Notre semaine culturelle africaine débute avec le festival Ramadan à la Cité à Tunis

27/02/2026 – Patricia Bechard

Des nuits ramadanesques de Tunis aux écrans engagés de Saint-Martin-d’Hères, des grandes scènes du Caire aux projecteurs de Berlin, l’Afrique culturelle s’impose cette semaine comme un espace en mouvement. Festivals, concerts et cinémas relient les diasporas, déplacent les centres et rappellent qu’il ne s’agit pas d’une périphérie créative, mais d’un cœur battant du monde artistique contemporain.

Du 21 février au 17 mars 2026, le festival Ramadan à la Cité investit la Cité de la culture Chedli Klibi à Tunis. Musique, tarab, raï, théâtre et créations tunisiennes rythment les soirées du Ramadan, entre grandes voix arabes et talents locaux.


Abir Naama

À Tunis, le mois de Ramadan rime avec scène et partage. Du 21 février au 17 mars 2026, le festival Ramadan à la Cité revient animer les soirées de la capitale à la Cité de la culture Chedli Klibi. Conçu et orchestré par le Théâtre de l’Opéra de Tunis, l’événement s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur du calendrier ramadanesque, conjuguant exigence artistique et convivialité nocturne.

Pensé comme un festival pluridisciplinaire, Ramadan à la Cité propose une programmation qui traverse les registres et les générations. Concerts symphoniques, grandes voix arabes, figures du raï, groupes engagés, hommages à la chanson tunisienne et propositions théâtrales s’y succèdent, dessinant un paysage artistique à la fois ancré et ouvert.

Grandes voix et répertoires populaires

L’ouverture officielle s’est faite en musique le 25 février avec la chanteuse libanaise Abir Naama. Elle a été accompagnée par l’Orchestre symphonique tunisien sous la direction du Maestro Chady Garfi, dans un spectacle annoncé comme l’un des temps forts de cette édition. Une rencontre entre voix orientale et écriture orchestrale qui fut un moment d’élévation.

Les 27 et 28 février, le public retrouvera le Prince du Raï, Cheb Mami, pour deux soirées très attendues. Icône d’un genre populaire qui a marqué toute une génération, l’artiste algérien incarne cette capacité du festival à conjuguer nostalgie et énergie contemporaine.

Le 1er mars, place au quintet du musicien turc Aytaç Doğan, virtuose du kanoun, qui apportera une couleur instrumentale singulière à la programmation. Du 5 au 7 mars, le Festival de la chanson tunisienne prendra le relais avec un hommage appuyé aux voix locales, rappelant l’importance du patrimoine musical national dans l’identité culturelle du pays.

Zied Gharsa

Le 10 mars sera placé sous le signe du tarab avec Zied Gharsa, figure majeure de la musique classique tunisienne. Le lendemain, le 11 mars, le mythique groupe marocain Nass El Ghiwane montera sur scène. Connu pour son esprit engagé et ses textes puissants, le collectif continue de fédérer un public intergénérationnel à travers le monde arabe.

Enfin, le 15 mars, la clôture du festival sera confiée à la star libanaise Carole Samaha. Une soirée annoncée comme somptueuse, qui devrait attirer un large public et refermer cette édition sur une note festive et spectaculaire.

Un rendez-vous culturel ramadanesque

Au-delà des concerts, le festival accorde également une place au théâtre. Le 14 mars, la pièce “11-14” de Moez El Gdiri viendra enrichir la programmation, confirmant la dimension pluridisciplinaire de l’événement. Cette diversité témoigne de la volonté des organisateurs de faire de Ramadan à la Cité un espace d’expression multiple, où la musique dialogue avec les arts de la scène.

Aytaç Doğan

Le Théâtre de l’Opéra de Tunis, à l’origine de cette manifestation, affirme ainsi son rôle central dans la structuration de la vie culturelle nationale. En investissant la Cité de la culture Chedli Klibi, complexe emblématique au cœur de la capitale, il ancre le festival dans un lieu devenu symbole du renouveau artistique tunisien.

