La solitude planétaire de Donald Trump dans sa croisade contre l’Iran

21/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

L’ancien diplomate américain Ludovic Hood propose une solution de bon sens à la crise iranienne. Dans une tribune publiée par le Wall Street Journal, il explique que Donald Trump n’a plus d’autre choix que de pousser au changement de régime en Iran. Sinon, affirme-t-il, « l’impasse qui en résultera fera que le régime iranien présentera le statu quo comme une victoire ».

Une chronique d’Yves Mamou, qui anime un site sur le Moyen-Orient souvent proche des positions du gouvernement israélien. Malgré les sérieuses divergences d’appréciation que nous avons avec cet ancien journaliste du journal Le Monde sur la crise actuelle, ses articles clairement engagés sont toujours très instructifs. C’est la raison pour laquelle Mondafrique publie cette libre opinion avec l’autorisation de son auteur.

Nicolas Beau, directeur de Mondafrique

Ancien diplomate devenu chercheur au Hudson Institute, Ludovic Hood préconise d’agir sur deux axes :

-Le premier serait de « donner carte blanche au secrétaire au Trésor, Scott Bessent, et au secrétaire d’État, Marco Rubio, pour asphyxier l’économie iranienne — et surtout les sources de financement du Corps des gardiens de la révolution islamique ».

Il est raisonnable de penser que l’économie iranienne et les revenus des Gardiens de la Révolution ont commencé d’être asphyxiés. Scott Bessent a en effet déclaré que les « comptes bancaires, les portefeuilles de cryptomonnaies et les actifs iraniens dans le monde entier » seront asséchés, et que tout ce qui peut apparaître comme un « paiement au régime et à ses mandataires » sera coupé.

Le second point, la mobilisation des alliés des États-Unis contre l’Iran et ses milices (Houthis, Hezbollah…), pose d’avantage problème. La raison en est simple : Donald Trump entretient des relations exécrables avec la plupart d’entre eux.

Comme l’explique Zachary Basu d’Axios, Trump a passé « son second mandat à attaquer les alliés des États-Unisà humilier leurs dirigeants et à utiliser des relations de sécurité vieilles de plusieurs décennies pour régler des comptes personnels et politiques ».

L’Europe. On s’en souvient : le 14 février 2025, J. D. Vance, vice-président de Donald Trump, a expliqué aux alliés européens réunis à Munich, lors de la Conférence sur la sécurité, que la principale menace pesant sur l’Europe n’était pas la Russie, mais l’immigration de masse et le bâillon que ces mêmes dirigeants européens mettaient à la liberté d’expression. Le discours de Vance, asséné sans ménagement, marquait le tournant nationaliste de l’administration américaine. Mais sur un auditoire mondialiste et progressiste, le traumatisme a été violent.

Par la suite, l’administration Trump a reproché aux Européens — iciici et ici : d’être « ingrats » et « profiteurs ».

La tentative d’OPA lancée par Donald Trump sur le Groenland a également laissé des traces amères.

Peu après que le chancelier allemand Friedrich Merz a publiquement critiqué la stratégie de Trump en Iran, le Pentagone a retiré environ 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne. Trump a également ordonné à son secrétaire au Trésor, devant les caméras de télévision, de couper tout commerce avec l’Espagne après que Madrid a refusé aux États-Unis l’accès à sa base pour des frappes contre l’Iran.

Au Moyen-Orientl’Arabie saoudite a également été malmenée. Après s’être vu promettre une filière nucléaire civile et une unité d’enrichissement sur le sol saoudien, Ryad a appris, le lendemain, que cette promesse était assortie d’une condition : que le royaume saoudien reconnaisse Israël et intègre les accords d’Abraham. Le prince régnant semble avoir très mal digéré la nouvelle et a fait savoir deux semaines plus tard qu’il créait un accord de défense, non avec Israël, mais avec le Pakistan et la Turquie.

Même Oman, intermédiaire clé dans la négociation d’un accord sur le détroit d’Ormuz, a été menacé de « devenir un champ de ruines » s’il prêtait main forte à l’Iran.

Concernant Israël, c’est l’inverse. Les États-Unis marquent une distance – et même de la réprobation – avec l’allié qui veut porter les coups. « Vous n’avez pas besoin de raser un immeuble entier à chaque fois que vous cherchez une personne. Il y a beaucoup de monde dans ces bâtiments, et ils ne font pas tous partie du Hezbollah, ça, je peux vous l’assurer », rapporte le Times of Israel. Idem à Gaza, Trump a ordonné à Israël d’arrêter ses frappes sur le Hamas. Comme si l’affaiblissement de ces deux milices iraniennes prolongeait indûment une guerre que le président américain semble vouloir arrêter… pour négocier.

Que veut Donald Trump, la guerre ? La paix ? On ne sait plus.

Mais aussi l’Asie.

Récemment, c’est la Corée du Sud — saluée peu auparavant par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth comme un « allié modèle » — qui a été publiquement souffletée : Donald Trump a ordonné au Pentagone de « réduire considérablement » un exercice militaire annuel, invoquant son coût et ses « très bonnes relations » avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un.

Dans son annonce sur Truth Social, Trump a indiqué avoir « récemment demandé au président de la Corée du Sud s’il souhaitait se joindre à nous pour la dénucléarisation de la République islamique d’Iran, et celui-ci a répondu : “Non, merci !” ». Pas de grandes manœuvres militaires donc !

L’échec de la doctrine du cavalier seul

Une guerre lancée sur des bases maximalistes a abouti à une situation provisoire qui maintient le régime iranien en place, le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, conserve l’architecture balistique iranienne et voit la question nucléaire iranienne reléguée au second plan.

Donald Trump a montré qu’il n’avait pas besoin des autres pays occidentaux pour rompre avec la mondialisation, mobiliser contre la Chine et rendre l’Amérique Great Again. Sur le plan intérieur, sa doctrine du « America First » a trouvé un écho puissant. Mais au plan diplomatique, la doctrine est devenue « America Alone ». Washington manque d’alliés. Ou plutôt, les États-Unis disposent toujours d’alliés ; mais leur président semble avoir de plus en plus de mal à transformer ces alliances en instruments de sa stratégie.

Résultat, on a une guerre où la supériorité militaire américaine aboutit à un blocage politique, sans changement de comportement durable du régime iranien.

Un gâchis.