Notre semaine culturelle: Orchestra Baobab à Édimbourg le 28 août !

27/08/2026 – Patricia Bechard

Cette semaine, la création africaine se déploie de Dakar à Paris, en passant par Édimbourg, Bruxelles, Lausanne et Johannesburg. Orchestra Baobab fait danser la mémoire sénégalaise, tandis que festivals et DJ célèbrent les diasporas et la house sud-africaine. À Paris, Kwame Akoto et le Mbari Club rappellent la puissance d’une modernité née sur le continent. Enfin, les Africa Next Awards mettent à l’honneur celles et ceux qui en dessinent résolument aujourd’hui l’avenir culturel, artistique et intellectuel.

À Édimbourg, Orchestra Baobab fera entendre le 28 août une musique née dans le Dakar des indépendances, façonnée par le son cubain et les traditions sénégalaises. Plus qu’un concert patrimonial, cette soirée accompagnera le retour discographique d’un groupe qui n’a jamais cessé de se réinventer.

Il existe des formations dont la longévité relève de la fidélité à une formule, et d’autres qui traversent les décennies parce que leur musique demeure un lieu de passage. Orchestra Baobab appartient à la seconde catégorie. Le 28 août, le groupe sénégalais investira The Hub dans le cadre de l’Edinburgh International Festival, avec ce mélange immédiatement reconnaissable de guitares souples, de saxophones chaleureux, de percussions retenues et de voix portées par plusieurs langues du Sénégal.

Le concert intervient à un moment particulier de son histoire. Orchestra Baobab s’apprête à publier Made in Senegal, son premier album depuis Tribute to Ndiouga Dieng en 2017. Annoncé pour le 23 octobre, le disque est présenté comme une déclaration d’amour au pays qui a vu naître l’ensemble. Il ne s’agit pourtant pas d’entretenir pieusement une légende. La nouvelle génération de musiciens y prolonge une esthétique construite dès les années 1970, tout en accueillant les voix, les sensibilités et les ruptures laissées par le temps.

La bande-son du Dakar indépendant

Orchestra Baobab voit le jour en 1970 comme orchestre résident du Baobab Club, établissement nocturne fréquenté par les élites politiques, les artistes et la bourgeoisie du Dakar de l’après-indépendance. Plusieurs de ses fondateurs viennent de la Star Band, qui animait le Miami Club et avait participé à l’émergence d’une musique urbaine sénégalaise dégagée des modèles coloniaux.

À cette époque, les orchestres de Dakar accordent une place importante aux musiques cubaines. Le son, la pachanga et les rythmes afro-caribéens circulent depuis longtemps entre les ports atlantiques, trouvant en Afrique de l’Ouest un terrain familier. Orchestra Baobab ne se contente pas de les reproduire. Il les mêle aux traditions wolof, mandingues et sérères, aux mélodies de Casamance et à plusieurs couleurs linguistiques et musicales venues de la région.

Cette capacité d’absorption devient sa signature. La guitare de Barthélémy Attisso, les saxophones d’Issa Cissoko et de Thierno Koité, les voix de Balla Sidibé, Rudy Gomis ou Ndiouga Dieng ont façonné un son élégant, dansant sans être tapageur, où chaque instrument semble disposer de son propre espace. Dans les années 1970, le groupe s’impose au Sénégal et bien au-delà, avant de subir la montée du mbalax, devenu la grande musique populaire du pays. Orchestra Baobab se sépare en 1987.

Une légende qui refuse l’immobilité

L’histoire aurait pu s’arrêter là. La redécouverte internationale de Pirates Choice, enregistré en 1982 puis réédité par le label World Circuit, provoque pourtant un regain d’intérêt spectaculaire. Le groupe se reforme en 2001 et publie l’année suivante Specialist in All Styles, produit par Nick Gold et Youssou N’Dour, avec la participation du chanteur cubain Ibrahim Ferrer. Une nouvelle carrière mondiale commence.

Depuis, Orchestra Baobab a perdu plusieurs de ses membres historiques. Issa Cissoko est mort en 2019, Balla Sidibé en 2020 et Rudy Gomis en 2022. Ces disparitions auraient pu transformer l’ensemble en formation commémorative. Elles ont au contraire imposé une transmission, conduite notamment autour du saxophoniste Thierno Koité et de musiciens chargés de préserver le langage collectif sans en imiter mécaniquement les anciens interprètes.

Le nouvel album porte cette mémoire en mouvement. Le morceau Ana Maria, écrit par Rudy Gomis en hommage à la grand-mère qui avait soutenu sa vocation, fait entendre une tendresse nourrie par la tradition créole de Casamance. Le passé revient ici comme une matière vivante, capable de parler aux générations suivantes.