Ramadan à la Cité ne se limite pas à une succession de spectacles. Il s’inscrit dans une tradition propre aux soirées du Ramadan, où les familles et les amis se retrouvent après la rupture du jeûne pour partager des moments de culture et de détente. L’événement cultive cette atmosphère particulière faite de ferveur, de recueillement et de célébration.

En consolidant d’année en année sa programmation et en invitant des artistes tunisiens, arabes et internationaux, le festival affirme sa vocation de passerelle. Il relie les générations, les styles et les sensibilités. À Tunis, il s’impose comme un cœur battant de la saison culturelle, où le plaisir artistique se conjugue à la convivialité.

Informations pratiques

Événement : Ramadan à la Cité 2026
Lieu : Cité de la culture Chedli Klibi, Tunis
Dates : du 21 février au 17 mars 2026
Organisation : Théâtre de l’Opéra de Tunis
Billetterie et programme détaillé : disponibles auprès de la Cité de la culture et des canaux officiels du festival.

À Calgary, l’Ethnik Festival célèbre l’unité (jusqu’au 1 er mars)

Du 27 février au 1er mars 2026, l’Ethnik Festival of Arts and Culture investit Calgary pour trois jours de célébration afro-canadienne et caribéenne. Musique, performances, marchés culturels et rencontres communautaires composent un rendez-vous placé sous le signe de l’unité dans la diversité.

À Calgary, la fin février s’annonce haute en couleurs. Du 27 février au 1er mars 2026, l’Ethnik Festival of Arts and Culture réunit artistes, collectifs, entrepreneurs culturels et publics autour d’une programmation dense mêlant musique, danse, expositions, conférences et marchés culturels. Plus qu’un simple festival, l’événement se veut une plateforme de rencontre et de reconnaissance pour les communautés afro-canadiennes et caribéennes.

Porté par l’Ethnik Festivals Association, organisme à but non lucratif ancré dans la communauté, le festival revendique une ambition claire : créer des espaces d’apprentissage, de recherche, de formation et de célébration des réussites individuelles et collectives. Son credo, « Unity in diversity », traduit une vision d’une société canadienne intégrée et socialement cohésive, où les identités culturelles ne s’effacent pas mais dialoguent.

Une plateforme pour raconter et transmettre

L’association se définit comme un acteur communautaire à vocation globale. Elle se présente à la fois comme organisatrice d’événements, incubatrice de talents et gardienne de mémoires culturelles. Au cœur de son action, trois axes structurent son travail : le développement et la recherche artistique, l’apprentissage et l’autonomisation des jeunes, la célébration des créateurs et la promotion des identités culturelles à travers des festivals et rassemblements significatifs.



L’Ethnik Festival incarne concrètement cette mission. Sur scène, des artistes afro-canadiens et caribéens font vibrer des répertoires qui traversent les générations et les géographies. Les performances mêlent musiques traditionnelles et expressions urbaines contemporaines. Les danses racontent des histoires de migrations, d’héritages et de métissages. Dans les espaces d’exposition, arts visuels et artisanat témoignent de savoir-faire transmis et réinventés.

Les marchés culturels occupent également une place centrale. Ils offrent une vitrine à des entrepreneurs issus des communautés représentées, qu’il s’agisse de mode, de gastronomie, d’édition ou d’objets artisanaux. Cette dimension économique n’est pas secondaire. Elle participe d’une volonté d’autonomisation et de visibilité, en soutenant des initiatives qui prolongent la culture dans la vie quotidienne.

L’art comme langage commun

Pour les organisateurs, l’art constitue un langage universel capable de dépasser les frontières et de favoriser une meilleure compréhension des histoires et des valeurs des différents peuples. Il ne s’agit pas seulement d’expression esthétique. L’art est envisagé comme une force dynamique, inscrite dans la vie de tous les jours, capable de guérir, de créer du lien et de renforcer le sentiment d’appartenance.

