Notre semaine culturelle: Sam’Africa, Africa Legacy, Urban Flow Festival, Blick Bassy, Parcours des Mondes…

05/09/2026 – Patricia Bechard

Notre sélection culturelle de la semaine nous conduit de Bruxelles à Abidjan, de Paris à Kinshasa, en passant par Samatan et Antananarivo. Expositions, concerts, littérature, arts urbains, danse et création contemporaine composent un agenda particulièrement riche. Des grandes institutions aux rendez-vous de terrain, les propositions retenues racontent des scènes africaines multiples, attentives autant aux héritages qu’aux formes nouvelles, aux circulations artistiques et aux voix qui renouvellent les récits.

Sam’Africa à Samatan le 4 septembre

Du 4 au 6 septembre, Sam’Africa revient à Samatan pour sa 27e édition. Concerts gratuits, artisanat, cinéma, stages et rencontres composent un rendez-vous qui associe depuis plus de vingt-cinq ans programmation culturelle et engagement associatif.

À Samatan, dans le Gers, le premier week-end de septembre est depuis longtemps lié à Sam’Africa. Le rendez-vous revient du 4 au 6 septembre pour une 27e édition entièrement gratuite, répartie entre deux scènes, plusieurs espaces associatifs, un marché, des ateliers et des lieux de projection. L’ouverture est fixée vendredi à 17 heures, avant une première soirée de concerts.

Le programme musical débute avec Afrogroove à 20 h 30. Le groupe associe kora et n’goni à une instrumentation électrique portée par basse, guitare et batterie. À 22 heures, Bakh Yaye prendra le relais avec un projet où le sabar et les percussions Baye Fall occupent une place centrale, aux côtés du balafon, du chant et de la danse. Yeko clôturera la scène principale à minuit, avec un répertoire construit entre Bamako et la Bretagne, mêlant instruments maliens, reggae, hip-hop, pop et afro-rock.

La seconde scène élargira encore cette première soirée avec Dja Bal Afro à 21 heures, puis Max Galina et Soluma à 22 h 30. Une batucada de Drum Arrangé accompagnera également le public dans les rues. Plus d’une dizaine de concerts sont annoncés sur l’ensemble des trois jours.

Le samedi 5 septembre, la programmation prendra une autre ampleur avec Manu Sissoko à 22 heures. Formée depuis plusieurs décennies aux danses et musiques du Mali, l’artiste a notamment travaillé auprès des Khassonkés dans la région de Kayes avant de rejoindre la troupe du District de Bamako. Elle défend aujourd’hui son propre travail de chanteuse et de danseuse, notamment à travers l’album MéTisse, sorti en 2024. Vesko lui succédera à minuit avec une proposition où machines, percussions et instruments comme la kora, le balafon ou le kamale n’goni sont joués ensemble sur scène.

Un rendez-vous culturel qui mise aussi sur le tissu associatif

Réduire Sam’Africa à sa programmation musicale laisserait de côté une bonne partie de son identité. L’événement est organisé par l’association Adama 32 et reste lié à un réseau de structures associatives dont les projets sont présentés au public pendant le week-end. Les recettes générées sur place contribuent notamment à soutenir certaines de leurs actions.

Le centre de Samatan accueille ainsi un village des associations, un espace consacré aux créations, une place des artisans et un nouvel « Espace Découverte ». Le marché africain complète cet ensemble, tandis que plusieurs ateliers sont proposés dans la salle des fêtes. L’idée est moins de juxtaposer des stands que de faire cohabiter pratiques artistiques, initiatives solidaires et échanges avec les visiteurs.

Le samedi donne une bonne mesure de cette diversité. Dès le matin, les plus jeunes pourront participer à un éveil musical animé par Léna Vassiliu. Des stages de chant, de basse et des initiations à la capoeira sont également prévus. À 16 h 30, la compagnie Paroles et Calebasses proposera un conte, avant une projection documentaire suivie d’un débat autour du projet Elles inspirent à 17 heures.

Les stages occupent une place importante dans cette volonté de transmission. Chant traditionnel mandingue, danse, percussions, slam, basse ou capoeira figurent parmi les disciplines proposées au cours du week-end. Certains ateliers sont gratuits ou à prix libre, d’autres nécessitent une inscription préalable.

Le dimanche sera plus familial, avec notamment Percusound à 14 h 30 puis Femina Vox à 15 h 30. Ce dernier projet, porté par des musiciennes, travaille autour de la roda de samba et de traditions afro-brésiliennes, entre rythmes du Nordeste et compositions originales.

