L’Afrique a abandonné le Sahel

13/02/2021 – Nicolas Beau

Pourquoi les pays africains ne viendraient-ils pas au secours du G5 Sahel? Il serait grand temps !  

Le président Emmanuel Macron a décidé de retirer une partie de la force Barkhane du Sahel. Cette mesure qui sera annoncée lors du sommet du G 5 Sahel prévu mi-février au Tchad va provoquer des critiques en Afrique contre la France. 

Le président français Macron a reçu entre décembre 2020 et janvier 2021 ses homologues mauritanien Mohamed Ould Ghazouani, nigérien Mahamadou Issoufou, tchadien Idriss Déby et malien Bah N’Daw. Il recevra prochainement le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré. A tous, il entend préciser et expliquer la décision de la France de procéder au retrait d’une partie de la force barkhane.

Si les chefs d’Etat des pays membres du G5 Sahel en ont eu la primeur, l’ampleur de la diminution de la force française ne sera détaillée que lors de la rencontre prévue du 15 au 16 février 2021 entre le G5 Sahel et ses partenaires internationaux, dont l’Union africaine, la France, l’Union européenne et les Nations unies. 

La France a décidé de réduire sa présence militaire au Sahel non que la situation sécuritaire soit devenue meilleure dans la région. Il s’agit plus, en réalité, d’une décision qui tient à des considérations de politique intérieure. Dans le contexte actuel de morosité économique entraînée par la pandémie du Covid 19, il devient intenable pour le gouvernement français de continuer à financer la lutte contre le terrorisme au Sahel dont le coût pour le trésor public français a atteint près de 911 millions d’euros pour la seule année 2020.  

A la facture salée, s’ajoute le tribut humain de plus en plus lourd payé par Barkhane. Cinq soldats de Barkhane sont morts au Mali entre décembre 2020 et janvier 2021, portant à 50 le nombre de militaires français tués dans la zone depuis 2013.  

Selon un sondage publié en janvier dernier, l’opinion publique, qui avait soutenu massivement l’opération Serval 2013, s’est retournée contre la présence militaire française au Sahel. Macron, candidat à sa propre succession en 2022, ne veut prendre aucun risque politique en maintenant Barkhane dans sa configuration actuelle. 

L’Algérie pompier et pyromane 

La décision de la France de rapatrier une partie de ses soldats alors que la situation sécuritaire demeure toujours très volatile au Sahel va être perçue comme un « lâchage » et susciter de vives critiques dans certains milieux africains. On pourrait toutefois leur demander où est passée la solidarité africaine avec le Sahel. Sur ce registre, les puissances militaires continentales ont fait beaucoup moins que la France.

L’Algérie, la puissance militaire voisine du Mali et du Niger, n’a assuré que le « minimum syndical », se contentant d’accueillir sur son sol les négociations inter-maliennes de 2015 alors que les services algériens jouent au pyromane en manipulant le redoutable Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM). L’Egypte, autre puissance militaire continentale, ne s’est jamais intéressée aux problèmes sahéliens, même pas en 2019 quand le président Al-Sissi avait pris la présidence de l’Union africaine. Sur le chapitre de la solidarité africaine, l’Afrique subsaharienne ne fait pas mieux que les pays maghrébins.  

Bien qu’elle assure actuellement la présidence en exercice de l’Union africaine, l’Afrique du Sud n’a pas montré d’engagement particulier dans la résolution de la crise sahélienne. Enfin, l’Ethiopie, autre grande puissance militaire du continent, ne fait pas mieux que les autres. I

l n’est pas forcément demandé à ces puissances militaires africaines d’envoyer des troupes. Elles peuvent simplement apporter des ressources financières ou fournir des équipements militaires au G5 Sahel. L’une des faiblesses les plus criardes des armées du Sahel, c’est la composante aérienne. L’Algérie, l’Egypte, l’Ethiopie et l’Afrique du Sud disposent d’hélicoptères par dizaines. A défaut d’en donner aux pays du Sahel, ils peuvent les déployer sur place pour des missions de courte durée. Ce ne sont pas les options de soutien à la région qui manquent. La vérité, c’est qu’au Sahel le déficit de solidarité africaine se manifeste de manière caricaturale.  





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