À Édimbourg, cette musique prendra place dans l’écrin intime de The Hub. Le concert devrait rappeler pourquoi Orchestra Baobab demeure bien davantage qu’un témoin de l’âge d’or des orchestres africains: une formation qui a fait de la circulation entre les cultures une langue profondément sénégalaise.

Informations pratiques
Date: vendredi 28 août 2026, à 19 heures
Lieu: The Hub, Castlehill, Édimbourg, Royaume-Uni
Événement: Edinburgh International Festival
Durée: environ 1 h 15, sans entracte
Tarif: à partir de 20 livres sterling
Billetterie: Edinburgh International Festival

À Bruxelles, L’Afrique en Couleurs ! (29-30 août)

Les 29 et 30 août, Tour & Taxis accueillera la onzième édition de L’Afrique en Couleurs. Gratuit et ouvert à tous, le festival bruxellois réunit concerts, danses, ateliers, artisanat et cuisines africaines, avec l’ambition de faire de la diversité une expérience concrète, partagée et pleinement populaire.

À Bruxelles, les cultures africaines ne se déploient pas seulement dans les musées ou les salles de spectacle. Elles vivent dans les quartiers, les langues, les commerces, les associations et les pratiques quotidiennes d’une ville profondément traversée par les migrations. L’Afrique en Couleurs entend rendre cette présence visible pendant deux jours, les 29 et 30 août, sur la place de la Musique du site de Tour & Taxis.

Organisé par l’association Teroubi, le festival atteint cette année sa onzième édition. Son principe demeure simple: installer au cœur de Bruxelles un espace gratuit où se rencontrent artistes, artisans, restaurateurs, familles et curieux. Concerts en plein air, danses traditionnelles et contemporaines, performances, ateliers, contes et animations composent un programme conçu comme une circulation entre les disciplines plutôt que comme une succession de spectacles isolés.

Le choix de la gratuité donne à cette proposition une portée particulière. Il permet au festival de ne pas s’adresser uniquement aux habitués des manifestations culturelles ou aux publics déjà familiers des scènes africaines. Chacun peut entrer, écouter un concert, participer à un atelier, découvrir un plat ou engager une conversation avec un créateur. Cette souplesse fait de L’Afrique en Couleurs un rendez-vous accessible, où la découverte n’exige aucun préalable.

Un continent au pluriel

Le titre du festival dit son intention: parler de l’Afrique à travers ses différences. Trop souvent, le continent est présenté comme un ensemble culturel homogène, alors qu’il rassemble des histoires, des langues et des formes artistiques profondément diverses. L’Afrique en Couleurs revendique cette pluralité en réunissant des artistes et des exposants liés notamment au Cameroun, au Sénégal, à la Côte d’Ivoire, au Mali, à l’Algérie, au Maroc et à la République démocratique du Congo.

La programmation associe les arts de la scène à un village d’artisans et de créateurs. Vêtements, bijoux, accessoires et objets décoratifs y côtoient des stands culinaires proposant quelques plats emblématiques du continent, parmi lesquels le thiéboudiène sénégalais, le yassa, le mafé, ainsi que des boissons au bissap ou au gingembre. Cette présence de la cuisine et de l’artisanat ne constitue pas un décor autour des concerts. Elle rappelle que la culture se transmet aussi par les gestes, les matières, les goûts et les savoir-faire.

Les activités destinées aux enfants prolongent cette logique. Jeux, contes, initiations musicales et ateliers doivent permettre aux plus jeunes d’entrer dans le festival par l’expérience directe. L’enjeu est de créer un espace familial sans réduire la manifestation à un divertissement convenu. Les danses, les rythmes et les récits proposés portent des mémoires qui se transforment au contact de Bruxelles et de ses diasporas.

Tita Nzebi, une voix gabonaise à Bruxelles

Parmi les participations annoncées figure la chanteuse gabonaise Tita Nzebi, attendue le dimanche 30 août à 15 heures. Autrice, compositrice et interprète, elle chante notamment en nzebi, langue bantoue parlée au Gabon et en République du Congo. Son travail fait dialoguer les rythmes de son pays avec des arrangements contemporains, sans dissoudre leur identité dans une vague étiquette de «musique du monde».

Tita Nzebi

Sa venue accompagne la sortie de Réminiscence, son quatrième album. Le titre correspond bien à une œuvre travaillée par la mémoire, les origines et la transmission. Chez Tita Nzebi, le retour vers le passé n’est pas un repli folklorique. Il sert à interroger ce qui demeure lorsque l’on vit loin du territoire familial et que la langue devient l’un des derniers espaces où conserver une filiation.