Dans cette perspective, les conférences et tables rondes proposées durant le festival occupent une fonction essentielle. Elles permettent d’aborder des enjeux liés à la transmission culturelle, à la représentation des minorités dans les industries créatives ou encore à la place des jeunes dans la construction des identités diasporiques. Ces moments d’échange complètent la dimension festive et donnent au rendez-vous une profondeur réflexive.

Le festival s’inscrit également dans une vision assumée du « rêve canadien », façonné par la diversité, l’opportunité et l’unité. Les organisateurs affirment leur conviction que chaque personne doit pouvoir vivre, apprendre et créer à partir de son héritage culturel. En ce sens, l’Ethnik Festival ne se contente pas de montrer des cultures ; il revendique un droit à la visibilité et à la participation pleine et entière à la société canadienne.

À Calgary, ville marquée par une forte croissance démographique et une diversité croissante, l’événement joue un rôle de catalyseur. Il favorise les rencontres entre communautés, encourage la curiosité et contribue à enrichir le paysage culturel local. Loin de se limiter à une célébration ponctuelle, il s’inscrit dans un travail continu mené tout au long de l’année par l’association.

En réunissant artistes, publics et acteurs communautaires, l’Ethnik Festival of Arts and Culture affirme que la diversité n’est pas un slogan mais une pratique vivante. Pendant trois jours, Calgary devient un espace de partage où les cultures afro-canadiennes et caribéennes se racontent, se célèbrent et se projettent vers l’avenir.

Informations pratiques

Événement : Ethnik Festival of Arts and Culture 2026
Dates : du 27 février au 1er mars 2026
Lieu : Calgary, Alberta, Canada
Organisation : Ethnik Festivals Association
Programme détaillé et billetterie : disponibles sur les plateformes officielles du festival.


Le Caire : Angham se produira au Grand Egyptian Museum le 3 mars

Le 3 mars 2026, la star égyptienne Angham se produira pour la première fois au Grand Egyptian Museum, dans le cadre des GEM Nights. Une soirée caritative mêlant concert, exposition exclusive et sohour, sous le titre évocateur « One Night, One Light ».

Angham

Le mardi 3 mars, le Grand Egyptian Museum accueillera l’une des voix les plus emblématiques du monde arabe. À partir de 22 heures, la chanteuse Angham investira la tente Al-Mashrafia pour une performance exceptionnelle, marquant sa première apparition dans ce lieu prestigieux.

Organisée par Ahl Masr Burn Hospital Sohour, la soirée porte le titre One Night, One Light. Au-delà du concert, l’événement revêt une dimension philanthropique. Il associe musique, exposition exclusive et sohour, transformant la nuit ramadanesque en moment de partage culturel et de solidarité. Le choix du Grand Egyptian Museum comme écrin confère à la soirée une portée symbolique forte, reliant patrimoine millénaire et création contemporaine.

Une voix majeure de la scène arabe

Née en 1972 dans une famille d’artistes, Angham grandit au cœur de la musique. Son père, Mohamed Ali Soliman, compositeur, violoniste et chanteur, l’initie très tôt à la scène. Sa mère, Magda Abdel-Haleem, appartient également au monde artistique. Angham débute à la fin des années 1980 aux côtés de son père, avant de poursuivre une formation au Conservatoire du Caire et d’entamer une carrière indépendante.

Angham

Depuis, elle a publié plus de vingt-cinq albums et construit un répertoire qui traverse les générations. De Fil Rokn El Baeed El Hady à Mazh, en passant par Betheb Meen ou Hala Khassa Geddan, elle a su conjuguer romantisme classique, arrangements modernes et maîtrise vocale. Sa présence scénique et sa capacité à incarner l’émotion lui valent une popularité constante en Égypte et dans l’ensemble du monde arabe.

