Notre semaine culturelle : le jazz triomphe à Casablanca

11/07/2026 – Patricia Bechard

De Casablanca à Montréal, de Rotterdam à Rome, la semaine culturelle afro-diasporique bat au rythme des scènes ouvertes et des mémoires en mouvement. Jazz, afrobeats, cinéma, théâtre, musiques créoles, héritages mandingues et luttes urbaines composent une sélection dense, populaire et voyageuse. Entre grands festivals et rendez-vous confidentiels, l’Afrique s’écoute, se regarde et s’invente autrement, au cœur de l’été culturel.

Déjà lancé depuis le 2 juillet, Jazzablanca s’apprête à vivre son dernier grand week-end à Anfa Park. Les 10 et 11 juillet, Casablanca accueille Ms. Lauryn Hill, Wyclef Jean, YG Marley, Zion Marley, Bonga, Jessie J et Jorja Smith pour deux soirées qui transforment la ville en carrefour sonore. Une affiche dense, populaire et très diasporique, qui dit beaucoup de la place prise par Casablanca sur la carte musicale africaine.

Jazzablanca n’est plus seulement un festival de jazz. Pour sa 19e édition, qui se tient du 2 au 11 juillet 2026, il confirme son évolution vers un grand rendez-vous urbain, où Casablanca expose sa manière d’être au monde : africaine, atlantique, méditerranéenne, connectée aux Caraïbes, à l’Europe, aux Amériques et aux scènes populaires du continent.

Pour son dernier week-end, les 10 et 11 juillet 2026, le festival frappe fort. Le vendredi 10 juillet, Ms. Lauryn Hill est annoncée avec Wyclef Jean, YG Marley et Zion Marley pour l’un des concerts les plus attendus de cette 19e édition. À leurs côtés, la programmation réunit aussi Juanes, Bonga et Ami Taf Ra, dans une soirée où le hip-hop, la soul, les héritages caribéens, les musiques lusophones et le jazz se répondent sans avoir besoin d’un discours théorique. Le samedi 11 juillet, la clôture prend une autre couleur, avec Jessie J, Jorja Smith, Hind Ennaira & Omary et Madison McFerrin. Même logique : voix puissantes, R&B, pop, soul, scènes britanniques et marocaines, circulation des influences.

Ce qui frappe, c’est la cohérence du mélange. Lauryn Hill et Wyclef Jean ne sont pas de simples têtes d’affiche nostalgiques. Leur présence convoque toute une mémoire musicale : celle des Fugees, du hip-hop engagé, de la soul diasporique, des ponts entre Haïti, les États-Unis, l’Afrique et les Caraïbes. Avec YG Marley et Zion Marley, le concert élargit encore le cercle vers l’héritage reggae et la lignée Marley, dont l’imaginaire panafricain reste très fort. Bonga, immense voix angolaise, apporte une profondeur historique différente : celle des musiques lusophones, de l’exil, de la saudade et des luttes politiques chantées. Le résultat annoncé ressemble moins à une juxtaposition de stars qu’à une cartographie vivante des routes noires de la musique.

Casablanca, scène africaine et ville-monde

Depuis plusieurs années, Jazzablanca s’est éloigné d’une définition étroite du jazz pour assumer un positionnement plus large : jazz, soul, R&B, funk, pop, musiques actuelles et world. La programmation 2026 le confirme avec des artistes répartis entre la Scène Casa Anfa et la Scène 21, à Anfa Park, du 2 au 11 juillet. Le festival attire des noms internationaux, mais il garde aussi un intérêt pour les passerelles locales et régionales, comme en témoigne la présence de Hind Ennaira & Omary ou d’Ami Taf Ra dans le dernier week-end.

C’est précisément là que l’événement devient intéressant pour une veille culturelle africaine. Casablanca n’essaie pas seulement d’importer des concerts internationaux. Elle se place dans la conversation. La ville accueille des artistes dont les publics sont déjà mondiaux, mais elle les inscrit dans un espace marocain, africain, francophone et arabe. Dans un paysage où Lagos, Abidjan, Dakar, Johannesburg ou Le Cap captent souvent l’attention, Casablanca affirme une autre centralité : celle d’une métropole qui regarde vers l’Atlantique autant que vers l’Europe et le reste du continent.