Cette présence résume l’intérêt de L’Afrique en Couleurs. Le festival ne prétend pas contenir un continent en un week-end. Il offre plutôt une scène aux expressions africaines et afrodescendantes qui participent déjà à la vie bruxelloise, mais restent parfois confinées à des circuits spécialisés.

Pendant deux jours, Tour & Taxis deviendra ainsi un lieu de visibilité et de rencontre. La fête y tient une place centrale, mais elle porte également une affirmation: les cultures africaines ne sont pas périphériques à l’identité européenne contemporaine. Elles en constituent désormais l’une des forces vivantes.

Informations pratiques
Dates: samedi 29 et dimanche 30 août 2026
Horaires: samedi de 12 h à 23 h 30; dimanche de 13 h à 22 h 30
Lieu: Tour & Taxis, place de la Musique, avenue du Port 86C, Bruxelles
Concert annoncé: Tita Nzebi, dimanche 30 août à 15 heures
Tarif: entrée gratuite
Public: tous publics; activités prévues pour les enfants
Programme: L’Afrique en Couleurs

Afrique en Ville à Lausanne le 29 août

Le 29 août, Afrique en Ville transformera le parc de Valency, à Lausanne, en scène ouverte aux cultures du continent et de ses diasporas. Concerts, danse, débats et gastronomie y défendront une idée simple: rendre visible une présence africaine inscrite depuis longtemps dans la ville.

Pendant une journée, l’Afrique s’installera au parc de Valency sans chercher à se laisser enfermer dans une représentation unique. De 10 heures à minuit, le festival Afrique en Ville réunira musiciens, danseurs, associations, artisans et intervenants autour d’un programme où la fête doit aller de pair avec la discussion.

La manifestation est née dans le quartier de Prélaz-Valency, marqué par une importante diversité culturelle. Dès ses premières éditions, elle s’est donné pour objectif de mieux faire connaître les habitants originaires de différents pays africains et de créer des liens avec le reste de la population lausannoise. Cette implantation locale distingue Afrique en Ville des grands festivals internationaux qui convoquent l’Afrique comme un thème extérieur. Ici, le continent est présent à travers celles et ceux qui vivent déjà dans la ville.

Soutenu au fil des années par les structures socioculturelles du quartier et par les dispositifs lausannois consacrés à l’intégration, le rendez-vous combine programmation artistique et réflexion civique. Concerts, projections, lectures, spectacles de danse et conférences ont progressivement construit son identité. La formule 2026 prolonge cette orientation tout en accordant une place importante aux musiques actuelles.

De l’afrobeat au sabar

La programmation annoncée traverse plusieurs styles, parmi lesquels l’afrobeat, l’amapiano et les musiques afro-mandingues. Ces catégories recouvrent des histoires différentes. L’afrobeat plonge ses racines dans le Nigeria de Fela Kuti et dans la rencontre entre funk, jazz, rythmes yoruba et contestation politique. L’amapiano, né dans les townships sud-africains, s’est imposé en quelques années sur les scènes internationales grâce à ses lignes de basse profondes et à ses constructions électroniques immédiatement reconnaissables.

Les traditions sénégalaises seront notamment représentées par Ndongo Beye, musicien, danseur et pédagogue associé à plusieurs projets de transmission culturelle en Suisse. Il animera des ateliers de percussions et de danse sabar. Au Sénégal, le mot désigne à la fois un ensemble de tambours, une musique et une pratique dansée. Le sabar repose sur un dialogue étroit entre le percussionniste et le danseur: le rythme ne se contente pas d’accompagner le mouvement, il lui répond et le relance.

La chanteuse camerounaise Teety Tezano figure également parmi les artistes annoncés. Révélée au sein du groupe Macase avant de poursuivre une carrière personnelle, elle évolue entre soul, afro-pop et influences camerounaises. Sa présence correspond à l’esprit d’un festival qui ne sépare pas rigoureusement héritage et création contemporaine.

Des DJ et d’autres formations compléteront cette traversée musicale. Le passage d’une esthétique à l’autre doit donner à entendre la circulation actuelle des sons africains, désormais produits, diffusés et transformés entre les métropoles du continent et celles de la diaspora.

La fête comme espace civique

Afrique en Ville ne se limite pourtant pas à une scène musicale. Les débats annoncés, notamment autour du racisme et de la place des populations afrodescendantes, rappellent que la visibilité culturelle ne suffit pas à faire disparaître les inégalités. La musique, la danse ou la cuisine peuvent favoriser la rencontre, mais elles ne doivent pas servir à contourner les questions plus difficiles concernant les discriminations, la représentation ou l’accès à la parole publique.