La gratuité reste l’un des principes défendus par les organisateurs depuis les débuts du rendez-vous. Elle permet à Sam’Africa de conserver un format largement ouvert, où l’on peut venir pour un concert, une projection, un atelier ou simplement découvrir les associations présentes. Après vingt-sept éditions, c’est probablement cette combinaison qui explique sa longévité : une programmation musicale soutenue, mais aussi un espace où la culture reste liée à la rencontre, à la pratique et à l’engagement collectif.

Informations pratiques

Sam’Africa – 27e édition
Dates : du vendredi 4 au dimanche 6 septembre 2026
Lieu : centre-ville de Samatan, Gers, France
Ouverture : vendredi 4 septembre à 17 h ; samedi et dimanche à partir de 10 h
Concerts du 4 septembre : Afrogroove à 20 h 30, Bakh Yaye à 22 h, Yeko à minuit ; Dja Bal Afro à 21 h et Max Galina et Soluma à 22 h 30 sur la seconde scène
Temps fort du 5 septembre : Manu Sissoko à 22 h, Vesko à minuit
Au programme : concerts, cinéma, contes, artisanat, marché, rencontres associatives, ateliers, capoeira, chant, danse et percussions
Accès au festival et aux concerts : gratuit
Certains stages : sur réservation et parfois payants
Organisation : Adama 32

 « Africa Legacy » à Bruxelles le 4 septembre

À partir du 4 septembre, l’Espace Vanderborght accueille « Africa Legacy – Berceau de l’art ». Plus de 250 œuvres classiques et contemporaines y composent un vaste parcours consacré à la place des créations africaines dans l’histoire mondiale de l’art.

Bruxelles ouvre sa rentrée culturelle avec une exposition de grande ampleur. Du 4 septembre au 1er novembre, Africa Legacy – Berceau de l’art rassemble plus de 250 œuvres à l’Espace Vanderborght, à quelques minutes de la Grand-Place. Sculptures, masques, objets rituels, peintures, photographies et installations contemporaines occupent les différents niveaux du bâtiment.

Le projet est conçu et organisé par Didier Claes, marchand et spécialiste des arts classiques africains, avec la Ville de Bruxelles et le soutien du Centre Culturel Congolais. Les pièces présentées proviennent de collections privées et institutionnelles, européennes comme africaines. L’ambition affichée est large : replacer les arts du continent dans une histoire de l’art qui les a longtemps classés à part, souvent sous les catégories d’« art tribal », d’ethnographie ou d’art dit premier.

L’exposition choisit au contraire de les considérer pour leurs formes, leur inventivité et leur influence. Le parcours met ainsi en regard des créations anciennes et des œuvres contemporaines afin de montrer que l’histoire artistique africaine ne s’arrête pas au moment où ses objets entrent dans les collections européennes.

Cette approche permet aussi d’éviter une séparation trop commode entre patrimoine et art vivant. Les objets anciens ont leurs histoires, leurs fonctions et leurs contextes propres ; les artistes d’aujourd’hui travaillent dans d’autres conditions et avec d’autres préoccupations. Les réunir ne signifie pas les rendre interchangeables, mais montrer les échos, les ruptures et les déplacements qui traversent plusieurs générations de création.

Parmi les artistes contemporains associés au projet figurent notamment Malik Sidibé, Chéri Samba, Aboudia, Joana Choumali, Romuald Hazoumè ou encore Omar Victor Diop. Photographie, peinture et pratiques conceptuelles prolongent ainsi le parcours bien au-delà de la sculpture classique.

Sortir les arts africains d’une histoire périphérique

Le titre, Berceau de l’art, donne clairement le ton. Didier Claes défend depuis plusieurs années l’idée que les créations africaines doivent être regardées comme une composante à part entière de l’histoire artistique mondiale, et non comme un chapitre séparé auquel on aurait recours pour expliquer, par exemple, l’intérêt des avant-gardes européennes pour les formes africaines au début du XXe siècle.

La question n’est pas nouvelle. Elle reste pourtant décisive, notamment dans les musées européens où les œuvres issues du continent africain portent avec elles l’histoire des collectes, du commerce, de la colonisation et des déplacements d’objets. Leur présentation soulève aujourd’hui des interrogations sur les provenances, les restitutions mais aussi sur le vocabulaire employé pour les décrire.

