Festival de Cannes: «Ben’Imana» revisite les blessures du Rwanda

17/05/2026 – Nicolas Beau

Présenté dans la section « Un Certain Regard » au Festival de Cannes, Ben’Imana de la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo explore les séquelles intimes du génocide des Tutsi. Le film suit une mère confrontée au retour brutal des traumatismes familiaux longtemps enfouis.

Parmi les films africains les plus commentés du Festival de Cannes cette année, Ben’Imana occupe une place particulière. Le long métrage de Marie-Clémentine Dusabejambo est devenu le premier film réalisé par une cinéaste rwandaise sélectionné dans la sélection officielle du festival.

Présenté dans la section « Un Certain Regard », le film se déroule au Rwanda en 2012, près de vingt ans après le génocide des Tutsi de 1994. Le pays tente alors de poursuivre les processus de réconciliation nationale engagés après les massacres, notamment à travers les juridictions communautaires gacaca mises en place pour juger les responsables et favoriser les dialogues entre victimes et familles des bourreaux.

Au centre du récit se trouve Vénéranda, survivante du génocide devenue travailleuse sociale. Engagée dans ces mécanismes de réconciliation, elle organise des rencontres et tente de reconstruire des liens dans une société encore profondément marquée par les violences du passé.

Mais son équilibre vacille lorsque sa fille Tina tombe enceinte de manière inattendue. Cet événement intime fait remonter des blessures enfouies et révèle les tensions silencieuses qui traversent encore la famille.

Plutôt que de représenter directement les massacres, Ben’Imana s’intéresse surtout à ce qui vient après : le poids du silence, les traumatismes transmis entre générations et les limites de la réconciliation officielle.

Marie‑Clémentine Dusabejambo

Une mémoire toujours présente

Le film adopte une approche très sobre. Marie-Clémentine Dusabejambo privilégie les regards, les conversations suspendues et les tensions quotidiennes plutôt que les grandes scènes explicatives. La violence du passé apparaît progressivement à travers les relations familiales et les non-dits.

Cette manière de filmer correspond à l’évolution récente du cinéma rwandais, qui cherche souvent à aborder le génocide à travers des récits plus intimes et psychologiques. Plusieurs œuvres récentes interrogent désormais moins les événements eux-mêmes que leurs conséquences durables sur les individus et les familles.

Dans Ben’Imana, la question de la transmission occupe une place centrale. Tina appartient à une génération née après le génocide mais qui grandit malgré tout dans son ombre. Le film montre comment certains traumatismes continuent de structurer les rapports familiaux même lorsqu’ils ne sont jamais formulés directement.

La réalisatrice s’intéresse également aux contradictions du processus de réconciliation. Vénéranda croit profondément à la nécessité du dialogue et de la reconstruction collective. Pourtant, sa propre histoire personnelle révèle les difficultés de ce travail de mémoire lorsqu’il touche à l’intime

Une étape importante pour le cinéma rwandais

Avant ce premier long métrage, Marie-Clémentine Dusabejambo s’était déjà fait connaître dans les festivals grâce à plusieurs courts métrages consacrés aux questions d’identité, de marginalisation et de reconstruction sociale au Rwanda.

Avec Ben’Imana, elle franchit une étape importante pour le cinéma rwandais contemporain, encore peu visible dans les grandes compétitions internationales. La sélection à Cannes représente ainsi un moment symbolique autant pour la réalisatrice que pour l’ensemble de la scène cinématographique du pays.

Le projet a bénéficié d’un long développement international, passant par plusieurs plateformes de coproduction et ateliers spécialisés. Le film a finalement été coproduit entre le Rwanda, la France, le Gabon, la Côte d’Ivoire et la Norvège.

Cette circulation internationale des financements et des collaborations reflète aussi les nouvelles dynamiques du cinéma africain contemporain, de plus en plus présent dans les grands festivals mondiaux.

À travers l’histoire de Vénéranda et de sa fille, Ben’Imana rappelle surtout que les violences collectives ne disparaissent pas avec le temps. Elles continuent souvent de traverser les familles, les silences et les générations longtemps après les événements eux-mêmes.

Informations pratiques

Ben’Imana est présenté dans la section « Un Certain Regard » du Festival de Cannes.
Le film est réalisé par Marie‑Clémentine Dusabejambo et interprété notamment par Clémentine U. Nyirinkindi, Isabelle Kabano et Kesia Kelly Nishimwe. Coproduction Rwanda, France, Gabon, Côte d’Ivoire et Norvège.