C’est précisément l’intérêt du format choisi. Dans un parc ouvert, les discussions ne sont pas réservées aux spécialistes. Elles s’inscrivent dans une journée où l’on peut aussi assister à un concert, découvrir un stand associatif, rencontrer un artisan ou participer à un atelier. La culture devient alors une manière d’occuper l’espace commun et d’y faire entendre des expériences qui restent souvent peu visibles.

Le marché et les propositions culinaires contribueront à cette circulation. Leur présence ne relève pas d’un simple folklore décoratif. Les recettes, les tissus, les objets et les gestes artisanaux racontent eux aussi des trajectoires familiales, des échanges et des adaptations.

En plaçant cette diversité au cœur d’un quartier lausannois, Afrique en Ville formule une proposition qui dépasse le temps du festival. Il ne s’agit pas seulement d’inviter le public à «découvrir l’Afrique», mais de reconnaître la part africaine de Lausanne elle-même. Le parc de Valency devient ainsi, pendant une journée, le lieu où cette réalité peut se montrer, se discuter et surtout se partager.

Informations pratiques
Date: samedi 29 août 2026
Horaires: de 10 heures à minuit
Lieu: esplanade du parc de Valency, Lausanne, Suisse
Programme: concerts, DJ sets, danse, percussions, débats, marché et gastronomie
Artistes annoncés: Ndongo Beye, Teety Tezano et plusieurs artistes invités
Tarif: entrée libre
Public: tous publics
Informations: canaux officiels du festival Afrique en Ville et de ses associations partenaires

House Naxiion, quarante ans de rythmes sud-africains (29 août)

Le 29 août, House Naxiion réunira à Johannesburg plusieurs générations de DJ pour célébrer quatre décennies de house sud-africaine. D’Oskido à Lamiez Holworthy, le festival retracera l’histoire d’une musique devenue une langue populaire, puis l’une des forces majeures des scènes électroniques de la planète.

La house sud-africaine n’a jamais été une simple importation venue des clubs de Chicago ou de New York. Depuis les années 1980, elle a absorbé les transformations politiques du pays, les rythmes locaux, le jazz, la soul et les technologies électroniques pour devenir un langage autonome. House Naxiion veut raconter cette histoire le 29 août, au Montecasino Outdoor Events Area de Johannesburg.

Cette première édition réunira pendant douze heures plusieurs artistes qui ont façonné la musique de danse sud-africaine ou contribué à son renouvellement. Le nom même de l’événement joue sur l’idée d’une «nation house», constituée moins par des frontières que par une mémoire sonore commune. Des premiers disques diffusés dans les townships aux succès mondiaux de l’afro-house et de l’amapiano, quatre décennies de création seront parcourues au cours d’une journée conçue comme une vaste fête en plein air.

La tête d’affiche, Oskido, incarne à lui seul une large partie de cette évolution. Né au Zimbabwe et installé en Afrique du Sud, il commence sa carrière de DJ à la fin des années 1980. Cofondateur du label Kalawa Jazmee, il participe à l’essor du kwaito, cette musique urbaine apparue dans les dernières années de l’apartheid et devenue l’une des grandes expressions de la jeunesse noire sud-africaine.

Une musique sortie des townships

La house arrive en Afrique du Sud par les vinyles, les radios et les clubs, puis change rapidement de nature. Les producteurs ralentissent certains rythmes, renforcent les basses et les mêlent à des chants en langues locales. Le kwaito émerge de cette transformation, au croisement de la house, du hip-hop et des réalités sociales des townships. Il accompagne l’entrée du pays dans l’ère postapartheid, avec ses espoirs, ses désillusions et son besoin de nouvelles représentations.

Oskido comprend très tôt que cette musique doit disposer de ses propres structures de production. Kalawa Jazmee contribue à lancer ou à accompagner de nombreux artistes, tout en donnant à la scène sud-africaine les moyens de s’affranchir des circuits dominés par les grandes compagnies internationales. La piste de danse devient alors un lieu de création économique autant qu’artistique.

À ses côtés, Glen Lewis représente une approche plus profondément ancrée dans la culture des clubs et de la radio. Ses sélections ont participé à former le goût de plusieurs générations d’auditeurs. DJ Cleo, producteur prolifique et figure du kwaito comme de la house, a pour sa part multiplié les passerelles entre musique électronique, culture populaire et succès radiophoniques.

Le programme annonce également Ralf GUM, T-Deep, DJ Terance, The Mixwells, Yondz.B, Jebz, DJ Beeksy et Zeedan. Cette distribution élargie doit permettre de passer des formes classiques de la house sud-africaine à ses développements plus récents, sans réduire son histoire à une seule génération de pionniers.