A​frica Legacy prend un autre point d’entrée : la force plastique des œuvres et la manière dont certaines formes ont traversé les époques. Le parcours entend montrer que l’influence artistique du continent ne peut pas être résumée au seul regard que l’Europe a porté sur lui.

Le choix de Bruxelles ajoute une dimension particulière. La Belgique conserve une relation historique complexe avec l’Afrique centrale et surtout avec la République démocratique du Congo. Le soutien du Centre Culturel Congolais inscrit donc nécessairement l’exposition dans un contexte qui dépasse la simple présentation d’objets. Sans transformer le projet en exposition historique sur la colonisation, ce cadre rappelle que la manière d’exposer les arts africains en Belgique n’est jamais complètement neutre.

La programmation parallèle prolongera d’ailleurs ces questions jusqu’à l’automne. Plusieurs conférences sont annoncées en octobre, autour du cinéma et de l’afrofuturisme, de la place des industries créatives africaines ou encore du marché de l’art.

Pour le visiteur, l’intérêt immédiat reste cependant la densité du parcours. Réunir plus de 250 œuvres permet de passer d’une époque à l’autre et de confronter des médiums rarement présentés ensemble à cette échelle. L’exposition revendique ainsi moins une chronologie exhaustive qu’un changement de perspective : regarder les créations africaines non depuis les marges de l’histoire de l’art, mais depuis l’intérieur de celle-ci.

Informations pratiques

Africa Legacy – Berceau de l’art
Dates : du vendredi 4 septembre au dimanche 1er novembre 2026
Lieu : Espace Vanderborght, 50 rue de l’Écuyer, 1000 Bruxelles, Belgique
Horaires : du mercredi au dimanche, de 11 h à 18 h ; nocturne le vendredi jusqu’à 21 h
Tarif plein : 12 €
Étudiants : 6 €
Enfants de 0 à 12 ans : gratuit
Tarif groupe : 8 € à partir de 8 personnes
Accès : métro et tram De Brouckère
Commissariat : Didier Claes
Billetterie et informations : Centre Culturel Congolais / Africa Legacy.

Urban Flow à Antananarivo le 4 septembre

Du 4 au 6 septembre, Urban Flow Festival investit le parvis de l’Hôtel de Ville d’Antananarivo. Parkour, breakdance, graffiti, rap, skate et BMX composent une programmation qui entend donner davantage de visibilité aux scènes urbaines malgaches.

À partir du 4 septembre, le parvis de l’Hôtel de Ville d’Analakely devient le principal terrain de jeu d’Urban Flow Festival. Pour sa cinquième édition, le rendez-vous réunit sports, arts et pratiques urbaines dans le centre d’Antananarivo, avec plus de cent participants annoncés dans une dizaine de disciplines.

Parkour, skateboard, BMX, roller, basket 3×3, foot freestyle et street workout occupent une partie du programme. À leurs côtés, breakdance, graffiti, cirque contemporain et rap donnent au festival une dimension culturelle qui dépasse le cadre de la compétition sportive.

Ce mélange constitue précisément l’identité d’Urban Flow. Organisé par l’association Traceur Gasy, fondée autour de la pratique du parkour, l’événement refuse de séparer des disciplines qui partagent souvent les mêmes espaces, les mêmes publics et une même relation à la ville. Un mur devient support de création, une place publique terrain d’entraînement, une rampe espace de performance.

Le choix d’Analakely n’est donc pas anodin. Installer compétitions et démonstrations devant l’Hôtel de Ville permet de placer ces pratiques dans un espace central et très fréquenté de la capitale, plutôt que de les maintenir dans des lieux spécialisés. Les organisateurs espèrent accueillir plus de 2 000 visiteurs au cours de l’édition.

Le championnat national de parkour figure parmi les principaux temps forts. Cette discipline occupe une place particulière dans l’histoire d’Urban Flow puisque son fondateur, Faliniaina Antonio, est lui-même issu de cette scène. Président de Traceur Gasy, il travaille depuis plusieurs années à la structuration du parkour et des sports urbains à Madagascar, notamment à travers la formation, les échanges internationaux et la recherche de nouveaux espaces de pratique.

De la performance à la professionnalisation

Derrière les compétitions, Urban Flow défend aussi une autre idée : celle de pouvoir transformer une pratique artistique ou sportive en activité professionnelle. L’édition 2026 s’est ouverte dès le 3 septembre par un Forum de l’entrepreneuriat sportif et créatif au Skate Park d’Antanimena. Autour du thème « Du talent au projet », entrepreneurs, responsables sportifs et acteurs de la formation ont abordé financement, développement de projets, partenariats et économie créative.

