Pour le chroniqueur international du Figaro, Renaud Girard, qui nous autorise à reprendre son article, une Chine est le seul pays qui puisse convaincre l’Iran d’abandonner le nucléaire
Financièrement, les réserves de change de la Chine s’établissent à 3 500 milliards de dollars, alors que les réserves américaines sont inférieures à 1 000 milliards, en comptant les stocks d’or de la Réserve fédérale. La dette publique de la Chine à qui tout réussit atteint 18 700 milliards de dollars, soit moins de la moitié de la dette américaine.
Militairement, la Chine, visiblement non intimidée par la VIIe flotte américaine, poursuit son expansionnisme maritime en mer de Chine méridionale. La République populaire remblaie actuellement le récif d’Antelope dans les îles des Paracels, afin d’y construire une base militaire capable d’accueillir à la fois des bombardiers et des sous-marins. La Chine s’est approprié cet archipel, au mépris du droit de la mer, qui qualifiait ces récifs comme des « terrae nullius », des territoires n’appartenant à personne.
Mais c’est surtout diplomatiquement que l’Amérique a perdu de son lustre. L’Amérique a beaucoup moins d’amis que naguère. Donald Trump s’est brouillé avec l’Union européenne, qui ne supporte plus son unilatéralisme en matière commerciale et militaire. Le 47e président des États-Unis a cherché, à l’été 2025, à construire un axe de l’hémisphère Nord avec Moscou, sans y parvenir, en raison du maintien par la Russie de prétentions exorbitantes sur le territoire ukrainien. La Chine, en revanche, a réussi à améliorer considérablement ses relations avec la Russie, tout en maintenant des relations économiques stables avec l’Europe. Les positions commerciales de la Chine n’ont jamais été aussi fortes en Afrique, en Amérique latine et en Asie qu’aujourd’hui
Géopolitiquement, l’Amérique se retrouve, une nouvelle fois dans son histoire, piégée au Moyen-Orient. Trump a cru au conte fantastique israélien d’un effondrement rapide de la théocratie iranienne une fois ses chefs assassinés, que lui ont vendu Benyamin Netanyahou et David Barnea dans le Bureau ovale, le 11 février 2026. Il a ordonné à l’armée américaine d’attaquer le 28 février l’Iran par surprise, en compagnie des Israéliens, pays avec lequel il était pourtant en pleines négociations, sous médiation omanaise. Au délit diplomatique, s’est ajoutée la faute stratégique : non seulement, le régime chiite ne s’est pas effondré, mais il a pris le détroit d’Ormuz en otage, provoquant une crise économique mondiale.
Comme cette nouvelle guerre néoconservatrice de changement de régime en terre d’islam est très impopulaire aux États-Unis, et que s’éteint l’illusion de ramener par la force l’Iran dans le giron de Washington, Donald Trump souhaite mettre un terme au plus vite à son aventure militaire. Mais il a besoin pour cela d’un succès minimum sur le dossier nucléaire iranien, qu’il présente désormais comme son seul but de guerre.
Pour sauver la face devant le public américain avant les élections de mi-mandat, le 3 novembre 2026, Trump a besoin non seulement d’un moratoire de Téhéran sur son enrichissement, mais aussi des images d’un transfert dans un pays étranger des 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % que détient l’Iran, assorti d’une réouverture du détroit d’Ormuz à la navigation internationale.
La Chine est aujourd’hui le seul pays du monde à pouvoir persuader l’Iran de faire cette offre à Trump, en échange bien sûr d’un dégel des avoirs iraniens, de la levée des sanctions américaines contre la République islamique et d’un engagement à ne pas réattaquer l’Iran. La Chine est, historiquement, une nation qui a presque toujours, dans ses relations internationales, préféré le commerce à la guerre. Elle a les moyens de convaincre son partenaire iranien d’oublier ses rêves d’axe chiite au Moyen-Orient au profit de son retour par la grande porte dans le commerce international.
La Chine est par ailleurs très attachée au respect des dispositions du TNP (traité de non-prolifération nucléaire de 1968), ainsi qu’à la liberté des mers et des détroits, défendue dans le monde depuis le juriste néerlandais Grotius (1583-1645).
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Les Chinois sont assez fins pour comprendre que c’est quand on est fort – ce qu’ils sont aujourd’hui militairement, économiquement et diplomatiquement – qu’il faut se montrer humble et serviable. Xi Jinping devrait donc s’abstenir de faire la leçon à Donald Trump et l’aider à se sortir la tête haute de son piège moyen-oriental.
En rendant ce service à Trump, Xi se rendra service à lui-même, car le blocus actuel du golfe Persique ne fait pas les affaires de la Chine, qui importe environ 42 % de son pétrole brut depuis cette région.
Mais il faudra ensuite que Trump y mette aussi du sien. Qu’il évite de tweeter de manière compulsive, qu’il s’abstienne d’insulter ou de menacer en permanence les dirigeants iraniens. Il y a aujourd’hui, autour du président iranien, Massoud Pezeshkian, et autour du président du Parlement iranien, Mohammad Ghalibaf, des équipes pragmatiques qui cherchent une voie vers la fin de la guerre. Mais l’Iran veut du respect. Le pays n’acceptera jamais d’humiliation publique. Toute la question est désormais de savoir si Trump le comprendra.