La présence de Jorja Smith le 11 juillet ajoute une dimension générationnelle. La chanteuse britannique, régulièrement associée au R&B alternatif et aux scènes soul contemporaines, incarne une diaspora plus jeune, moins enfermée dans les catégories anciennes. Sa musique circule entre pop, soul, garage, reggae et influences africaines indirectes. À Casablanca, elle ne vient pas seulement compléter une affiche : elle parle à un public urbain qui écoute les mêmes sons à Londres, Rabat, Paris, Montréal ou Lagos.

Jazzablanca 2026 raconte donc une bascule. Les grands festivals africains ne se contentent plus d’être des vitrines locales. Ils deviennent des lieux où se négocient les hiérarchies culturelles mondiales. Une soirée Lauryn Hill-Wyclef-Bonga à Casablanca, ce n’est pas un simple événement musical : c’est une image forte. Celle d’une ville africaine qui accueille des mythologies diasporiques et les remet en mouvement, devant son propre public.

Informations pratiques

Événement : Jazzablanca, 19e édition
Dates du festival : du 2 au 11 juillet 2026
Temps fort : vendredi 10 et samedi 11 juillet 2026
Lieu : Anfa Park, Casablanca, Maroc
Programmation des 10 et 11 juillet : Ms. Lauryn Hill x Wyclef Jean, YG Marley & Zion Marley, Juanes, Bonga, Ami Taf Ra, Jessie J, Jorja Smith, Hind Ennaira & Omary, Madison McFerrin
Billetterie: pass jour, pass week-end et pass festival disponibles via la billetterie officielle de Jazzablanca.

À Potsdam, l’Afrique voyage en pleine ville (10-12 juillet)

Les 10 et 11 juillet, l’Africa Festival Potsdam investit Luisenplatz avec une édition anniversaire placée sous le signe du voyage. Musique, danse, théâtre, mode, gastronomie et parade dessinent un autre visage de l’Allemagne culturelle : plus diasporique, plus populaire, plus ouverte, loin des projecteurs habituels de Berlin.

À Potsdam, l’Afrique ne s’invite pas dans un décor neutre. Elle s’installe sur Luisenplatz, place historique de la ville, à quelques pas de la porte de Brandebourg locale, dans un espace chargé de mémoire prussienne. Les 10 et 11 juillet 2026, l’Africa Festival Potsdam y revient pour une 15e édition qui porte un double anniversaire : quinze ans de festival et vingt ans d’ICDI e.V., l’Internationales Center für Deutsche und Immigranten, structure organisatrice engagée dans le dialogue interculturel. L’événement est soutenu par la ville de Potsdam et s’est construit au fil des années avec des associations migrantes, des institutions locales et des acteurs de la société civile.

Le thème choisi cette année, Onye Ije, signifie « le voyageur » en igbo. Le mot est simple, mais il donne au festival une profondeur particulière. Il ne parle pas seulement de déplacement géographique. Il évoque les trajectoires des diasporas africaines en Allemagne, les mémoires transportées, les langues conservées, les cuisines transmises, les musiques adaptées, les identités recomposées. À Potsdam, le voyageur n’est pas une figure abstraite : c’est le voisin, l’artiste, le parent, l’étudiant, l’entrepreneur, le bénévole qui fait vivre la ville autrement.

C’est ce qui rend ce festival précieux. Il ne cherche pas seulement à « montrer l’Afrique » à un public européen. Il donne une place visible à celles et ceux qui vivent déjà là, dans le Brandebourg, souvent dans l’ombre culturelle de Berlin. La capitale allemande concentre les grands récits sur la diaspora noire, les scènes afro, les clubs, les expositions et les débats politiques. Potsdam rappelle que l’histoire africaine en Allemagne ne se limite pas aux métropoles les plus commentées. Elle existe aussi dans des villes moyennes, sur des places publiques, au rythme des associations, des familles et des engagements bénévoles.

Une fête populaire

Le programme assume le mélange. La scène accueillera notamment POP Jam, Nzuko Ndigbo, Alade Music Band, Jah Jeff Band, Vido Jelash & Band, Sam & Reggae – Manding Band, ainsi que les DJs Obey et Tommy. Le festival annonce aussi des présentations culturelles yoruba et béninoises, de la danse traditionnelle kényane, des performances de mascarade, du gospel africain, des ateliers, du théâtre, de la chorégraphie, un espace enfants, un défilé de mode et le concours Miss & Mister Black Beauty. Le samedi doit s’ouvrir par une parade dans la ville, avec tenues traditionnelles, percussions et danse.