En septembre 2025, elle franchissait une étape historique en se produisant au Royal Albert Hall de Londres, devenant la première artiste égyptienne à fouler la scène de cette salle mythique. Cinquante-huit ans après le concert d’Abdel Halim Hafez en 1967, sa performance y fut saluée par une ovation mémorable. Ce jalon international confirme son statut d’icône culturelle.

Les GEM Nights, nouvelle scène internationale

Le concert du 3 mars s’inscrit dans la série des GEM Nights, lancée fin 2025. Le Grand Egyptian Museum a depuis accueilli une programmation éclectique réunissant des artistes de renommée mondiale tels que le violoncelliste Hauser, le chanteur R&B Brian McKnight, l’auteur-compositeur britannique Calum Scott, le musicien canadien Bryan Adams ou encore la soprano égyptienne Fatma Said.

En accueillant Angham, le musée poursuit cette dynamique d’ouverture, mêlant figures internationales et grandes voix arabes. Le choix de la tente Al-Mashrafia crée une atmosphère à la fois intime et solennelle, propice à une expérience immersive où patrimoine architectural et performance musicale dialoguent.

Le format de la soirée, combinant concert, exposition et sohour, reflète une conception élargie de l’événement culturel. Il ne s’agit pas seulement d’assister à un spectacle, mais de vivre un moment complet, inscrit dans le rythme particulier des nuits de Ramadan. L’initiative caritative portée par Ahl Masr Burn Hospital Sohour ajoute une dimension solidaire, rappelant que l’art peut également être un vecteur d’engagement.

Au Grand Egyptian Museum, temple dédié à l’histoire pharaonique et à la mémoire nationale, la voix d’Angham résonnera comme un pont entre héritage et modernité. En s’inscrivant dans la programmation des GEM Nights, la chanteuse confirme son rôle central dans la scène musicale arabe contemporaine.

Informations pratiques

Événement : Angham – One Night, One Light
Date : mardi 3 mars 2026
Heure : à partir de 22 h
Lieu : Tente Al-Mashrafia, Grand Egyptian Museum, Le Caire
Organisation : Ahl Masr Burn Hospital Sohour
Programme : concert live, exposition exclusive et sohour
Billetterie : via les canaux officiels du Grand Egyptian Museum et des organisateurs.

À Saint-Martin-d’Hères, une semaine au rythme des Cinémas d’Afrique (4-10 mars)

Du 4 au 10 mars 2026, Mon Ciné à Saint-Martin-d’Hères accueille la neuvième édition des Rendez-vous des Cinémas d’Afrique. Dix-neuf films, dont plusieurs inédits et avant-premières, célèbrent la vitalité des créations africaines et ouvrent un espace de dialogue avec le public.

À Saint-Martin-d’Hères, le cinéma devient une fenêtre ouverte sur le continent africain. Du mercredi 4 au mardi 10 mars, la salle Mon Ciné accueille la neuvième édition des Rendez-vous des Cinémas d’Afrique. Dix-neuf films, entre fictions et documentaires, composent une programmation dense qui explore la diversité des regards et des récits venus d’une douzaine de pays.

Fidèle à son ambition initiale, le festival entend mettre en lumière la richesse des créations africaines contemporaines. Après une édition 2025 qui avait réuni plus de 1 200 spectateurs, l’événement confirme son ancrage local et son rayonnement croissant. Cette année, l’identité visuelle a été conçue en partenariat avec le lycée Argouges, où des élèves de première ont participé à l’élaboration de l’affiche. Un geste symbolique qui souligne la dimension pédagogique et collective du projet.

Une programmation exigeante et engagée

Le programme, élaboré avec le concours de onze associations partenaires, propose un éventail de films permettant d’aborder des réalités sociales, politiques et culturelles variées. Huit œuvres sont inédites et quatre seront présentées en avant-première. Nombre d’entre elles ont été remarquées dans de grands festivals internationaux tels que Cannes, le Fespaco ou Locarno, parfois couronnées de prix.