Des pionniers à la nouvelle scène

La présence de Lamiez Holworthy inscrit le festival dans le présent. DJ, productrice, animatrice de radio et de télévision, elle appartient à une génération pour laquelle les scènes électroniques sud-africaines sont devenues des espaces de forte visibilité publique. Son parcours témoigne également de la place croissante occupée par les femmes dans un milieu longtemps dominé par les hommes, même si les inégalités y demeurent réelles.

House Naxiion arrive à un moment où les musiques électroniques sud-africaines connaissent une influence mondiale sans précédent. Black Coffee a installé l’afro-house dans les grands clubs internationaux, tandis que l’amapiano s’est diffusé bien au-delà de Pretoria et Johannesburg. Ses rythmes, ses basses log drum et ses chorégraphies circulent désormais de Lagos à Londres, de Paris à New York.

Cette reconnaissance internationale peut parfois effacer l’histoire collective dont ces succès sont issus. En réunissant pionniers et artistes plus récents, le festival entend précisément rétablir cette continuité. L’afro-house et l’amapiano ne sont pas apparus soudainement sous le regard de l’industrie mondiale. Ils prolongent plusieurs décennies d’expérimentations menées dans les clubs, les radios, les studios domestiques et les quartiers populaires sud-africains.

La promesse de House Naxiion tient donc autant à sa programmation qu’à son récit. Derrière la célébration se dessine une histoire culturelle: celle d’un pays qui a transformé une musique venue d’ailleurs jusqu’à en faire l’un de ses produits artistiques les plus influents. À Montecasino, cette histoire retrouvera son lieu d’origine et sa forme première: une foule rassemblée autour d’un rythme.

Informations pratiques
Date: samedi 29 août 2026
Horaires: de 10 heures à 22 heures
Lieu: Montecasino Outdoor Events Area, Montecasino Boulevard, Fourways, Johannesburg
Artistes: Oskido, Glen Lewis, DJ Cleo, Lamiez Holworthy, Ralf GUM, T-Deep et plusieurs invités
Tarifs: de 250 à 25.000 rands, selon la formule choisie
Âge: événement réservé aux plus de 18 ans
Billetterie: Webtickets

Les oeuvres de Kwame Akoto au musée du quai Branly (Jusqu’au 6 septembre)

À Paris, le musée du quai Branly consacre une exposition au Ghanéen Kwame Akoto, peintre d’enseignes devenu prédicateur et artiste reconnu. Ses images, où slogans, autoportraits et scènes quotidiennes se répondent, brouillent avec vigueur les frontières entre art populaire, engagement spirituel et critique sociale contemporaine.

Dans les tableaux de Kwame Akoto, les mots ne viennent pas expliquer l’image après coup. Ils en font partie, l’interrompent parfois et s’adressent directement à celui qui regarde. Une maxime morale, un avertissement religieux ou une question surgissent au milieu d’une scène quotidienne, tandis que l’artiste apparaît fréquemment dans ses propres compositions. Rien n’est laissé à la contemplation silencieuse: chaque peinture veut engager une conversation.

Le musée du quai Branly–Jacques Chirac présente jusqu’au 6 septembre Kwame Akoto. Almighty God Art Works, première grande exposition française consacrée à cette figure de la scène ghanéenne. Installé dans l’Atelier Martine Aublet, le parcours revient sur plus de cinquante ans de création, depuis l’ouverture de son premier atelier à Kumasi jusqu’à sa reconnaissance internationale.

Né en 1950, Kwame Akoto se forme auprès de peintres spécialisés dans les enseignes commerciales. En 1972, il ouvre son propre atelier, d’abord baptisé Anthony Art Works. Il réalise alors des panneaux destinés aux boutiques, des portraits funéraires peints sur métal, des affiches de cinéma et des bannières pour des manifestations religieuses. Cette activité lui apprend à composer des images immédiatement lisibles, capables d’attirer le regard dans l’espace public.

De l’enseigne commerciale à l’œuvre personnelle

À Kumasi, capitale historique du royaume ashanti et important centre commercial du Ghana, les enseignes peintes occupent longtemps une place essentielle dans le paysage urbain. Elles identifient un commerce, présentent un service et transmettent parfois un message moral. Le texte doit être visible, l’image claire et l’ensemble suffisamment frappant pour être compris depuis la rue.

Kwame Akoto s’approprie ce vocabulaire, mais s’éloigne progressivement de la commande. Sa conversion religieuse l’amène à adopter le nom d’«Almighty God» et à rebaptiser son atelier Almighty God Art Works. Devenu prédicateur et personnage respecté de son quartier, il développe une production personnelle où la foi côtoie l’humour, la critique des comportements et l’observation de la vie locale.