L’intérêt est là : l’Africa Festival Potsdam ne sépare pas la fête, la transmission et la représentation politique. On y vient pour écouter de la musique, manger, danser, regarder un défilé, découvrir des stands, emmener des enfants. Mais derrière cette apparente légèreté, il y a une affirmation nette : les cultures africaines ne sont pas périphériques. Elles appartiennent pleinement à l’espace public allemand.

La gratuité renforce cette dimension. Un festival ouvert, familial, en plein centre-ville, permet de toucher bien au-delà des publics déjà convaincus. Il met les cultures africaines au contact des passants, des habitants, des curieux. Il oblige la ville à regarder ce qui la compose réellement : des héritages européens, bien sûr, mais aussi des présences africaines, caribéennes, diasporiques, musulmanes, chrétiennes, anglophones, francophones, lusophones, igbo, yoruba, swahili ou créoles.

À l’échelle européenne, ce type de festival compte. Il ne bénéficie pas toujours de la visibilité des grands rendez-vous installés à Paris, Londres ou Amsterdam. Pourtant, il raconte quelque chose d’essentiel : la culture africaine ne circule pas seulement par les grandes têtes d’affiche, les musées ou les scènes de prestige. Elle se maintient aussi par les collectifs locaux, les associations, les bénévoles, les cuisines familiales, les danses apprises ensemble, les parades de rue.

À Potsdam, Onye Ije est donc plus qu’un thème. C’est une déclaration de présence. Le voyage a eu lieu, mais il continue. Et pendant deux jours, il prend la forme d’une ville qui écoute, regarde et célèbre l’Afrique au cœur du Brandebourg.

Informations pratiques
Événement : Africa Festival Potsdam 2026
Dates : vendredi 10 et samedi 11 juillet 2026
Lieu : Luisenplatz, Potsdam, Allemagne
Édition : 15e édition du festival ; 20e anniversaire d’ICDI e.V.
Thème : « Onye Ije » — « Le voyageur » en igbo
Programme : concerts, DJs, danse, parade, théâtre africain, mode, ateliers, stands associatifs, gastronomie, espace enfants
Horaires annoncés : vendredi de midi à 22h ; samedi de la matinée à 22h
Accès : entrée gratuite
Organisation : ICDI e.V., avec le soutien de la ville de Potsdam.

Nuits d’Afrique fête ses 40 ans à Montréal

Le festival Nuits d’Afrique fête ses quarante ans à Montréal du 7 au 19 juillet. Entre hommage guinéen à Lamine Touré, scènes gratuites, cirque mandingue, rumba congolaise, reggae, soul et musiques créoles, il confirme son rôle de grand carrefour nord-américain des cultures africaines, antillaises et latino-américaines vivantes.

À Montréal, Nuits d’Afrique n’est pas un simple festival d’été. C’est une institution culturelle, un lieu de mémoire, de fête et de circulation. Depuis quatre décennies, l’événement installe au cœur de la ville des artistes venus d’Afrique, des Antilles, d’Amérique latine et de leurs diasporas. Pour sa 40e édition, organisée du 7 au 19 juillet 2026, le festival assume cette histoire avec une programmation dense, répartie entre concerts en salle et grands rendez-vous extérieurs gratuits.

La semaine du 10 au 17 juillet concentre l’essentiel de cette bascule entre salle et plein air. Le 10 juillet, Les Griots de Montréal et Soul of Zoo ouvrent le passage. Le 11 juillet, le MTelus accueille l’un des grands moments symboliques de l’édition : La Guinée rend hommage au Baobab de Nuit de Montréal, soirée consacrée à Lamine Touré, fondateur du festival. L’affiche réunit Sia Tolno, Degg J, AK, Manamba Kanté, Soul Bang’s et Habib Fatako. Le geste est fort. Il ne s’agit pas seulement de célébrer un programmateur : il s’agit de reconnaître un bâtisseur culturel qui a donné une scène nord-américaine à des générations d’artistes et installé Montréal comme ville d’accueil des musiques du monde.

Cette soirée guinéenne donne le ton. Nuits d’Afrique raconte une diaspora en mouvement, mais aussi une fidélité. Le festival ne court pas seulement derrière les tendances. Il relie les anciens circuits – griots, kora, mandingue, rumba, reggae, traditions créoles – aux formes actuelles : sound systems, collectifs hybrides, expérimentations urbaines, musiques électroniques et scènes métissées.