Cette dimension éclaire le reste du festival. À Madagascar, comme ailleurs, la reconnaissance d’une discipline ne dépend pas seulement du nombre de pratiquants ou de son succès auprès du public. Elle suppose également des lieux adaptés, des possibilités de formation, des compétitions régulières et des débouchés permettant aux artistes et aux sportifs de poursuivre leur activité dans la durée.

Urban Flow tente de rapprocher ces différentes questions sans transformer le festival en salon professionnel. Les journées du 4 au 6 septembre restent d’abord tournées vers le public, avec qualifications, finales et performances en direct.

Le samedi 5 septembre, l’Urban Night prolongera la programmation au Tiers Lieu Mahatazana à partir de 18 heures. L’humoriste Sombiniaina Fotsiny est notamment annoncé, aux côtés de propositions artistiques et musicales. La journée accueillera également les qualifications des différentes compétitions avant les finales prévues dimanche.

Le basket 3×3 fait par ailleurs son entrée dans le festival cette année, en partenariat avec la Ligue régionale de basket-ball d’Analamanga. Des catégories féminines et masculines, seniors comme moins de 17 ans, sont annoncées du 4 au 6 septembre.

L’intérêt d’Urban Flow réside finalement moins dans l’addition de disciplines que dans la place qu’il leur donne ensemble. Le festival montre une scène urbaine malgache où danse, arts visuels, musique et sports se développent côte à côte, avec leurs propres réseaux et leurs besoins de structuration.

En cinq éditions, le rendez-vous cherche ainsi à consolider un espace commun pour des pratiques longtemps dispersées. Pendant trois jours à Analakely, elles se retrouveront au centre de la ville, devant un public qui n’aura pas nécessairement besoin de les connaître pour venir les découvrir.

Informations pratiques

Urban Flow Festival – 5e édition
Dates : du 3 au 6 septembre 2026 ; programmation principale à Analakely du vendredi 4 au dimanche 6 septembre
Lieu principal : parvis de l’Hôtel de Ville d’Analakely, Antananarivo, Madagascar
Au programme : parkour, breakdance, graffiti, rap, cirque contemporain, skate, BMX, roller, basket 3×3, foot freestyle et street workout
Urban Night : samedi 5 septembre à 18 h, Tiers Lieu Mahatazana
Finales et clôture : dimanche 6 septembre
Tarifs : conditions d’accès au public non précisées dans les informations publiées consultées
Organisation : Association Traceur Gasy

Clôture de Jazz à la Villette avec Kokoroko et Venna le 6 septembre

Jazz à la Villette clôt son édition 2026 avec Kokoroko et Venna, dimanche 6 septembre à la Grande Halle. Deux générations de la scène londonienne se retrouvent pour une soirée où jazz, highlife, afrobeat, soul et hip-hop se répondent avec naturel.

La dernière soirée de Jazz à la Villette mise sur Londres. Dimanche 6 septembre, Venna ouvrira le concert à 19 heures avant de céder la scène à Kokoroko à 20 h 25. Deux parcours différents, mais une même manière d’envisager le jazz comme un langage ouvert, capable d’intégrer les musiques qui entourent ceux qui le jouent.

Kokoroko connaît déjà bien le festival parisien. Le groupe emmené notamment par la trompettiste et chanteuse Sheila Maurice-Grey s’y est produit à plusieurs reprises depuis que le morceau Abusey Junction l’a révélé à un public international. Sa musique s’est depuis considérablement élargie. L’afrobeat et le highlife restent des points d’ancrage, mais ils côtoient désormais soul, funk, R&B et une écriture jazz attentive aux arrangements de cuivres.

Cette évolution s’entend particulièrement dans Tuff Times Never Last, deuxième album du groupe, paru en juillet 2025. Ses onze morceaux s’intéressent à la communauté, au désir, à l’enfance, à la perte et à la persévérance. Plutôt que d’accentuer la démonstration instrumentale, Kokoroko y resserre les compositions et laisse davantage de place aux voix. Les rythmes ouest-africains ne sont pas traités comme des citations : ils appartiennent au vocabulaire musical d’un collectif formé à Londres et nourri par plusieurs histoires à la fois.