Ses peintures ne recherchent ni l’ambiguïté savante ni la discrétion. Elles montrent des personnages confrontés à la mort, à la jalousie, à l’argent, au désir ou au jugement divin. Les phrases écrites dans l’image prennent souvent la forme d’une injonction ou d’une question. Cette franchise peut déconcerter un public habitué à considérer que l’art doit suggérer plutôt qu’affirmer.

Elle constitue pourtant le cœur de sa démarche. Akoto vient d’une tradition visuelle dans laquelle l’image circule dans la rue et assume une fonction publique. Même lorsqu’elle entre dans une collection ou un musée, elle conserve quelque chose de cette adresse directe.

Entre foi, humour et affirmation de soi

L’omniprésence de l’artiste dans ses tableaux apporte une dimension plus complexe à cette parole morale. Kwame Akoto se représente en prédicateur, en peintre ou en témoin des scènes qu’il compose. Ces autoportraits ne relèvent pas uniquement de la vanité. Ils interrogent la place de celui qui fabrique l’image et revendique le droit de la signer dans un contexte où la peinture d’enseigne a longtemps été considérée comme un simple artisanat.

Son œuvre rend ainsi instables les catégories employées pour classer les créations africaines. Peinture populaire, art contemporain, production commerciale ou expression religieuse: chacune de ces définitions éclaire une partie de son travail, sans parvenir à l’épuiser. Le passage de ses panneaux des rues de Kumasi aux salles d’un musée parisien modifie leur réception, mais non leur volonté de parler au public.

La rencontre avec le peintre français Hervé Di Rosa a contribué à élargir la reconnaissance internationale de son travail. Elle s’inscrit dans une histoire plus vaste des échanges artistiques, mais soulève aussi une question centrale: que devient une image conçue dans un environnement social précis lorsqu’elle est déplacée dans une institution européenne?

L’exposition évite de réduire Akoto à une curiosité ethnographique. Elle le présente comme un artiste contemporain dont le travail répond à des conditions locales tout en posant des questions universelles sur la croyance, la responsabilité et la représentation de soi. Ses tableaux ne demandent pas au visiteur d’adhérer à leur morale. Ils l’obligent plutôt à considérer une peinture qui refuse de séparer l’esthétique de la parole.

Informations pratiques
Exposition: Kwame Akoto. Almighty God Art Works
Dates: jusqu’au dimanche 6 septembre 2026
Lieu: Atelier Martine Aublet, musée du quai Branly–Jacques Chirac, Paris
Adresse: 37, quai Jacques-Chirac, 75007 Paris
Horaires: de 10 h 30 à 19 heures; nocturne le jeudi jusqu’à 22 heures; fermeture le lundi
Tarifs: 14 euros; tarif réduit 11 euros
Commissariat: Sarah Ligner
Informations: Musée du quai Branly

Le Mbari Club, laboratoire d’une Afrique nouvelle (Jusqu’au 11 octobre)

Au musée du quai Branly, archives, revues et œuvres ressuscitent le Mbari Club, foyer intellectuel fondé à Ibadan en 1961. Autour de Chinua Achebe et Wole Soyinka, écrivains, peintres et dramaturges y inventèrent une modernité africaine affranchie des cadres coloniaux et résolument ouverte au monde.

Mbari Club

Au début des années 1960, le Nigeria vient d’accéder à l’indépendance et cherche les formes capables d’exprimer cette liberté nouvelle. Les écrivains, les artistes et les dramaturges ne veulent plus être considérés comme les représentants d’une tradition immobile, ni mesurer leur travail aux seules catégories héritées de l’Europe. À Ibadan, le Mbari Club devient l’un des lieux où cette émancipation culturelle se pense et se pratique.

L’exposition présentée jusqu’au 11 octobre dans la Boîte arts graphiques du musée du quai Branly–Jacques Chirac revient sur cette aventure décisive. Elle rassemble des œuvres, des revues, des livres, des cartons d’invitation et plusieurs ensembles d’archives qui témoignent de la densité des échanges noués autour du club.

Le projet prend forme dans le sillage de Black Orpheus, revue fondée en 1957 par le linguiste et éditeur d’origine allemande Ulli Beier. La publication offre une tribune à une nouvelle génération d’écrivains africains anglophones, tout en faisant circuler des textes venus des espaces francophones et des diasporas noires. Chinua Achebe, Wole Soyinka et le Sud-Africain Es’kia Mphahlele participent à cette effervescence.

Ibadan, capitale d’une modernité africaine

En 1961, Ulli Beier, son épouse Susanne Wenger et plusieurs écrivains et artistes créent à Ibadan un lieu consacré aux débats et à la création. Chinua Achebe propose de l’appeler Mbari, mot igbo associé à l’acte créateur. La référence renvoie aux maisons sacrées décorées de sculptures et de peintures, édifiées collectivement dans certaines communautés igbo avant d’être abandonnées au temps et aux éléments.