La grande scène gratuite comme manifeste populaire

À partir du 14 juillet, le festival change d’échelle avec le Village des Nuits d’Afrique, installé au Parterre du Quartier des spectacles et à l’Esplanade Tranquille. C’est là que l’événement prend toute sa dimension populaire. Les concerts gratuits permettent à un public large de croiser, parfois dans la même soirée, le Burkina Faso, Haïti, la Guinée, le Sénégal, le Congo, le Maroc, l’Algérie, la Colombie, le Brésil ou le Cap-Vert.

Le 14 juillet, Afrique en Cirque, présenté par Kalabanté, promet un temps fort spectaculaire sur la Scène TD. La compagnie, liée à la Guinée et au Québec, associe acrobaties, danse, djembés, kora, théâtre et costumes dans une forme pensée pour le 40e anniversaire du festival. La proposition a tout pour toucher un public familial sans perdre sa puissance artistique : elle donne à voir l’Afrique de l’Ouest non comme folklore, mais comme langage scénique contemporain.

Le 15 juillet, la programmation fait place à Sahra Halgan, aux Frères Sissokho & Élage Diouf, à Kizaba et à Systema Solar. Le 16 juillet, l’un des rendez-vous les plus excitants vient de Kinshasa : Fulu Miziki. Le collectif congolais transforme objets recyclés, costumes bricolés et énergie punk en transe afro-futuriste. Sa présence dit quelque chose d’essentiel : les musiques africaines ne sont pas seulement patrimoniales, elles sont aussi expérimentales, écologiques, électriques, indisciplinées.

Le 17 juillet, la soirée réunit notamment Taafé Fanga, Lorraine Klaasen, Richy Jay et Admiral T. Là encore, le festival assume une géographie large : Afrique de l’Ouest, Afrique du Sud, Haïti, Guadeloupe. Cette diversité n’est pas décorative. Elle montre comment Montréal est devenue un point de rencontre pour des communautés qui partagent des histoires de langue, de migration, de mémoire coloniale, mais aussi de danse, de fête et de création.

Informations pratiques
Événement : Festival International Nuits d’Afrique, 40e édition
Dates : du 7 au 19 juillet 2026
Focus de la semaine : du 10 au 17 juillet 2026
Lieu : Montréal, Canada
Sites principaux : MTelus, Club Balattou, Le Ministère, Le National, Scène TD, Scène Loto-Québec, Parterre du Quartier des spectacles, Esplanade Tranquille
Temps forts : hommage à Lamine Touré le 11 juillet ; lancement des scènes extérieures gratuites le 14 juillet ; Afrique en Cirque le 14 juillet ; Fulu Miziki le 16 juillet ; Admiral T et Lorraine Klaasen le 17 juillet
Accès : programmation complète et billetterie sur le site officiel du Festival International Nuits d’Afrique.

Burna Boy à Rotterdam le 11 juillet

Le 11 juillet, Burna Boy montera sur la scène Nile du North Sea Jazz Festival, à Rotterdam. Dans un festival qui fête ses 50 ans, sa présence n’a rien d’un simple coup d’affiche : elle confirme l’entrée de l’afrobeats dans les grands lieux de consécration musicale européens.

Le North Sea Jazz Festival n’a jamais été un festival figé. Né dans le jazz, il a toujours regardé autour de lui : vers la soul, le funk, le hip-hop, le R&B, les musiques caribéennes, les musiques africaines. En 2026, pour son 50e anniversaire, il pousse encore plus loin cette logique en programmant Burna Boy le samedi 11 juillet, à Rotterdam Ahoy, sur la scène Nile, de 23h15 à 00h30.

Le choix est symbolique. Burna Boy n’arrive pas ici comme une curiosité venue de Lagos. Il arrive comme une tête d’affiche mondiale, capable de tenir les plus grandes scènes, de parler à un public jeune, diasporique, africain, européen et américain, sans changer de langue musicale pour être accepté. Son afrofusion mélange afrobeats, dancehall, reggae, hip-hop, R&B et héritages nigérians. C’est précisément ce genre de circulation que North Sea Jazz revendique depuis des décennies : faire entendre les musiques noires dans leur continuité, pas dans des cases séparées.

À Rotterdam, Burna Boy sera entouré d’un véritable dispositif scénique : choristes, cuivres, guitares, claviers, batterie, percussions, DJs et danseuses. La fiche officielle du festival détaille une formation large, taillée pour le concert vivant, loin de l’image parfois réductrice d’une pop africaine produite uniquement pour les plateformes. Il y aura du rythme, bien sûr. Mais aussi une architecture sonore, des arrangements, une puissance collective.