Sur scène, cette musique prend une autre ampleur. Trompette, trombone, guitare, basse, clavier, batterie et percussions construisent un son collectif dans lequel les cuivres peuvent mener la mélodie avant de laisser le rythme reprendre la main. L’EP Live From Metropolis Studios, publié en mars 2026, a précisément documenté cette dimension du groupe avant son retour à La Villette.

Venna, du saxophone de l’ombre au premier plan

Avant Kokoroko, Venna ouvrira la soirée avec un quartet composé de Malik Venner au saxophone, Dominique Gervais à la batterie, Jacob McGibbon à la guitare et Lesley Essel à la basse. Le musicien londonien arrive avec un premier album, MALIK, sorti en septembre 2025, qui marque une étape importante après plusieurs années passées à travailler avec d’autres artistes.

Son nom est notamment associé à Twice as Tall de Burna Boy, album auquel il a contribué avant que celui-ci ne remporte le Grammy Award du meilleur album de musique globale en 2021. Mais réduire Venna à cette collaboration manquerait l’essentiel. Producteur autant que saxophoniste, il développe une écriture où le jazz côtoie naturellement hip-hop, soul et bossa nova.

MALIK donne la mesure de cette ouverture. Jorja Smith, Leon Thomas, Smino ou encore MIKE figurent parmi les voix invitées sur un disque qui refuse de choisir entre morceau instrumental et chanson. Le saxophone n’y fonctionne pas systématiquement comme instrument soliste : il peut devenir une texture, répondre à une voix ou se glisser dans une production pensée avec les codes du rap contemporain.

La rencontre avec Kokoroko est donc moins un rapprochement artificiel qu’un instantané de la scène britannique actuelle. Tous deux appartiennent à une génération pour laquelle le jazz n’impose plus de choisir entre héritage et musiques populaires contemporaines. Chez Kokoroko, cette liberté passe par un rapport revendiqué au highlife et à l’afrobeat, notamment aux œuvres de Fela Kuti, Tony Allen ou Ebo Taylor. Chez Venna, elle se construit dans les studios, les collaborations et les passerelles entre improvisation et production hip-hop.

Ce concert de clôture résume ainsi assez bien la ligne de Jazz à la Villette : programmer le jazz moins comme une catégorie fermée que comme un terrain de rencontres. Avec Kokoroko, cette approche rappelle aussi combien Londres est devenue un lieu majeur de réinvention pour des traditions musicales venues notamment d’Afrique de l’Ouest et des Caraïbes, retravaillées par des artistes qui en font une matière pleinement contemporaine.

Informations pratiques

Kokoroko / Venna – Jazz à la Villette 2026
Date : dimanche 6 septembre 2026
Horaire : 19 h Venna ; 20 h 25 Kokoroko
Lieu : Grande Halle de La Villette – Salle Charlie Parker, 211 avenue Jean-Jaurès, Paris 19e
Durée : environ 2 h 50, avec un entracte
Placement : libre debout
Tarif : 40 euros
Accès : métro ligne 5, Porte de Pantin ; ligne 7, Corentin Cariou / Porte de la Villette
Billetterie : Philharmonie de Paris / Jazz à la Villette.

Parcours des Mondes à Saint-Germain-des-Prés le 8 septembre

À partir du 8 septembre, Parcours des Mondes transforme Saint-Germain-des-Prés en vaste parcours d’art. Pour sa 25e édition, près de cinquante galeries internationales présentent des œuvres d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques, entre marché, transmission et nouvelles lectures.

Du 8 au 13 septembre, Parcours des Mondes investit les galeries de Saint-Germain-des-Prés pour sa 25e édition. Le principe reste inchangé : pas de hall unique, mais un itinéraire à construire dans le quartier, entre rues de Seine, Mazarine, Guénégaud, Jacques-Callot, Jacob, Visconti et des Beaux-Arts.

Près d’une cinquantaine de galeries françaises et étrangères participent à cette édition, consacrée aux arts anciens d’Afrique, d’Océanie, d’Asie, des Amériques et à l’archéologie. La mairie du 6e arrondissement estime que la manifestation attire plus de 10 000 visiteurs à chaque édition.

Les arts africains y occupent une place majeure. Sculptures, masques, objets rituels ou de prestige sont présentés dans des expositions construites par les galeries, avec un travail de contextualisation qui dépasse la simple logique de vente.

Cette édition anniversaire insiste notamment sur la question de l’auteur, longtemps reléguée dans l’étude des sculptures africaines anciennes. À la galerie Gradiva, l’exposition Signatures sculptées cherche à identifier des styles, des ateliers et, lorsque cela est possible, des créateurs individuels. Sous la direction de Bernard de Grunne, le projet invite à sortir d’une lecture qui réduirait chaque œuvre à une origine géographique ou culturelle.