En ouverture, le documentaire Soudan, souviens-toi de la réalisatrice Hind Meddeb donne le ton. Le film revient sur l’élan révolutionnaire soudanais et interroge la mémoire collective d’un pays traversé par les aspirations à la liberté. D’autres œuvres explorent les luttes pour l’indépendance, les mutations sociales ou encore les combats pour l’émancipation des femmes. Loin des clichés, la sélection propose un éclairage nuancé sur la complexité des sociétés africaines contemporaines.

La diversité des formats contribue à cette richesse. Les documentaires côtoient des fictions audacieuses, offrant des expériences cinématographiques complémentaires. Certaines œuvres adoptent une approche intimiste, d’autres privilégient la fresque historique ou la chronique sociale. Ensemble, elles dessinent un paysage pluriel, à l’image du continent.

Le jeune public n’est pas oublié. Le film Fantastique, sélectionné au Festival de Locarno 2025, sera projeté le dimanche 8 mars au matin. Destinée aux enfants à partir de dix ans, cette séance confirme la volonté des organisateurs d’élargir l’accès aux cinémas d’Afrique à toutes les générations.

Un festival de rencontres et de débats

Au-delà des projections, Les Rendez-vous des Cinémas d’Afrique cultivent l’échange. Chaque séance devient l’occasion de rencontres avec des représentants associatifs, des réalisateurs, des distributeurs ou des historiens. Ces discussions prolongent les films, ouvrent des perspectives et invitent le public à confronter ses points de vue.

Nouvelle initiative cette année, un ciné-radio en lien avec Radio Campus accompagnera certaines projections. Cette formule permet de diffuser les débats au-delà de la salle et d’inscrire le festival dans un espace médiatique élargi. Elle témoigne de la volonté d’expérimenter de nouveaux formats pour faire circuler la parole.

À Mon Ciné, l’événement s’inscrit dans une tradition d’ouverture aux cinématographies du monde. Les Rendez-vous des Cinémas d’Afrique s’y imposent comme un temps fort, alliant exigence artistique et engagement citoyen. En mettant en avant des œuvres souvent peu visibles dans les circuits commerciaux, le festival contribue à diversifier les imaginaires et à renouveler les regards.

Dans un contexte où les représentations de l’Afrique restent parfois stéréotypées, cette semaine de projections offre un contrepoint salutaire. Elle rappelle que le cinéma africain est multiple, inventif et profondément ancré dans les réalités contemporaines. À Saint-Martin-d’Hères, le public est invité à voyager, à réfléchir et à débattre, le temps d’un festival devenu incontournable.

Informations pratiques

Événement : Les Rendez-vous des Cinémas d’Afrique 2026
Lieu : Mon Ciné, Saint-Martin-d’Hères
Dates : du 4 au 10 mars 2026
Programme : 19 films, dont 8 inédits et 4 avant-premières
Rencontres : débats avec réalisateurs, associations et professionnels
Billetterie et horaires : disponibles auprès de Mon Ciné et sur les supports officiels du festival.

Berlinale 2026 : « Soumsoum, la nuit des astres », 

Présenté en compétition à la Berlinale 2026, Soumsoum, la nuit des astres marque le retour de Mahamat-Saleh Haroun. Entre mythe et réalisme, le cinéaste franco-tchadien explore l’invisible, la mémoire et la place des femmes dans un Tchad traversé par les bouleversements contemporains.


Dévoilé mi-février en compétition officielle à la 76e Berlinale, Soumsoum, la nuit des astres confirme la singularité du regard de Mahamat-Saleh Haroun. Depuis Daratt, Un homme qui crie, Grigris ou Lingui, le réalisateur franco-tchadien n’a cessé de proposer une image du continent affranchie des clichés, attentive aux tensions entre héritages ancestraux et mutations modernes. Avec ce nouveau long métrage, il pousse plus loin encore une esthétique de l’épure et du symbolique.