C’est là que sa présence devient intéressante. Le North Sea Jazz Festival n’est pas un événement mineur qui cherche une star pour remplir une soirée. C’est l’un des grands festivals de jazz au monde, fondé en 1976, passé de La Haye à Rotterdam, et capable d’accueillir chaque année environ 90 000 spectateurs et plus de 1 000 artistes. Pour son édition anniversaire, il met en avant une histoire faite de grands noms, de rencontres imprévues, de fidélité au jazz et d’ouverture aux formes populaires issues de la même matrice musicale.

Une affiche africaine qui pèse

Burna Boy n’est d’ailleurs pas seul. Le samedi 11 juillet, North Sea Jazz programme aussi Adekunle Gold, autre figure nigériane de l’afro-fusion, et Fatoumata Diawara, voix majeure du Mali contemporain. La même journée, le public pourra naviguer entre jazz, soul, pop, musiques africaines, improvisation et héritages diasporiques. Cette densité africaine n’est pas anecdotique. Elle dit que les scènes du continent ne sont plus invitées à la marge : elles occupent désormais des horaires forts, des scènes centrales, des places visibles dans les grands récits musicaux européens.

La trajectoire de Burna Boy résume cette bascule. Longtemps, l’industrie musicale occidentale a traité les musiques africaines comme des scènes « world », utiles pour colorer les programmations mais rarement placées au cœur du jeu. L’afrobeats a déplacé cette frontière. Avec Lagos comme moteur, des artistes nigérians ont imposé leurs rythmes, leurs langues, leurs producteurs, leurs codes visuels et leur manière de faire danser le monde. Burna Boy, lui, a ajouté à cette vague une ambition particulière : inscrire la fête dans une mémoire plus large, entre conscience panafricaine, fierté nigériane, références reggae et culture club globale.

Son passage à North Sea Jazz pose donc une question simple : qu’appelle-t-on encore jazz en 2026 ? Le festival semble répondre par les faits. Le jazz n’est pas seulement un style avec ses standards et ses instruments. C’est aussi une histoire de déplacements, de syncopes, de voix noires, d’improvisation, de résistance, de métissages. Dans cette histoire, l’afrofusion de Burna Boy est une suite logique.

Informations pratiques
Événement : NN North Sea Jazz Festival 2026
Dates du festival : du 10 au 12 juillet 2026
Concert : Burna Boy
Date et horaire : samedi 11 juillet 2026, de 23h15 à 00h30
Scène : Nile
Lieu : Rotterdam Ahoy, Rotterdam, Pays-Bas
Autres artistes africains à suivre le 11 juillet : Adekunle Gold, Fatoumata Diawara
Billetterie et programme : via le site officiel du NN North Sea Jazz Festival.

Aux Suds d’Arles, l’Afrique fait vibrer les pierres (13-19 juillet)

Du 13 au 19 juillet, Les Suds, à Arles déploie ses scènes dans les lieux patrimoniaux de la ville. Pour la semaine du 10 au 17 juillet, trois rendez-vous africains et afro-diasporiques ressortent : Eténèsh Wassié, Fatoumata Diawara et Ghetto Kumbé. Trois manières d’entendre l’Afrique en mouvement.

À Arles, la musique ne se contente pas de passer. Elle s’accroche aux pierres, aux cours, aux ruelles, au Théâtre Antique. C’est la force des Suds : faire dialoguer les sons du monde avec une ville déjà chargée d’images, de mémoire et de lumière. Pour sa 31e édition, organisée du 13 au 19 juillet 2026, le festival confirme son rôle de rendez-vous français majeur des musiques du monde, avec une programmation qui traverse les continents sans lisser les différences. (

Dans cette édition, l’Afrique n’apparaît pas comme un simple « accent » exotique. Elle structure plusieurs moments forts de la semaine. Le 14 juillet, Eténèsh Wassié donnera un concert en format « Moment Décalé », à 22h, sur la Croisière. La chanteuse éthiopienne porte une voix immédiatement reconnaissable : grave, fêlée, habitée. Sa musique se tient à la frontière de l’éthio-jazz, du free, du blues et du rock. Elle n’adoucit pas les mélopées éthiopiennes pour les rendre aimables ; elle en garde la tension, l’âpreté, l’humour et les éclats.

Deux jours plus tard, le 16 juillet, Fatoumata Diawara occupera le Théâtre Antique à 21h30, dans une soirée partagée avec la Brésilienne Mari Froes. Là encore, le lieu compte. Entendre la chanteuse malienne dans cet écrin romain, sous les étoiles, c’est replacer sa musique dans une autre échelle : celle des voix qui portent loin. Fatoumata Diawara a bâti une œuvre où le folk mandingue, le blues, la pop et les guitares électriques avancent ensemble. Elle chante le Mali, mais aussi les femmes, les migrations, l’exil, la dignité, l’amour, les blessures politiques. Sa scène n’est jamais seulement élégante : elle est physique, lumineuse, combative.