Du Gèlèdè béninois aux artistes contemporains

Autre étape forte : la Galerie Vallois consacre une exposition au Gèlèdè, tradition artistique et rituelle de l’espace yoruba au Bénin et au Nigeria. Gèlèdè, l’art de la transmission rassemble des masques contemporains liés à cette pratique et rappelle leur rapport au culte des « mères » ainsi qu’à des manifestations à la fois rituelles et festives. L’exposition ouvre le 8 septembre et se poursuit jusqu’au 26 septembre.

La même galerie présente également Gardiens du Monde de Dominique Zinkpè. L’artiste béninois y compose de grands reliefs muraux à partir d’accumulations d’ibedji, figures associées aux jumeaux dans la culture yoruba. Son travail fait apparaître des architectures, des silhouettes et des paysages imaginaires.

Ce voisinage entre œuvres anciennes et création contemporaine est l’un des intérêts de Parcours des Mondes. Il rappelle que les arts africains ne se limitent ni au patrimoine ni à des catégories figées, mais continuent d’être relus, déplacés et réinterprétés par des artistes, chercheurs et galeristes.

La manifestation reste toutefois indissociable du marché de l’art, avec les questions que cela soulève sur la provenance, l’histoire des collections et la circulation des objets. Certaines expositions tentent précisément de replacer ces pièces dans des récits plus complets : identifier des mains de sculpteurs, rappeler des usages, ou montrer la continuité entre héritage et création.

Pour accompagner le public, des élèves de l’École du Louvre seront présents dans plusieurs galeries le 8 septembre, puis les 12 et 13 septembre. Ils proposeront des médiations sur l’histoire des œuvres, leurs contextes et les traditions artistiques auxquelles elles se rattachent.

Après vingt-cinq éditions, Parcours des Mondes conserve donc sa singularité : mêler salon international, expositions spécialisées et promenade urbaine. Pour le public intéressé par les arts d’Afrique, il offre surtout la possibilité de confronter en quelques rues des pièces anciennes, des œuvres contemporaines et plusieurs façons de raconter leur histoire.

Informations pratiques

Parcours des Mondes – 25e édition
Dates : du mardi 8 au dimanche 13 septembre 2026
Ouverture : mardi 8 septembre, journée de vernissage, de 11 h à 21 h
Lieu : quartier des Beaux-Arts et Saint-Germain-des-Prés, Paris 6e
Principales rues : rue de Seine, rue Mazarine, rue Guénégaud, rue Jacques-Callot, rue Jacob, rue Visconti et rue des Beaux-Arts
Accès : gratuit dans les galeries participantes
À voir notamment : Gèlèdè, l’art de la transmission, Gardiens du Monde de Dominique Zinkpè et Signatures sculptées
Site officiel : Parcours des Mondes

La Grande Rentrée littéraire de Kinshasa à Bruxelles (10 septembre)

Du 10 au 12 septembre, la Grande Rentrée littéraire de Kinshasa investit le Centre Wallonie-Bruxelles et l’avenue de la Nation. Livres, auteurs et débats y interrogent la mémoire, tandis que Brazzaville occupe une place centrale dans cette édition.

À Kinshasa, la rentrée de septembre se lit aussi en livres. Du 10 au 12 septembre, la Grande Rentrée littéraire retrouve le Centre Wallonie-Bruxelles avec l’ambition de faire sortir la littérature des cercles spécialisés. Rencontres d’auteurs, présentations d’ouvrages, conférences et vente de livres doivent se succéder durant trois jours, avec une partie de la manifestation installée directement sur l’avenue de la Nation. Une façon très concrète de placer le livre sur le passage des Kinois plutôt que d’attendre qu’ils franchissent la porte d’une bibliothèque.

Le rendez-vous s’organise cette année autour d’une idée centrale : la littérature comme gardienne des mémoires et comme outil de développement. Le propos peut sembler large, mais il touche une question bien réelle en République démocratique du Congo : celle de la circulation des textes, de leur conservation et de leur capacité à nourrir une mémoire collective qui dépasse les frontières nationales.

