Congo, l’impunité de la Sûreté présidentielle menace l’État de droit

06/06/2026 – La rédaction de Mondafrique

Face à la persistance du banditisme urbain en République du Congo, le pouvoir a fait le choix de militariser la réponse sécuritaire en déployant la Direction Générale de la Sécurité Présidentielle (DGSP). Une stratégie aux dérives sanglantes qui, sous couvert de maintien de l’ordre, consacre l’exécution sommaire et piétine les fondements de l’État de droit.

Par Ismaël Mayéla, conseiller juridique, membre de l’Association pour la promotion de la Justice Pénale Internationale (AJPI).

La nature ayant horreur du vide chez les criminels et dans le milieu de la délinquance, en 2014, peu de temps après l’opération Mbata ya bakolo destinée à expulser en RDC les kuluna qui opéraient à Brazzaville, on a assisté à l’apparition des « bébés noirs ». Ces délinquants se sont illustrés par leur préférence pour les actions meurtrières tendant à créer terreur et désolation au sein des populations et à conférer du prestige aux agresseurs.

Afin d’endiguer ce fléau, les initiatives étatiques se sont multipliées. Dès mai 2017, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville lançait des patrouilles mixtes combinant police et gendarmerie. Si ces opérations se sont étendues au territoire national, elles n’ont enregistré que des succès relatifs. À la persistance du phénomène s’est ajoutée la faillite des structures de rétention. L’évasion massive survenue à la CNSS de Texaco [ndlr : bâtiment administratif reconverti en prison] dans la nuit du 22 au 23 mai 2025 – où plus de 130 détenus se sont volatilisés sous la pluie – a cruellement illustré l’incapacité de l’État à contenir ces jeunes dans l’attente de leur transfert vers les centres de rééducation d’Aubeville ou de Bokania.

Violences extrajudiciaires

Face à cette impasse, et dans un contexte lourdement marqué par l’échéance de la présidentielle de mars 2026, le pouvoir a choisi de durcir radicalement sa réponse. Par le décret n°2025-390 du 18 septembre 2025, la Direction Générale de la Sécurité Présidentielle (DGSP) a été officiellement investie d’une mission de sécurité publique pour traquer les gangs urbains.

Cependant, depuis le déploiement de cette unité d’élite, les rues des villes se sont transformées en théâtres de violences extrajudiciaires intolérables. Les témoignages et les images documentant des exécutions sommaires de jeunes suspects, parfois capturés, ligotés et abattus à bout portant sur la voie publique, se sont multipliés.

En tant que juriste, il convient de rappeler une évidence : procéder à de telles exécutions est manifestement contraire à la Constitution congolaise de 2015. Son article 8 qui a aboli la peine de mort, reconnaît à la personne humaine un caractère sacré et le droit à la vie. En procédant, comme ils l’ont fait, à des exécutions sommaires, les agents cagoulés de la DGSP se sont rendus coupables d’assassinat au sens de l’article 296 du Code pénal. Loin de combattre la criminalité, cette unité devient elle-même criminelle. Certes, il est parfois légitime d’infliger une petite souffrance pour éliminer un problème plus grave, mais si le droit n’est plus respecté de façon aussi extrême et flagrante, qu’est ce qui protégera la population ?

Une impunité alarmante

Au lendemain du scrutin présidentiel de 2026, le constat est alarmant : aucun de ces agents n’a été inquiété par la justice. Cette impunité sape un peu plus la confiance, déjà quasi inexistante, des citoyens congolais envers leurs institutions. Elle octroie de facto un droit de vie ou de mort à une unité militaire. Si l’inaction de la justice congolaise pouvait auparavant s’expliquer par des raisons d’opportunité ou d’urgence sécuritaire, tel n’est plus le cas aujourd’hui. L’absence de poursuites s’apparente désormais à une validation tacite de ces dérives par l’appareil d’État.

La DGSP étant désormais chargée de lutter aux côtés des autres forces de sécurité contre toute menace visant la stabilité des institutions, l’intégrité physique des personnes et de leurs biens, ainsi que la sûreté et la sécurité nationales, doit impérativement être rappelée à l’ordre. Alors qu’elle doit contribuer en permanence au rétablissement de la paix civile, mais aussi participer au maintien de l’ordre et aux opérations de sécurité publique, son manque de cadrage actuel est alarmant. Dans le cas contraire, nul doute que ses agents constitueront un véritable danger pour les populations congolaises qu’ils sont pourtant censés protéger.