De l’éthio-blues à la transe afro-électro

Le troisième temps fort arrive dans la nuit du 17 au 18 juillet. À 23h59, la Cour de l’Archevêché accueillera Ghetto Kumbé, suivi d’un DJ set de Captain Planet. Le trio vient de Bogotá, mais son lien avec l’Afrique est central : il travaille les racines africaines des musiques caribéennes et colombiennes, de la champeta au bullerengue, de la cumbia aux pulsations électroniques. Sur scène, Ghetto Kumbé avance comme un rituel : percussions, voix, masques, basse, transe, politique. Le festival le présente comme l’un des projets afro-futuristes les plus réjouissants du moment.

Ce parcours en trois dates raconte bien ce que Les Suds savent faire lorsqu’ils sont au meilleur de leur ligne : montrer que les musiques africaines ne forment pas un bloc. Elles peuvent venir d’Addis-Abeba, de Bamako ou de Bogotá. Elles peuvent être acoustiques, électriques, nocturnes, savantes, populaires, mystiques ou dansantes. Elles peuvent porter des mémoires très anciennes et parler au présent le plus immédiat.

L’intérêt éditorial est là. Dans beaucoup de festivals français, les musiques africaines sont encore rangées dans une catégorie confortable : chaleur, danse, « couleurs du monde ». À Arles, la sélection permet autre chose. Eténèsh Wassié ouvre une porte vers une Éthiopie rugueuse, improvisée, presque rock. Fatoumata Diawara incarne une modernité malienne qui n’a pas besoin de choisir entre racines et grande scène internationale. Ghetto Kumbé rappelle que l’Afrique a aussi une histoire américaine, caribéenne, colombienne, façonnée par les traversées forcées, les survivances rythmiques et les inventions populaires.

Les Suds, à Arles offrent donc un terrain idéal pour suivre l’Afrique culturelle hors des clichés. Du 14 au 17 juillet, entre croisière, Théâtre Antique et Cour de l’Archevêché, Arles devient moins une carte postale provençale qu’un carrefour sonore. Et c’est précisément ce qui rend ce festival précieux.

Informations pratiques
Événement : Les Suds, à Arles — 31e édition
Dates du festival : du 13 au 19 juillet 2026
Lieu : Arles, France
Temps forts Afrique/diasporas : Eténèsh Wassié, mardi 14 juillet à 22h, Croisière ; Fatoumata Diawara avec Mari Froes, jeudi 16 juillet à 21h30, Théâtre Antique ; Ghetto Kumbé + Captain Planet, vendredi 17 juillet à 23h59, Cour de l’Archevêché.
Tarifs indicatifs : Eténèsh Wassié à partir de 18 € ; Fatoumata Diawara à partir de 30 € ; Ghetto Kumbé à partir de 11 €.
Billetterie : via le site officiel des Suds, à Arles.

« Bâtir » au Festival d’Avignon le 17 juillet

Avec « Bâtir », Salim Djaferi et Clément Papachristou font du théâtre un chantier politique. Présentée au Festival d’Avignon à partir du 17 juillet, la pièce relie grands ensembles, mémoire coloniale, logement social et ségrégations urbaines. Un spectacle qui regarde la ville française depuis ses fondations les moins racontées.

Il y a des spectacles qui partent d’une grande théorie. Bâtir, lui, part d’un trouble. En 2019, aux Rencontres d’Arles, Salim Djaferi découvre une exposition consacrée aux grands ensembles construits en Algérie dans les années 1950. Devant les photographies, quelque chose le saisit : ces bâtiments, ces esplanades de béton, ces lignes urbaines lui rappellent les cités de Seine-Saint-Denis où il a grandi avec ses parents. Le paysage colonial semble étrangement familier. La mémoire intime rencontre l’archive. La scène peut commencer.

Présenté au Festival d’Avignon au Théâtre Benoît-XII à partir du 17 juillet, Bâtir est signé Salim Djaferi et Clément Papachristou à la mise en scène, avec un texte de Marie Alié, Salim Djaferi et Clément Papachristou. La pièce interroge une question simple, mais vertigineuse : la manière dont la France a construit ses banlieues porte-t-elle l’empreinte d’un imaginaire colonial ? Le spectacle traverse les politiques du logement, l’immigration, la ségrégation, les archives publiques et les récits d’habitants pour montrer comment une ville organise aussi des places, des distances, des assignations.