Le film s’ouvre dans un Tchad désertique récemment frappé par des pluies diluviennes. Nous suivons Kellou, adolescente scolarisée, amoureuse, connectée à son téléphone comme toutes les jeunes filles de son âge. Mais Kellou est habitée par des visions. « Je fais des rêves. Je vois des événements qui se produisent », confie-t-elle. Née dans le sang après la mort de sa mère en couches, elle porte une marque ambivalente, à la fois stigmate et possible puissance.

Entre merveilleux et chronique contemporaine

Haroun installe son récit au cœur d’une cosmogonie où âmes errantes, fêtes des masques et étoiles messagères composent une trame discrète mais persistante. Le film convoque le merveilleux sans jamais basculer dans l’illustration folklorique. L’invisible affleure dans les silences, dans les regards, dans la manière dont la caméra capte les visages comme des paysages intérieurs.

La rencontre de Kellou avec Aya, femme ostracisée et qualifiée de sorcière par les habitants, constitue un pivot narratif. À travers cette figure marginalisée, le cinéaste interroge la peur collective, la désignation de boucs émissaires et la place des femmes dans un environnement social traversé par le syncrétisme religieux et les tensions identitaires. Ce qui pourrait relever du conte devient alors une lecture en creux du Tchad contemporain.

Le décor joue un rôle central. Le plateau de l’Ennedi, avec ses arches naturelles, ses falaises et ses grottes, impose une dimension quasi intemporelle au récit. Ces paysages spectaculaires, filmés avec ampleur, rappellent par moments l’usage mythique de Monument Valley chez John Ford. Ils inscrivent la quête de l’héroïne dans un espace qui semble échapper à l’agitation humaine, proche d’une éternité minérale.

Une œuvre d’épure et de transmission

Le parcours initiatique de Kellou se construit dans la tension entre modernité et héritage. Le téléphone portable coexiste avec les croyances anciennes. Les visions prophétiques se heurtent à un village en proie aux conséquences du dérèglement climatique. Les inondations du 1er septembre 2024, évoquées dans le film, ancrent le récit dans une actualité tangible.

Haroun tisse ces éléments avec une grande sobriété. La mise en scène privilégie les plans longs, les cadres ouverts et une direction d’acteurs contenue. Maïmouna Miawama incarne Kellou avec une fragilité retenue, tandis qu’Achouackh Abakar Souleymane confère à Aya une présence magnétique. Les dialogues, souvent elliptiques, invitent à lire entre les lignes.

Produit par la société française Pili Films et coproduit en exécutif par la société tchadienne Goï-Goï Productions, le film bénéficie d’une diffusion internationale assurée par Films Boutique. Sa sélection en compétition à la Berlinale l’inscrit d’emblée dans la rotation des grands festivals, augurant un parcours soutenu dans les mois à venir.

Soumsoum, la nuit des astres peut dérouter par son rythme et son style narratif inhabituel. Il refuse les démonstrations appuyées et privilégie une progression presque méditative. Mais c’est précisément dans cette retenue que réside sa force. Haroun y apparaît en passeur, reliant passé et présent, visible et invisible, mémoire et devenir.

À Berlin, le film s’impose comme l’une des propositions les plus singulières de la compétition 2026. En explorant le merveilleux comme un prisme pour comprendre le réel, Mahamat-Saleh Haroun poursuit une œuvre cohérente et exigeante, attentive à la complexité des identités africaines contemporaines.

Informations

Titre : Soumsoum, la nuit des astres
Réalisation : Mahamat-Saleh Haroun
Pays : Tchad / France
Première mondiale : Berlinale 2026, compétition officielle
Production : Pili Films, Goï-Goï Productions
Ventes internationales : Films Boutique

Berlinale 2026 : Leyla Bouzid fait entendre la force du murmure

Sélectionné en compétition officielle à la 76e Berlinale, In a Whisper confirme la maturité du cinéma de Leyla Bouzid. Entre retour aux sources et mémoire féminine, la réalisatrice tuniso-française explore les silences familiaux et les fractures intimes d’une Tunisie plurielle.

