Iran : ni les bombes ni les compromis ne suffiront

20/05/2026 – La rédaction de Mondafrique

Entre menaces régionales, répression intérieure et mobilisations de la diaspora, la crise iranienne révèle l’échec des recettes classiques. Ni la guerre ni la diplomatie de complaisance ne suffisent à ouvrir une issue. Le véritable levier se trouve dans la société iranienne, ses résistances et sa capacité d’organisation politique.

Une chronique signée Hamid Enayat, politologue spécialiste de l’Iran, collaborateur de l’opposition démocratique iranienne (CNRI), et Hamid Assadollahi, porte-parole du Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (CSDHI).

La crise iranienne est aujourd’hui au cœur de plusieurs des principales préoccupations internationales. Pour les États-Unis, elle touche à la sécurité et à la stabilité stratégique. Pour l’Europe, elle soulève des questions liées à l’énergie, au terrorisme et à la défense des droits humains. Quant aux pays du Moyen-Orient, ils voient dans la politique régionale de Téhéran un facteur permanent de déstabilisation.

Pourtant, au-delà de ces approches différentes, une réalité s’impose progressivement : la crise iranienne ne pourra être résolue ni par la guerre ni par les seules pressions diplomatiques. Sa clé se trouve à l’intérieur même de la société iranienne.

Le 20 juin, des centaines de parlementaires et de responsables politiques européens et nord-américains rejoindront à Paris une grande mobilisation de cent mille membres de la diaspora iranienne. Au-delà de sa portée symbolique, ce rassemblement reflète une évolution importante : l’idée gagne du terrain selon laquelle les politiques occidentales menées depuis des décennies à l’égard de Téhéran ont atteint leurs limites.

Les événements récents en Iran ont renforcé cette interrogation. Dans un contexte de guerre et de tensions régionales, les autorités iraniennes ont intensifié la répression intérieure. Lors du soulèvement national survenu plus tôt cette année, des milliers de personnes ont été tuées et des dizaines de milliers arrêtées. Depuis, une nouvelle vague d’exécutions a été lancée afin d’empêcher toute reprise de la contestation.

Mais cette phase répressive intervient aussi à un moment où le pouvoir apparaît plus fragilisé qu’auparavant. En parallèle, les formes de résistance organisées à l’intérieur du pays se sont développées. Depuis plusieurs années, les unités de résistance liées à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) jouent un rôle actif dans les mobilisations et les protestations nationales. Même certains responsables du régime mettent désormais davantage l’accent sur la menace représentée par l’opposition organisée intérieure que sur les pressions extérieures.

C’est dans ce contexte que le rassemblement du 20 juin prend une signification particulière. Il ne s’agit pas seulement d’une démonstration politique en exil, mais du prolongement d’une dynamique présente à l’intérieur de l’Iran : celle d’une société qui continue de revendiquer un changement profond malgré la répression.

Les derniers mois ont également montré les limites d’une approche strictement militaire de la question iranienne. Les conflits régionaux peuvent affaiblir le pouvoir iranien, mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à produire une transformation politique durable. Le changement dépend avant tout de la capacité de la société iranienne à s’organiser et à maintenir sa mobilisation.

La résistance comme levier politique

C’est précisément ce qui explique l’intensification actuelle de la répression. Le nombre important de condamnations à mort visant des membres ou sympathisants de l’OMPI révèle la perception qu’a le pouvoir de la menace que représente cette opposition organisée. Lorsqu’un État cible systématiquement des individus en raison de leur appartenance politique, il ne cherche pas seulement à punir ; il reconnaît implicitement l’existence d’une force qu’il considère capable de remettre en cause sa survie.

Dans le même temps, les autorités semblent vouloir utiliser le climat de guerre pour renforcer encore le contrôle sécuritaire du pays. Plusieurs exécutions récentes, dont celles de membres de l’OMPI et de manifestants arrêtés lors des protestations, s’inscrivent dans cette logique. Pourtant, malgré la peur et la répression, le mécontentement social demeure profond, notamment parmi les jeunes générations.

La question iranienne reste également compliquée par les divisions persistantes au sein de l’opposition. Depuis des années, la politique de complaisance menée par certaines capitales occidentales a contribué à prolonger la survie du régime. Mais les fractures entre différents courants de l’opposition iranienne ont également affaibli les perspectives d’alternative politique cohérente.

Une chose paraît néanmoins de plus en plus claire : attendre un effondrement spontané du régime relève de l’illusion. Toute évolution politique durable en Iran dépendra avant tout des dynamiques internes et de la capacité des forces démocratiques iraniennes à construire une alternative crédible.

Dans cette perspective, la communauté internationale dispose encore de leviers importants. Elle peut soutenir l’accès libre à Internet afin de permettre la circulation de l’information et la coordination des mobilisations civiles. Elle peut également conditionner ses relations diplomatiques avec Téhéran à l’arrêt des exécutions et au respect minimal des droits fondamentaux.

Car la peine de mort demeure l’un des principaux instruments de contrôle politique de la République islamique depuis sa création. Faire de son abolition un critère central des relations internationales avec l’Iran constituerait un signal politique majeur.

Au-delà des crises et des tensions actuelles, une grande partie de la société iranienne continue d’aspirer à un système fondé sur le pluralisme politique, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité entre les femmes et les hommes et le recours au suffrage universel. Soutenir cette aspiration ne relève pas seulement d’un choix moral ; cela correspond également aux intérêts de long terme de la communauté internationale.