lieux de Tanger
Principales têtes d’affiche : Dee Dee Bridgewater, Rodrigo y Gabriela, Diego El Cigala, Buena Vista All Stars
Accès : concerts du programme « Tanjazz en ville » gratuits ; billetterie pour les soirées du Palais disponible sur le site officiel.
Kinshasa célèbre le jazz sous le thème « Jazz & Liberté » (18-19 septembre)
Les 18 et 19 septembre, le Kinshasa Jazz Festival tient sa neuvième édition au Centre culturel congolais Le Zoo. Placé sous le thème « Jazz & Liberté », le rendez-vous associe concerts, improvisations, master classes et rencontres professionnelles, avec une attention particulière portée à la scène congolaise.
Créé en 2017, le Kinshasa Jazz Festival poursuit un projet qui dépasse la simple succession de concerts. Depuis ses débuts, il cherche à installer durablement le jazz dans le paysage culturel de la capitale congolaise, à faire connaître ses différentes expressions et à provoquer des rencontres entre musiciens locaux et artistes venus d’autres scènes. Cette neuvième édition, organisée sous le patronage du ministère de la Culture, Arts et Patrimoine, reprend cette orientation autour d’un thème volontairement large : « Jazz & Liberté ».
La programmation annoncée réunit notamment Tshepe Kin Salsa, projet lié au Royaume-Uni et à la RDC, Tyson Meya, Bayakanda, Wise Men Report et le Kinshasa Jazz Band. Le choix met en avant plusieurs composantes de la scène congolaise, appelées à dialoguer avec des pratiques et des influences venues d’ailleurs. L’Agence congolaise de presse souligne cette volonté d’accorder une place particulière aux artistes du pays tout en maintenant la dimension internationale du festival.
Le thème choisi trouve naturellement un prolongement dans l’improvisation, principe central du jazz. Liberté ne signifie pas ici absence de cadre : elle se construit dans l’écoute, la réponse entre musiciens et la capacité de chacun à développer sa propre écriture à l’intérieur d’un ensemble. Concerts et jam sessions doivent précisément permettre à ces langages de se rencontrer plutôt que de simplement se succéder.
La scène congolaise au centre du festival
Cette attention portée aux musiciens locaux est l’un des enjeux les plus intéressants de l’édition 2026. Kinshasa possède une histoire musicale internationale largement associée à la rumba congolaise et à ses grandes figures. Le Kinshasa Jazz Festival travaille sur un autre versant du paysage musical de la ville : celui de musiciens qui empruntent au jazz ses techniques d’improvisation et ses formes tout en les confrontant à des rythmes, des instruments et des traditions congolaises.
Le festival ne cherche donc pas uniquement à importer un répertoire né hors du continent. Il rappelle aussi les origines afro-américaines du jazz et privilégie les circulations entre différentes traditions musicales. Cette approche était déjà présente dans les éditions précédentes. En 2023, le festival avait choisi « Jazz et démocratie » comme fil conducteur ; en 2024, sa huitième édition s’était déroulée sous le thème « Jazz for Peace », avec une programmation tournée vers la paix dans l’est de la RDC.
« Jazz & Liberté » prolonge cette habitude d’associer la musique à une réflexion plus large sans transformer le festival en tribune exclusivement consacrée au débat. L’édition 2026 met d’abord l’accent sur la liberté artistique, la création et le dialogue entre cultures, selon le communiqué relayé par l’ACP.
Former, improviser et créer des réseaux
La particularité du Kinshasa Jazz Festival réside aussi dans ce qui se déroule autour des concerts. Master classes, rencontres professionnelles, jam sessions et séquences d’improvisation complètent les deux soirées au Centre culturel Le Zoo. Ces rendez-vous sont conçus pour favoriser la transmission entre générations de musiciens et multiplier les contacts entre artistes et professionnels.
Cette dimension compte dans un secteur où la création dépend aussi de réseaux de production, de diffusion et de programmation. L’ACP inscrit d’ailleurs explicitement le festival dans le développement des industries culturelles et créatives de la RDC. La rencontre entre interprètes, producteurs, organisateurs et publics devient ainsi une partie du projet, au même titre que les performances scéniques.
Le choix du Centre culturel congolais Le Zoo accompagne cette évolution. Le lieu accueille cette année les deux soirées du festival, qui quitte donc le dispositif de la « Rue du Jazz » utilisé lors de certaines éditions précédentes. Le format est plus concentré, mais conserve les espaces de rencontre et d’improvisation qui constituent depuis plusieurs années l’une des caractéristiques du rendez-vous.
À sa neuvième édition, le Kinshasa Jazz Festival affirme ainsi une double fonction : offrir une scène à des musiciens congolais et internationaux, mais aussi renforcer les échanges nécessaires à la structuration d’un milieu musical. À Kinshasa, le jazz devient autant un concert qu’un espace de travail, de transmission et de circulation des idées musicales.
Informations pratiques
Festival : Kinshasa Jazz Festival, 9e édition
Thème : « Jazz & Liberté »
Dates : 18 et 19 septembre 2026
Lieu : Centre culturel congolais Le Zoo, Kinshasa
Artistes annoncés : Tshepe Kin Salsa, Tyson Meya, Bayakanda, Wise Men Report, Kinshasa Jazz Band
Programme : concerts, master classes, jam sessions, improvisations et rencontres professionnelles
Tarif annoncé : 10 dollars par soirée.