L’intérêt de Bâtir tient à son refus du slogan. Djaferi ne vient pas donner une leçon d’urbanisme. Il mène une enquête. Il cherche, compare, doute, assemble. La pièce prolonge son travail amorcé avec Koulounisation, spectacle consacré à la colonisation française en Algérie par le prisme du langage. Cette fois, il déplace la question : après les mots, les murs. Après la langue, l’espace. Comment une histoire politique s’inscrit-elle dans le béton, les plans, les circulations, les périphériques, les barres, les tours, les frontières invisibles entre quartiers ?

Quand le théâtre ouvre les archives

Le spectacle appartient au théâtre documentaire, mais il ne se contente pas d’empiler des documents. Les archives y croisent les souvenirs familiaux, les témoignages d’habitants, les gestes du plateau. Le Kunstenfestivaldesarts, où Bâtir a été présenté en première en mai 2026, résume bien la démarche : Djaferi mêle archives publiques sur le logement social et récits personnels collectés auprès de proches et d’habitants, sans les hiérarchiser. Ce choix est fort. Il place l’expérience vécue au même niveau que le papier officiel. Il rappelle que l’histoire urbaine n’est pas seulement écrite par les urbanistes, les élus et les administrations. Elle est aussi portée par celles et ceux qui habitent les lieux.

La pièce met ainsi en lumière une zone souvent mal regardée : le lien entre colonie et banlieue. Non pas pour dire que tout serait identique, mais pour suivre des continuités possibles. Dans les années d’après-guerre, la France construit, reloge, classe, sépare, aménage. Les grands ensembles promettent la modernité, l’hygiène, le confort. Mais ils fabriquent aussi des distances sociales et raciales, parfois sans les nommer. C’est cette part non dite que Bâtir met au travail : la ville comme décor de la République, mais aussi comme machine à trier.

L’angle est précieux pour Avignon. Le festival accueille régulièrement des formes qui affrontent les mémoires coloniales, les violences historiques, les récits minorés. Mais Bâtir déplace le sujet hors du musée et de la commémoration. Il ne demande pas seulement ce que la France a fait en Algérie. Il demande ce que cette histoire a laissé dans les manières d’habiter, de construire, de regarder une cité, de parler d’un quartier, d’y assigner des populations.

C’est là que le spectacle touche à un enjeu très actuel. Les débats sur les banlieues françaises sont souvent saturés de discours sécuritaires, sociaux ou médiatiques. Bâtir propose une autre entrée : regarder l’architecture comme une archive. Lire les plans comme des récits politiques. Voir dans les murs non seulement des matériaux, mais des choix. À Avignon, Salim Djaferi transforme le plateau en chantier de compréhension. Et dans ce chantier, chaque spectateur est invité à se demander ce que sa ville a hérité, ce qu’elle cache, et ce qu’elle continue de construire.

Informations pratiques
Spectacle : Bâtir
Festival : Festival d’Avignon 2026
Lieu : Théâtre Benoît-XII, 12 rue des Teinturiers, Avignon
Dates : 17, 18, 20, 21, 22, 23 et 24 juillet 2026
Horaire : 18h
Durée : 1h15
Langue : français, surtitré en anglais
Mise en scène : Salim Djaferi et Clément Papachristou
Texte : Marie Alié, Salim Djaferi, Clément Papachristou
Avec : Salim Djaferi, Sasha Martelli
Tarifs : 35 € plein tarif ; 30 € avec Carte Festival ; 10 € avec Carte 3 clés
Billetterie et programme : Festival d’Avignon.

À Rome, le cinéma africain reprend sa place (16-18 juillet)

Le RomAfrica Film Festival revient à Rome du 16 au 18 juillet, avec son cœur de programmation à la Casa del Cinema les 17 et 18 juillet. Longs métrages, documentaires, courts, rencontres et projections gratuites dessinent une passerelle vivante entre les cinémas africains, l’Italie et les diasporas.

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Rome n’est pas seulement une ville de patrimoine. C’est aussi une ville de migrations, de passages, de langues mêlées, de mémoires africaines souvent trop peu visibles. Le RomAfrica Film Festival, qui revient pour sa 12e édition, s’inscrit précisément dans cet espace : faire entrer les récits africains et afrodescendants dans un lieu central du cinéma italien, la Casa del Cinema, au cœur de Villa Borghese.