L’ouverture, jeudi 10 septembre, donnera immédiatement à cette réflexion une dimension politique. Elle sera marquée par la présentation de Militariser l’agriculture, nouvel ouvrage de Didier Mumengi. L’ancien ministre et essayiste y défend une mobilisation beaucoup plus structurée de l’appareil productif congolais pour répondre à l’insécurité alimentaire. Mécanisation, financement, infrastructures, formation et transformation locale font partie des axes avancés dans le livre. Les Éditions Elembo, qui publient l’ouvrage, annoncent une rencontre avec l’auteur au Centre Wallonie-Bruxelles, en entrée libre.

Ce choix d’ouverture rappelle que la rentrée littéraire kinoise n’entend pas réduire le livre à la fiction. L’essai, le débat d’idées et les questions de société y ont leur place. La littérature est ici envisagée dans un sens large : un espace où s’élaborent des récits mais aussi des propositions, des controverses et une certaine manière de documenter le présent.

Entre Kinshasa et Brazzaville, le livre traverse le fleuve

L’un des principaux enjeux de cette édition se trouve à quelques kilomètres seulement de Kinshasa, sur l’autre rive du fleuve. La République du Congo est annoncée comme invitée d’honneur, avec la participation d’une délégation venue de Brazzaville. L’écrivain et homme politique Henri Djombo, président de l’Union nationale des écrivains et artistes congolais, a répondu favorablement à l’invitation qui lui a été adressée par le Centre Wallonie-Bruxelles.

La présence brazzavilloise donne au thème de la mémoire une portée particulière. Kinshasa et Brazzaville partagent une proximité géographique exceptionnelle, une histoire entremêlée et des espaces linguistiques communs, tout en disposant de scènes éditoriales distinctes. Faire circuler auteurs et ouvrages entre les deux capitales permet de rappeler que les frontières politiques ne coïncident pas toujours avec celles des imaginaires.

La Belgique figure également parmi les présences annoncées, notamment à travers l’écrivain Marc Zewenski. La manifestation dessine ainsi un axe Kinshasa-Brazzaville-Bruxelles qui correspond aussi à l’histoire du lieu qui l’accueille. Le Centre Wallonie-Bruxelles et sa bibliothèque célèbrent cette année leurs quarante ans, donnant à la question de la transmission une résonance supplémentaire.

Mais le changement le plus visible se jouera peut-être dehors. Pendant les trois jours, un marché du livre doit occuper l’avenue de la Nation et se prolonger sur le parvis de la bibliothèque. Ce déplacement compte. Dans un secteur où la distribution reste un obstacle majeur, rendre les ouvrages visibles dans l’espace public est aussi une manière d’élargir leur lectorat. Éditeurs et auteurs gagnent une vitrine ; les visiteurs peuvent feuilleter, acheter et rencontrer directement ceux qui écrivent ou publient.

La Grande Rentrée littéraire poursuit cette fonction depuis sa création : rapprocher écrivains, éditeurs et lecteurs tout en donnant une visibilité aux nouvelles voix congolaises. Panels, conférences et expos-ventes complètent cette dimension de salon. Le 12 septembre, la clôture doit également accueillir la cérémonie du Prix littéraire Zamenga, dont l’édition 2026 a lancé plus tôt dans l’année un appel aux auteurs de nouvelles.

À Kinshasa, ces trois journées permettront donc autant de découvrir des livres que d’observer comment se construit aujourd’hui un espace littéraire congolais : entre mémoire et actualité, création et débat public, circulation régionale et nécessité d’aller chercher de nouveaux lecteurs.

Informations pratiques
Grande Rentrée littéraire de Kinshasa
Dates : du jeudi 10 au samedi 12 septembre 2026
Lieu : Centre Wallonie-Bruxelles et avenue de la Nation, Kinshasa-Gombe, République démocratique du Congo
Ouverture du 10 septembre : présentation de Militariser l’agriculture de Didier Mumengi
Au programme : rencontres littéraires, présentations d’ouvrages, marché du livre, panels et conférences ; remise du Prix Zamenga annoncée le 12 septembre
Accès au lancement de Didier Mumengi : entrée libre, confirmation de présence proposée par les Éditions Elembo

Blick Bassy présente au YELAM’S d’Abidjan « Bikutsi 3000 » (11 septembre)

Entre danse, musique, récit et arts visuels, le créateur camerounais imagine une société où les femmes opposent leurs savoirs et leurs corps aux logiques de domination.

Et si la résistance passait par la danse plutôt que par les armes ? C’est le déplacement qu’opère Blick Bassy dans Bikutsi 3000, présenté vendredi 11 septembre au YELAM’S, à Treichville. L’artiste camerounais, à la fois musicien, auteur, compositeur et metteur en scène, y construit une fiction qui prend appui sur l’histoire coloniale pour interroger la place des femmes, la transmission et la souveraineté culturelle.

