Le procès contre Nicolas Sarkozy qui a débuté le lundi 6 janvier dans l’épais dossier d’un éventuel financement libyen des comptes de campagne de ce dernier se termine cette semaine par les plaidoiries de la défense. Les avocats de l’ancien président de la République et de ses proches devraient se battre sur le terrain de la technique judiciaire. Les magistrats ont cru bon en effet de retenir le délit d’association de malfaiteurs, une catégorie pénale à géométrie variable qui a été utilisée pour masquer les lacunes d’une enquête peu aboutie.
Indépendamment de l’intime conviction que l’on puisse avoir sur les possibles frasques financières de Nicolas Sarkozy qui n’est pas un perdreau de l’année, les condamnations que pourrait prononcer la justice française en première instance auraient du reposer sur des faits précis. Ce qui n’est, hélas, pas le cas.
En l’absence de tout versement direct avéré de Mouammar Kadhafi à l’ancien Président français, le pole financier s’est rabattu sur un délit, l’association de malfaiteurs, dont on connait l’approximation. Il n’est pas matériellement prouvé que Nicolas Sarkozy ait touché des fonds illicites. Certains de ses proches en revanche ont reçu quelques gâteries, bien modestes au regard des montants que l’ex chef d’état aurait reçu d’après l’instruction en profitant du réchauffement diplomatique entre la Libye et la France initié par Nicolas Sarkozy.
Notons que la France n’est pas la seule à l’époque à tendre la main aux Libyens. L’administration américaine très hostile au départ au régime libyen s’était elle aussi et avant Paris rapprochée de la dictature libyenne.
Du coup pour faire tenir une procédure restée bancale et confiée à deux ou trois policiers seulement et déja surchargés de travail par ailleurs, les magistrats français relayés par « Mediapart » et « le Monde » abreuvés d’informations par la justice finanvière, ont accusé Nicolas Sarkozy d’être à la tète d’une association de malfaiteurs, mais sans que lui même, patron de cette bande quasi maffieuse, en profite. À l’exception de quelques valises de cash qu’aurait apporté à Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et à son fidèle Guéant en vue de sa campagne présidentielle de 2007 un intermédiaire douteux et corrompu, Ziad Takieddine, qui en a fait lors de l’instruction un récit rocambolesque et invraisemblable, digne d’un mauvais polar.
Le témoin épargné, Souheil Rached,
Mondafrique revient sur le mystérieux Souheil Rached, un agent de la Libye qui n’a jamais été entendu par la justice et qui fait partie pourtant des onze personnalités que l’ancien Président de la République et ses amis n’ont pas eu le droit de rencontrer depuis le début de l’instruction. Cet oubli est d’autant plus surprenant que ce représentant de Mouammar Kadhafi en France, au mieux avec Nicolas Sarkozy et ses proches, actif en Afrique francophone et très lié aux services français, est parfaitement au courant des relations entre le pouvoir français et le Guide libyen.
Son audition aurait permis d’éclairer utilement les coulisses de ce dossier complexe de financement politique. En privé en effet et lorsqu’il se confiait à son entourage, Souheil Rachel révélait la réalité des aides de Kadhafi à la classe politique française, de gauche comme de droite. « Onze millions, leur expliquait-il, ont été versés à Nicolas Sarkozy via l’Allemagne et en deux fois, sept millions puis quatre millions. Une dizaine de millions ont été donnés à une personnalité de gauche très en vue au Parti Socialiste ».