Le Mbari Club transpose cet esprit dans le Nigeria indépendant. Installé dans un ancien restaurant du marché de Dugbe, il comprend une cour ouverte, une galerie, une bibliothèque, un bar et un restaurant. On y organise des expositions, des concerts, des lectures, des débats et des représentations théâtrales. Le lieu ne sépare pas les disciplines: la littérature dialogue avec la peinture, la musique avec le théâtre et la réflexion politique avec la sociabilité quotidienne.

Wole Soyinka y présente certaines de ses premières pièces. Les écrivains Christopher Okigbo, J. P. Clark et Amos Tutuola fréquentent également le club, aux côtés des artistes Uche Okeke, Demas Nwoko et Bruce Onobrakpeya. Des créateurs venus d’autres pays africains, d’Europe, des États-Unis et des Caraïbes y sont invités. Cette ouverture dément l’idée selon laquelle l’affirmation d’une culture nationale devrait passer par le repli.

Mbari devient aussi une maison d’édition. Il publie des textes d’auteurs africains à une époque où les circuits éditoriaux restent largement contrôlés depuis Londres ou Paris. Éditer depuis le Nigeria ne constitue donc pas un simple choix pratique. C’est une manière de déplacer le centre de légitimité et de permettre aux écrivains de parler depuis leur propre espace intellectuel.

D’Osogbo à une scène transnationale

L’expérience se prolonge dès 1962 à Osogbo, où le dramaturge Duro Ladipo fonde avec Ulli Beier le Mbari Mbayo Club. La structure accueille théâtre, arts visuels et ateliers, contribuant à l’émergence d’une scène locale dont sortiront plusieurs artistes majeurs. Le mouvement est moins une école au programme rigide qu’un environnement favorable aux rencontres et aux expérimentations.

L’exposition accorde une place importante à Susanne Wenger, artiste autrichienne profondément engagée dans la culture yoruba, ainsi qu’à Nike Davies-Okundaye, dont le travail textile prolonge et réinvente les techniques du batik et de l’adire. Elle présente aussi The Story of the Otin River d’Asiru Olatunde, artiste connu pour ses reliefs sur panneaux d’aluminium.

Les exemplaires de Black Orpheus et les documents liés aux événements du Mbari Mbayo Club montrent comment les idées circulaient entre littérature, arts graphiques et performance. Cette circulation dépassait les frontières du Nigeria. Elle reliait Ibadan et Osogbo à Dakar, Kampala, Johannesburg, Paris, Londres et aux scènes afro-américaines.

Screenshot

Le déclenchement de la guerre du Biafra en 1967 brise une partie de cet élan. Le Mbari Club ne survit pas durablement aux fractures politiques du pays. Son influence demeure pourtant considérable. Il a démontré qu’une institution culturelle africaine pouvait produire ses propres réseaux, publier ses auteurs et accueillir le monde sans lui abandonner la définition de sa modernité.

L’accrochage du quai Branly restitue cette ambition sans transformer le Mbari en légende figée. Il rappelle surtout qu’avant d’être un chapitre de l’histoire de l’art, ce club fut un lieu concret où une génération venait travailler, discuter et imaginer l’Afrique qu’elle voulait construire.

Informations pratiques
Exposition: Le Mbari Club, un espace de création transnationale au Nigeria
Dates: jusqu’au dimanche 11 octobre 2026
Lieu: Boîte arts graphiques, musée du quai Branly–Jacques Chirac
Adresse: 37, quai Jacques-Chirac, 75007 Paris
Horaires: de 10 h 30 à 19 heures; nocturne le jeudi jusqu’à 22 heures; fermeture le lundi
Tarifs: 14 euros; tarif réduit 11 euros
Commissariat: Sarah Frioux-Salgas, Sarah Ligner et Joël Zouna
Informations: Musée du quai Branly

Africa Next Awards aux Folies Bergères (3 septembre)

Le 3 septembre, les Africa Next Awards réuniront aux Folies Bergère cent personnalités du continent et de ses diasporas. Entre distinctions, rencontres et performances, cette première édition parisienne veut imposer un récit de la réussite africaine qui dépasse les frontières économiques, médiatiques et culturelles habituelles.

Les cérémonies consacrées à l’Afrique ne manquent plus. Certaines récompensent la musique, le cinéma ou l’entrepreneuriat; d’autres cherchent à rapprocher les dirigeants du continent et les figures de la diaspora. Les Africa Next Awards font le choix d’embrasser plusieurs domaines à la fois. Le 3 septembre, aux Folies Bergère, cent personnalités doivent être distinguées pour leur parcours, leur influence ou leur contribution au développement africain.

