Au Festival des 7 Collines, Circus Baobab présente « Yongoyély » du 23 au 25 juin à Saint-Étienne. Portée par six artistes guinéennes, cette création mêle acrobatie, danse, chant et engagement pour interroger la condition des femmes et la réappropriation du corps.
Il y a des spectacles qui impressionnent par la virtuosité. D’autres frappent par ce qu’ils osent dire. « Yongoyély » appartient aux deux catégories. Avec cette création, la compagnie guinéenne Circus Baobab ne se contente pas de déployer un cirque physique, spectaculaire et populaire. Elle met l’acrobatie au service d’un sujet brûlant: la condition des femmes, la domination patriarcale et la possibilité de reprendre possession de son corps.
Le titre, « Yongoyély », signifie « l’exciseuse » en langue soussou. Il annonce d’emblée la gravité du propos. Mais le spectacle ne se présente pas comme un dossier militant illustré sur scène. Il choisit une autre voie, plus puissante: celle du corps en mouvement. Les artistes montent, chutent, se relèvent, se portent, se défient, s’entraident. Chaque geste devient une manière de dire la contrainte, la blessure, la peur, mais aussi la solidarité, la force et la résistance.
Ce choix est essentiel. Le cirque, ici, n’est pas une simple prouesse. Il devient une grammaire de l’émancipation. Les équilibres précaires disent la fragilité. Les portés disent la confiance. Les envols disent la possibilité d’échapper à l’assignation. Les chutes rappellent la violence du réel. Le spectacle fait ainsi du plateau un espace de combat symbolique, où les femmes ne sont plus seulement regardées, mais agissantes.
Circus Baobab, collectif guinéen reconnu sur la scène internationale, revient à Saint-Étienne après le succès de « Yé! (l’eau) », accueilli en 2023. Cette fois, le centre de gravité est clairement féminin. « Yongoyély » place les interprètes femmes au cœur du récit, sans en faire des figures abstraites. Elles sont circassiennes, danseuses, chanteuses, porteuses de récits et de mémoire. Elles donnent au spectacle une énergie à la fois brute et maîtrisée.
Une scène traversée par la Guinée
La force de « Yongoyély » tient aussi à son ancrage. Le spectacle ne gomme pas son origine guinéenne pour correspondre à un format international lisse. Au contraire, il assume ses rythmes, ses voix, ses références, ses tensions. Les chants et les danses de Guinée dialoguent avec les techniques du cirque contemporain: voltige, mât chinois, barres russes, acrobaties collectives. Cette rencontre produit une écriture scénique immédiatement lisible, sans appauvrir la complexité du sujet.
La distribution réunit six circassiennes, danseuses et chanteuses guinéennes, accompagnées de porteurs et de voltigeurs. Sur scène, les corps composent une communauté en mouvement. Les artistes ne racontent pas seulement une oppression; elles construisent, sous les yeux du public, une réponse commune. La vitalité du spectacle vient de là: il refuse l’enfermement dans la douleur. Il parle d’une violence faite aux femmes, mais il montre aussi la puissance de celles qui la traversent, la nomment et s’en libèrent.
Le dispositif scénique, fait d’équilibres, de matières brutes et de tensions physiques, donne au spectacle une intensité particulière. Les parpaings, les troncs, les agrès, les portés et les voix créent un monde instable, rude, mais jamais désespéré. On y sent la rue, la rumeur, la mémoire collective, la pression sociale, mais aussi la joie de tenir debout ensemble. C’est cette combinaison qui rend la proposition forte: « Yongoyély » n’est pas seulement un spectacle sur la souffrance. C’est un spectacle sur la résistance.
Au Festival des 7 Collines, qui défend depuis longtemps une programmation contemporaine, internationale et engagée, cette création trouve naturellement sa place. Elle parle à un large public, à partir de huit ans, sans réduire son propos. Elle rappelle que le cirque peut être un art populaire sans être léger, spectaculaire sans être décoratif, politique sans être didactique.
À Saint-Étienne, « Yongoyély » s’annonce ainsi comme l’un des rendez-vous forts de la semaine. Un spectacle de cirque guinéen, mais aussi une œuvre de scène sur la dignité, la transmission, la sororité et la liberté.
Informations pratiques
Événement: « Yongoyély » – Circus Baobab
Cadre: Festival des 7 Collines, 32e édition
Dates: mardi 23, mercredi 24 et jeudi 25 juin 2026
Horaire: 20h
Durée: 1 heure
Lieu: La Comédie de Saint-Étienne, Salle Jean Dasté, Place Jean Dasté, 42000 Saint-Étienne
Tarifs: plein tarif 24 euros ; tarif réduit 18 euros ; tarif jeune / enfant 12 euros
Public: à partir de 8 ans
Discipline: cirque contemporain, danse, chant, acrobatie
Compagnie: Circus Baobab, Guinée
Mise en scène, mise en cirque et scénographie: Yann Ec
