Au Cap, le cinéma face aux mémoires africaines (22-28 août)

21/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

Au Cchs par un symposium sur l’art, la mémoire et la libération, avant de poursuivre sa programmation panafricaine avec Difret, drame éthiopien sur la justice, les violences faites aux femmes et l’émancipation.

À quelques jours d’intervalle, deux rendez-vous résument une part essentielle du projet culturel porté par Zeitz MOCAA au Cap : relire l’histoire politique du continent par ses artistes, ses archives et ses images. Le 22 août 2026, le musée consacre une journée entière à Spring Is Rebellious: The Art & Life of Albie Sachs, exposition ouverte en juillet 2025 et qui s’achève le lendemain, 23 août. Puis, le 28 août, sa programmation se déplace au Labia Theatre pour une projection de Difret, du réalisateur éthiopien Zeresenay Berhane Mehari. Deux propositions distinctes, mais traversées par une même question : comment l’art intervient-il dans les combats pour la justice ?

Albie Sachs, une vie politique racontée par les œuvres

Figure majeure de la lutte contre l’apartheid, Albie Sachs fut avocat, militant, écrivain puis juge à la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud entre 1994 et 2009. Contraint à l’exil en 1966, il s’installa ensuite au Mozambique, où il enseigna le droit à l’université Eduardo Mondlane. En 1988, il survécut à Maputo à un attentat à la voiture piégée organisé par des agents des services de sécurité sud-africains. Après son retour en Afrique du Sud, il participa à l’élaboration du nouvel ordre constitutionnel avant d’être nommé à la Cour constitutionnelle par Nelson Mandela en 1994.

Mais Spring Is Rebellious ne se présente pas comme une simple exposition biographique. Sous le commissariat de Phokeng Setai, le parcours utilise la trajectoire de Sachs comme fil conducteur pour relier les histoires politiques et artistiques de l’Afrique du Sud et du Mozambique. Archives, œuvres et documents proviennent notamment des UWC-Robben Island Mayibuye Archives, de la collection d’art de la Cour constitutionnelle et de la collection personnelle de Sachs. Le propos dépasse ainsi la mémoire d’un homme : il montre comment artistes, écrivains et militants ont accompagné, parfois précédé, les transformations politiques de l’Afrique australe.

Le symposium du 22 août, organisé de 10 h à 19 h 30, prolonge cette réflexion. Artistes, universitaires, commissaires et acteurs culturels y interrogent archives, design d’exposition, pédagogie et mémoire collective. Parmi les participants figurent notamment Albie Sachs, l’écrivaine Antjie Krog, la poète et ancienne diplomate Barbara Masekela et l’historienne culturelle Atiyyah Khan. La journée se conclut par une discussion autour du texte de Sachs Preparing Ourselves for Freedom, écrit en 1989, qui interrogeait déjà la place de la culture dans une société appelée à se libérer de l’apartheid.

De l’Afrique australe à l’Éthiopie, la justice passe aussi par l’écran

Six jours plus tard, le regard se déplace vers l’Afrique de l’Est. Le Pan-African Film Caravan, programme développé par Zeitz MOCAA en amont de l’exposition Turning Towards the Sun, présente Difret, réalisé en 2014 par Zeresenay Berhane Mehari. La projection a lieu le 28 août au Labia Theatre et sera suivie d’une conversation conduite par l’équipe curatoriale du musée.

Inspiré d’une histoire réelle, Difret suit Hirut Assefa, une adolescente de 14 ans enlevée dans le cadre d’une pratique de mariage par kidnapping. En tentant de s’échapper, elle tue son ravisseur et se retrouve poursuivie pour meurtre. Son destin croise celui de l’avocate Meaza Ashenafi, qui entreprend de la défendre et, au-delà de son cas individuel, de remettre en cause les structures juridiques et sociales protégeant les violences faites aux femmes. Mehari choisit la retenue plutôt que le spectaculaire : le conflit entre coutume, droit et dignité humaine se construit à travers les gestes et les décisions des personnages.

Le choix de Difret éclaire le sens du Pan-African Film Caravan. De mai à novembre 2026, le programme fait circuler au Cap des œuvres venues de différentes régions du continent et de la diaspora, du cinéma historique à la science-fiction, du documentaire aux écritures expérimentales. Après des films du Nest Collective, de Lemohang Jeremiah Mosese ou de Mostafa Derkaoui, cette étape éthiopienne rappelle combien le cinéma africain peut être à la fois archive sociale, instrument critique et espace d’émancipation.

À Zeitz MOCAA, la dernière semaine d’août dessine ainsi un passage de relais : de l’art qui accompagna les luttes de libération en Afrique australe au cinéma qui interroge aujourd’hui les droits des femmes en Éthiopie. Entre les deux, une même conviction demeure : les images ne se contentent pas de documenter l’histoire. Elles participent aux débats qui la transforment.

Informations pratiques
Exposition : Spring Is Rebellious: The Art & Life of Albie Sachs
Date de clôture : 23 août 2026
Symposium : 22 août 2026, de 10 h à 19 h 30
Lieu : Zeitz MOCAA, Ocular Lounge, Level 6, Silo District, V&A Waterfront, Le Cap, Afrique du Sud
Tarif du symposium : 265 rands, inclus dans le billet d’entrée standard du musée ; gratuit pour les membres Zeitz MOCAA
Projection : Difret de Zeresenay Berhane Mehari
Date et horaire : 28 août 2026, de 18 h à 20 h
Lieu : The Labia Theatre, Le Cap
Tarif : 30 rands ; gratuit pour les membres Zeitz MOCAA
Réservations et programme : site officiel de Zeitz MOCAA
Contact : info@zeitzmocaa.museum