La nouvelle a circulé comme un souffle devenu écho : In a Whisper, troisième long-métrage de fiction de Leyla Bouzid, figure parmi les films en compétition officielle à la 76e Berlinale, qui se tient du 12 au 22 février 2026 à Berlin. Aux côtés de vingt-et-un autres films venus de vingt-huit pays, l’œuvre concourt pour les Ours d’or et d’argent, inscrivant une nouvelle fois le cinéma tunisien au cœur d’un rendez-vous majeur du septième art.

Coproduit par Unité (France) et Cinétéléfilms (Tunisie), le film, d’une durée de 1h53, s’inscrit dans la continuité d’un parcours artistique cohérent, où l’intime dialogue avec le politique. Depuis À peine j’ouvre les yeux jusqu’à Une histoire d’amour et de désir, Leyla Bouzid a construit un cinéma attentif aux voix empêchées, aux désirs contrariés et aux identités en tension entre deux rives.

Une maison, trois générations, des silences

Le récit s’ouvre sur un retour contraint. Lilia, interprétée par Eya Bouteraa, quitte Paris pour revenir en Tunisie à l’occasion des funérailles de son oncle. Ce retour agit comme un révélateur. Dans la maison familiale, trois générations de femmes cohabitent, liées par des histoires tues, des blessures anciennes et des fidélités invisibles.

Autour de Lilia, les présences de Hiam Abbas et Marion Barbeau composent une constellation féminine dense. Les regards s’échangent, les gestes s’interrompent, les phrases restent en suspens. Chez Bouzid, le conflit ne s’énonce pas frontalement. Il affleure dans la retenue, dans les silences qui pèsent plus lourd que les mots.

La maison devient un espace symbolique. Elle concentre les héritages, les ruptures et les attentes d’une Tunisie traversée par des mutations profondes. Les murs semblent porter la mémoire des femmes qui les ont habités. La cinéaste filme ces corps comme des archives vivantes, gardiennes d’histoires souvent marginalisées.

Un cinéma de la nuance

Avec In a Whisper, Leyla Bouzid poursuit son exploration des territoires intérieurs. Son style, loin de l’emphase, privilégie la suggestion. La caméra avance à pas feutrés, attentive aux détails, aux respirations, aux zones d’ombre. Cette écriture délicate trouve un écho particulier dans le cadre berlinois, festival historiquement attentif aux œuvres engagées et audacieuses dans leur forme.

Leyla Bouzid

Révélée en 2015 avec À peine j’ouvre les yeux, portrait d’une jeune chanteuse à la veille de la révolution tunisienne, la réalisatrice interrogeait déjà la liberté et la parole entravée. En 2021, Une histoire d’amour et de désir abordait le désir féminin et l’exil intérieur avec une rare sensibilité. In a Whisper apparaît aujourd’hui comme une œuvre mûrie, creusant le sillon d’un cinéma du murmure où les tensions sociales se lisent dans les fractures intimes.

La sélection en compétition officielle à la Berlinale ne constitue pas seulement une consécration individuelle. Elle marque une étape importante pour la visibilité du cinéma tunisien contemporain, porté par des voix féminines exigeantes et profondément ancrées dans leur époque. Dans un paysage international souvent dominé par des narrations spectaculaires, le choix d’un film fondé sur la retenue et la complexité des liens familiaux a valeur de signal.

À Berlin, Leyla Bouzid ne cherche pas l’éclat. Elle choisit la vibration discrète. Et c’est dans ce chuchotement que se déploie la puissance de son cinéma.

Informations

Titre : In a Whisper (À voix basse)
Réalisation : Leyla Bouzid
Pays : France / Tunisie
Durée : 1h53
Première mondiale : Berlinale 2026, compétition officielle
Sortie en Tunisie : 29 avril 2026
Production : Unité (France), Cinétéléfilms (Tunisie)