Il y a, derrière la politique étrangère d’Emmanuel Macron, une certaine idée de la France. Ou plutôt une incertitude : que pèse-t-elle encore ? Depuis 2017, le chef de l’État semble chercher la réponse dans le nombre, les alliances et les coalitions. Comme si la France ne pouvait plus compter qu’adossée à d’autres.
Le discours prononcé par Emmanuel Macron en octobre 2017 était prémonitoire. Devant l’Assemblée des Français de l’étranger, Emmanuel Macron expliquait que la voix de la France demeurait entendue grâce à son réseau diplomatique, sa puissance militaire et un « effet de rémanence ». Le mot désuet désigne la persistance d’un phénomène après la disparition de la cause qui l’a produit. C’est comme si à peine élu le président français semblait regarder une partie de la puissance française comme la lumière d’un astre déjà mort.
Le poids de l’héritage
Or cette « rémanence » avait un autre nom : l’héritage. Un siège permanent au Conseil de sécurité, l’arme nucléaire, une armée capable de se projeter, le troisième réseau diplomatique mondial, mais surtout une certaine idée de la France : alliée sans être alignée, capable de parler à Washington comme à Moscou, à Israël comme au monde arabe, et de conserver ainsi une voix singulière. Emmanuel Macron en a fait une autre lecture. Puisque la France ne pouvait plus peser seule, elle pèserait par le nombre. Aux crises répondraient désormais les coalitions.
Être là
Alors on empile. Au Sahel : G5, Alliance Sahel, Coalition pour le Sahel, Takuba. Après le 7-Octobre : une coalition anti-Hamas annoncée à Jérusalem et enterrée presque aussitôt. En Ukraine : une « coalition des volontaires » qui prépare une force pour l’après-guerre mais doit attendre qu’une paix qu’elle ne négocie pas soit conclue par d’autres. À Ormuz : 51 pays réunis autour d’une mission qui, elle aussi, attendra le cessez-le-feu avant d’agir.
La méthode possède une vertu : elle permet d’être là. Emmanuel Macron préside, réunit, annonce. Il est sur la photo. Mais la diplomatie ne consiste pas seulement à être présent lorsque les caméras s’allument. Elle consiste à peser lorsque les portes se ferment.
C’est peut-être là que réside le paradoxe de ces neuf années. Emmanuel Macron aura puisé dans l’héritage de la France pour rester au premier plan d’un monde dans lequel la France, elle, perdait sa place. En 2017, le chef de l’état appelait cette dissociation la « rémanence ». Neuf ans plus tard, le mot ressemble à une prophétie autoréalisatrice.