Le récit commence en 1885, au moment où les puissances européennes organisent le partage du continent africain. Dans l’univers imaginé par Blick Bassy, la reine Ngo Nyaga vient d’être intronisée. Refusant de se soumettre au projet colonial, elle met sur pied cinq armées dirigées par des femmes. Mais celles-ci ne combattent ni avec des fusils ni avec une puissance militaire conventionnelle. Leur arme est le Massack, une danse sacrée conçue comme moyen de transmission des connaissances, d’éducation populaire et de résistance.

Le spectacle ne cherche donc pas à reconstituer un épisode historique. Il part d’un moment réel pour bifurquer vers la fiction et construire un autre récit possible. Le territoire imaginaire de Mintaba devient un laboratoire politique : comment une société pourrait-elle s’organiser si ses traditions, son rapport au territoire et ses savoirs n’étaient plus considérés comme des vestiges du passé, mais comme des ressources pour penser son avenir ?

Chez Blick Bassy, cette question passe directement par le corps. La danse n’est pas un décor ajouté au récit : elle en est le moteur. Les cinq groupes de femmes présents sur scène représentent le Cameroun, la Namibie, le Togo, la Tanzanie et le Rwanda. Elles sont réunies autour du Massack et d’une écriture chorégraphique qui dialogue avec le bikutsi.

Du bikutsi au matrimoine, une histoire à remettre au centre

Le titre Bikutsi 3000 annonce à la fois un héritage et une projection. Blick Bassy revient à une histoire du bikutsi qui précède largement son succès comme genre musical populaire. Il insiste sur son lien avec les femmes et sur sa fonction de transmission, de rassemblement et d’expression sociale. La création prend cette mémoire comme point de départ sans chercher à la figer.

La musique emprunte ainsi au bikutsi mais l’inscrit dans des écritures contemporaines. La danse dialogue avec le conte, la vidéo, les costumes et une scénographie volontairement sobre. Cette économie de moyens laisse la priorité aux interprètes et au mouvement. Le spectacle navigue entre récit historique, fiction politique et projection afrofuturiste sans prétendre offrir une leçon d’histoire.

Au centre du projet se trouve surtout la notion de matrimoine. Blick Bassy l’utilise pour déplacer le regard vers les savoirs, les récits et les responsabilités assumés par les femmes, souvent moins visibles dans les récits officiels. Bikutsi 3000 imagine ainsi ce qui advient lorsque ces héritages cessent d’occuper une place périphérique et participent pleinement à l’organisation de la société.

Ce choix n’aboutit pas à un simple renversement où une domination féminine viendrait remplacer une domination masculine. Le spectacle s’intéresse davantage aux conditions de fabrication du pouvoir : qui transmet les connaissances ? Qui décide de ce qu’une société conserve ? Quels récits structurent son imaginaire collectif ? Et que signifie être souverain lorsque les références à partir desquelles on pense ont elles-mêmes été façonnées par des rapports de domination ?

Ces interrogations accompagnent Blick Bassy depuis plusieurs années. Bikutsi 3000 est né d’une carte blanche accordée au musicien au musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris et a connu une première présentation en 2022. Le spectacle a depuis circulé en Europe, en Australie, au Cameroun et dans plusieurs pays africains. La représentation du 11 septembre marque la première de sa version ivoirienne, produite par La Villa de Sciençage en coproduction avec le YELAM’S.

Son arrivée à Abidjan donne une résonance particulière au projet. Blick Bassy est installé depuis quelques mois dans la capitale économique ivoirienne et y poursuit une partie de ses activités artistiques. Avec cette nouvelle version, il ne présente pas seulement une œuvre déjà éprouvée sur différentes scènes : il l’inscrit dans un nouvel environnement artistique et dans une ville devenue l’un des grands carrefours de la création contemporaine en Afrique de l’Ouest.

Informations pratiques
Bikutsi 3000, de Blick Bassy
Date : vendredi 11 septembre 2026
Horaire : 19 h 30
Lieu : YELAM’S, avenue de la Reine Pokou, Treichville, Abidjan, Côte d’Ivoire
Création et direction artistique : Blick Bassy
Production : La Villa de Sciençage, en coproduction avec YELAM’S
Billetterie : réservation annoncée par Blick Bassy sur ses canaux officiels.