L’événement, produit par Boss Plus & Co, se présente comme la première édition d’un rendez-vous appelé à devenir un label international. Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’un festival artistique. La culture et la créativité forment l’une de ses huit catégories, aux côtés du leadership économique, de l’innovation, de l’impact social, du sport, de la jeunesse, de l’influence diasporique et du leadership féminin.

La soirée accueillera des entrepreneurs, des artistes, des scientifiques, des sportifs, des personnalités médiatiques et des responsables d’institutions. Les organisateurs annoncent des représentants de 35 pays, ainsi que des performances destinées à rythmer la remise des distinctions. La programmation artistique complète n’a toutefois pas encore été rendue publique. La prudence impose donc de considérer les spectacles comme un accompagnement de la cérémonie, et non comme son objet principal.

Changer le récit de la réussite africaine

Le projet repose sur un constat largement partagé: les personnalités africaines accèdent encore inégalement aux grands espaces internationaux de reconnaissance. Leurs réussites sont souvent traitées comme des exceptions individuelles, tandis que l’Afrique demeure enfermée dans des récits de crise, de dépendance ou de retard. Les Africa Next Awards veulent inverser cette perspective en mettant en avant des trajectoires associées à l’innovation, à la création et à la transformation sociale.

Le choix de Paris répond à cette ambition. La capitale française demeure un centre médiatique important pour de nombreux pays francophones et accueille une diaspora africaine active dans la culture, l’économie et les professions intellectuelles. Les Folies Bergère offrent à la cérémonie un cadre immédiatement identifiable, lié à l’histoire du spectacle et à une certaine idée du prestige parisien.

Ce choix n’est pourtant pas neutre. Affirmer l’excellence africaine depuis une scène européenne peut renforcer sa visibilité internationale, mais pose aussi la question du centre depuis lequel cette reconnaissance est accordée. L’enjeu sera de ne pas donner l’impression que les parcours africains doivent passer par Paris pour recevoir une consécration valable.

La place accordée à la diaspora peut atténuer cette contradiction. Les trajectoires contemporaines ne se laissent plus enfermer dans une opposition entre continent et exil. De nombreux artistes, entrepreneurs et chercheurs travaillent entre plusieurs pays, développent des projets en Afrique tout en s’appuyant sur des réseaux européens ou américains. Les récompenser ensemble revient à reconnaître cette circulation.

La reconnaissance à l’épreuve de la crédibilité

Une cérémonie de distinctions ne vaut cependant que par la solidité de son processus de sélection. Les organisateurs annoncent un parcours comprenant dépôt des candidatures, vérification de l’éligibilité, évaluation des profils puis désignation des lauréats selon quatre critères: impact, vision, innovation et rayonnement. Cette architecture devra être suffisamment transparente pour distinguer les Africa Next Awards des nombreuses cérémonies où le prestige affiché l’emporte parfois sur la clarté des choix.

Le nombre de récompenses constitue un autre défi. Honorer cent personnalités permet de représenter plusieurs pays et secteurs, mais risque de diluer la portée de chaque distinction. La réussite de la soirée dépendra de sa capacité à raconter les parcours plutôt qu’à les faire défiler rapidement sur scène. Une personnalité peu connue du grand public peut devenir l’un des temps forts de l’événement si son travail est expliqué avec précision.

La catégorie «Culture et créativité» sera particulièrement observée. Elle doit célébrer artistes et créateurs dont l’influence ne se mesure pas uniquement à leur notoriété numérique. Le rayonnement culturel africain repose autant sur les grandes vedettes que sur les cinéastes, écrivains, designers, éditeurs, producteurs et responsables d’institutions qui construisent durablement des scènes locales.

Les Africa Next Awards affichent donc une ambition considérable: célébrer une Afrique capable de définir elle-même ses réussites et de les inscrire dans un espace mondial. La cérémonie du 3 septembre permettra de juger si cette promesse produit autre chose qu’une soirée de prestige. Son véritable intérêt résidera dans les parcours rendus visibles et dans la continuité donnée à cette reconnaissance après l’extinction des lumières des Folies Bergère.

Informations pratiques
Événement: Africa Next Awards 2026
Date: jeudi 3 septembre 2026
Horaire: 19 h 30; ouverture des portes à 19 heures
Lieu: Folies Bergère
Adresse: 32, rue Richer, 75009 Paris
Présentation: Ayden, maîtresse de cérémonie
Tarifs: à partir de 50 euros; Pass Prestige à 150 euros
Programme: distinctions, séquences d’honneur, performances artistiques et rencontres
Billetterie: Folies Bergère