L’édition 2026 se déroule du 16 au 18 juillet. L’ouverture a lieu le 16 juillet à l’Académie d’Égypte, avec la projection de Love, Imagined, long métrage égyptien de Sarah Rozik. Les 17 et 18 juillet, le festival s’installe à la Casa del Cinema, entre la Sala Fellini et le Teatro all’aperto Ettore Scola, pour deux journées de projections gratuites consacrées aux cinémas africains contemporains et aux regards de la diaspora. La Casa del Cinema annonce cette 12e édition comme une rassegna dédiée au cinéma et à la culture africaine, avec longs métrages, documentaires et courts d’auteurs africains ou diasporiques, introduits par leurs protagonistes.

Le programme du 17 juillet donne le ton. À 15h, Una goccia nell’oceano, documentaire de Maria de Sousa, emmène le public vers São Tomé-et-Principe. À 16h30, Africa, la mia vita, de Nicola Berti, revient sur l’aventure du CUAMM, organisation italienne engagée dans la santé en Afrique. À 18h, le Nigéria entre en scène avec A Land Apart, long métrage de Bem Pever. La soirée se poursuit avec Au-delà des illusions, film ivoirien de Salif Koné, puis avec un double rendez-vous sénégalais en plein air : le court métrage Le Refus, de Meissa Wade, suivi de Dent pur dent, d’Ottis Ba Mamadou, présenté en lien avec le FESPACO de Ouagadougou.

Un festival pour regarder l’Afrique autrement

L’intérêt du RomAfrica Film Festival tient à sa taille humaine. Ce n’est pas une immense machine de marché. C’est une plateforme de visibilité, de médiation et de rencontre. Chaque séance devient une occasion de contextualiser les films, d’écouter des réalisateurs, des diplomates, des producteurs, des partenaires culturels. Cette dimension compte, car le cinéma africain souffre encore d’un double déficit : il circule moins que les films européens ou américains, et il est souvent enfermé dans quelques thèmes attendus — guerre, pauvreté, exil, crise. Le RAFF cherche au contraire à montrer une Afrique multiple, contemporaine, contradictoire, capable de produire ses propres images. Le festival affirme vouloir raconter l’Afrique au-delà des lieux communs et donner à voir sa variété culturelle.

Le 18 juillet élargit encore cette cartographie. Le programme traverse la France, le Sénégal, le Cameroun, le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Italie et Djibouti. On y trouve Nyumba, documentaire italien de Francesco Del Grosso, Awa, court métrage sénégalais de Sara Gadiaga, Donne di montagna : il coraggio della resilienza, documentaire camerounais de Pierre Tsapgueu Sonna, ou encore Hope & Shine Kibera Center, court métrage kényan d’Aurian Houde. Deux films sud-africains structurent particulièrement la journée : Carissa, de Jason Jacobs et Devon Delmar, présenté à la Mostra de Venise, et Sabbatical, de Karabo Lediga, passé par Rotterdam et le Toronto Black Film Festival.

Cette présence sud-africaine prend un relief particulier puisque le festival prévoit aussi un moment lié au Mandela Day, en collaboration avec l’ambassade d’Afrique du Sud. Là encore, le cinéma dépasse la seule projection. Il devient espace diplomatique, mémoriel, communautaire.

À Rome, le RAFF occupe donc une place singulière. Il relie le public italien aux cinémas du continent, mais il parle aussi aux diasporas africaines présentes dans la ville. Il rappelle que l’Afrique n’est pas seulement un sujet de débat migratoire ou humanitaire en Europe. Elle est aussi une puissance de récits, de formes, d’acteurs, de cinéastes et de publics.

Informations pratiques
Événement : RomAfrica Film Festival — 12e édition
Dates : du 16 au 18 juillet 2026
Focus Casa del Cinema: vendredi 17 et samedi 18 juillet 2026
Lieux : Académie d’Égypte, puis Casa del Cinema, Largo Marcello Mastroianni 1, Villa Borghese, Rome
Salles : Sala Fellini et Teatro all’aperto Ettore Scola
Programme : longs métrages, documentaires, courts métrages, rencontres, présentations avec réalisateurs et invités
Accès : entrée gratuite, dans la limite des places disponibles
Films à suivre : Love, Imagined; A Land Apart; Au-delà des illusions ; Dent pur dent ; Carissa ; Sabbatical
Programme complet : site officiel du RomAfrica Film Festival et Casa del Cinema.