Richard Bona et Mamani Keïta à l’affiche du Trianon (25 septembre)
Le 25 septembre, le SaazBuzz Jazz Festival clôt sa deuxième édition au Trianon avec Richard Bona, Mamani Keïta, Arat Kilo, Mike Ladd et les Shanbehzadeh. Une soirée où jazz contemporain, traditions d’Afrique centrale, héritages mandingues, ethio-jazz, funk et musiques du Golfe Persique se répondent.
Pour sa deuxième édition, le SaazBuzz Jazz Festival construit trois soirées comme un parcours entre plusieurs géographies musicales. Après une « Persian Jazz Night » le 23 septembre puis une soirée consacrée aux musiques du Moyen-Orient le 24 au New Morning, le festival rejoint le Trianon pour sa clôture. Le 25 septembre, l’Afrique occupe une place centrale dans une programmation où les traditions ne sont jamais présentées isolément, mais confrontées au jazz, au groove et à l’improvisation contemporaine.
Richard Bona en sera la tête d’affiche avec son quintet. Bassiste, chanteur, compositeur et multi-instrumentiste camerounais, il s’est imposé depuis les années 1990 sur la scène internationale en travaillant notamment avec Herbie Hancock, Pat Metheny, Chick Corea, Bobby McFerrin, George Benson ou Chucho Valdés. Sa musique conserve une forte présence des rythmes et des langues d’Afrique centrale tout en circulant entre jazz, pop, funk, musiques latines et afropop.
Le concert du Trianon repose précisément sur cette capacité à relier plusieurs traditions sans les fondre dans un langage uniforme. Le Richard Bona Quintet clôturera la soirée avec une musique où virtuosité instrumentale, mélodie et improvisation restent indissociables. Le festival le présente comme la rencontre entre les traditions d’Afrique centrale et l’énergie du jazz contemporain.
De Bamako à Addis-Abeba
Avant Richard Bona, Mamani Keïta retrouvera Arat Kilo et le rappeur-poète américain Mike Ladd. Leur collaboration ne date pas d’hier. En 2018, l’album Visions of Selam avait déjà réuni l’ethio-jazz du collectif parisien, les mélodies maliennes de Mamani Keïta et le hip-hop de Mike Ladd. Le projet cherchait alors à créer un espace commun entre musique éthiopienne, chant mandingue et culture rap américaine.
Cette association s’est poursuivie avec Danama, paru en 2025. Arat Kilo y reste ancré dans l’ethio-jazz des années 1960 et 1970 tout en élargissant son vocabulaire au funk, au rap, aux brass bands et à des rythmiques électroniques plus contemporaines. La voix de Mamani Keïta y conserve sa force mélodique tandis que Mike Ladd apporte un spoken word plus politique et urbain.
Née à Bamako, Mamani Keïta a commencé sa carrière comme choriste de Salif Keita avant de développer un parcours personnel où musique malienne, électro et expérimentations occidentales occupent une place croissante. Electro Bamako, au début des années 2000, avait déjà marqué cette volonté de sortir les traditions mandingues de leur cadre attendu. Sa présence avec Arat Kilo au Trianon prolonge donc un travail engagé depuis plus de vingt ans sur la circulation des formes musicales.
Le rapprochement est d’autant plus intéressant que l’ethio-jazz d’Arat Kilo vient d’une autre histoire africaine. Le groupe s’inspire notamment de la scène d’Addis-Abeba des années 1960 et 1970, lorsque jazz, soul et funk se mêlaient aux modes et aux mélodies éthiopiennes. À Paris, cette tradition rencontre ainsi la voix malienne de Mamani Keïta et le spoken word américain de Mike Ladd : non pas une juxtaposition, mais une véritable écriture commune.
Une soirée construite sur les circulations
L’ouverture confiée à Saeid et Naghib Shanbehzadeh élargit encore la géographie de la soirée. Originaires de Bushehr, dans le sud de l’Iran, ils font entendre les traditions du Golfe Persique à travers le ney-anbân, cornemuse locale, et les percussions. Leur présence rappelle que les musiques de cette région portent elles aussi la trace de circulations anciennes entre le Golfe, l’Afrique orientale et l’océan Indien. Le Trianon les présente comme les dépositaires d’un patrimoine transmis de génération en génération.
C’est cette logique de circulation qui donne sa cohérence à la soirée. Le SaazBuzz Jazz Festival ne réunit pas simplement plusieurs « musiques du monde » sous une même affiche. Il cherche plutôt à montrer comment le jazz peut servir de langue commune entre des traditions venues d’Afrique centrale, d’Afrique de l’Ouest, d’Éthiopie, du Golfe Persique et des États-Unis.
Richard Bona et Mamani Keïta n’y partageront donc pas un même concert au sens strict : chacun intervient dans un projet distinct. Mais leur présence sur une même soirée résume bien l’ambition de cette clôture. Tous deux ont construit leur carrière en refusant l’opposition entre héritage et modernité, et en faisant des circulations internationales une matière de création.
Informations pratiques
Festival : SaazBuzz Jazz Festival, 2e édition
Date : 25 septembre 2026
Horaire : ouverture des portes à 19 h, concerts à partir de 20 h
Lieu : Le Trianon, 80 boulevard de Rochechouart, Paris 18e
Programme : Saeid & Naghib Shanbehzadeh ; Arat Kilo avec Mamani Keïta et Mike Ladd ; Richard Bona Quintet
Placement : libre assis.
