De pères en fils, de nombreux dirigeants africains, en particulier ceux des pays pétroliers, sont inquiétés par la justice française pour avoir mal acquis des biens qu’ils viennent dépenser en France. Dans cette nouvelle chronique pour Mondafrique, le journaliste et écrivain Venance Konan, lauréat du Grand prix littéraire d’Afrique noire 2012, revient, de manière détachée et humoristique, sur ces affaires politico-judiciaires et prodigue quelques « bons conseils » aux dirigeants africains incriminés pour bien dépenser leurs biens mal acquis. Quelques petites bonnes astuces pour passer entre les mailles du filet, même lorsque les biens ont été mal acquis.
Par Venance Konan
Assez régulièrement, surgit, comme une épée de Damoclès que l’on promène sur la tête de certains de nos dirigeants, l’affaire dite des biens mal acquis. De quoi s’agit-il ? Certains de nos chefs sont accusés d’avoir mal acquis des biens de leurs pays pour aller faire la bamboula dans les pays européens, surtout en France. Effectivement, bon nombre de nos chefs, principalement d’Afrique centrale où le pétrole coule à flot, et leurs rejetons ont acheté en France de nombreux biens immobiliers, voitures, bijoux, tableaux de grands maîtres et autres babioles, avec de l’argent qui ne semble pas avoir été bien acquis.
Les frasques des fils à papa
Ainsi, Teodorin Nguema Obiang Mangue, fils aîné du président de la république équato-guinéenne et par ailleurs vice-président de ce pays, possède-t-il à Paris un hôtel particulier situé au 42, avenue Foch, de 5000 mètres carrés, de 101 pièces réparties sur cinq étages et d’une valeur estimée entre 45 et 90 millions d’euros. C’est par dizaines que l’on compte les voitures de luxe qu’il possède en France, aux Etats Unis et dans son pays. En novembre 2009, les douanes françaises avaient indiqué qu’il avait fait réexpédier vers son pays 26 voitures de luxe et 6 motos en provenance des Etats Unis, parmi lesquelles, on comptait sept Ferrari, cinq Bentley et quatre Rolls-Royce. En 2009, il a acquis en France 28 montres d’exception pour 10 millions d’euros, et lors de la vente aux enchères de la collection d’œuvres d’art d’Yves Saint Laurent, il a acquis 109 lots mis en vente, pour une valeur de 18 millions d’euros. Et c’est à peu près le même train de vie pour les rejetons des présidents Omar Bongo Ondimba et Denis Sassou Nguesso.
Pour les juges français, l’argent qui sert aux présidents et à leurs enfants à faire tous ces achats est détourné des caisses de leurs Etats et ils veulent qu’il soit restitué aux peuples de ces pays qui vivent pour la plupart dans la misère. Et honnêtement, l’Africain que je suis ne peut que se réjouir qu’il y ait une justice quelque part pour penser à moi.
La loi pour les plus faibles
Mais ce que j’aimerais savoir est ceci : les dirigeants africains sont-ils les seuls à détourner l’argent de leurs pays pour aller le gaspiller en France ? Les princes et émirs d’Arabie Saoudite, du Koweït, des Emirats Arabes Unis, du Qatar et des autres pétro-monarchies arabes qui vont faire des folies en France et partout en Europe et aux Etats Unis sont-ils tous des honnêtes citoyens de leurs pays ayant gagné leurs fortunes à la sueur de leurs fronts ? Leurs biens qu’ils vont exhiber en 0ccident sont-ils vraiment bien acquis ? Pourquoi la justice française ne jette-t-elle jamais un coup d’œil sur ces fortunes et ne s’intéressent qu’à celles des pays pétroliers africains ? Est-ce du racisme ?
Je crois que la différence réside dans la façon dont l’argent détourné est dépensé. Alors que les Africains achètent des maisons, des voitures et des montres de luxe, souvent de marques étrangères, des costumes, logent dans des hôtels de luxe, font la fête, les Arabes eux, achètent des grands hôtels, des grands châteaux, des grandes équipes de football, des avions et des bateaux de guerre, des chars, des radars, des missiles et autres armes dont ils n’ont le plus souvent pas du tout besoin. C’est là la différence. Le complexe militaro-industriel est le plus puissant lobby dans les pays occidentaux. Il faut le faire travailler. Le champagne, les costumes Smalto, c’est bien. Mais un avion Rafale, c’est encore mieux. Et les Africains n’achètent jamais de Rafale. Comment peut-on les respecter ? Alors, vous avez découpé en petits morceaux un de vos journalistes dans un consulat en Turquie ? Vous achetez dix avions, plus quelques frégates à chaque pays occidental qui en fabrique et vous êtes absous. C’est tout simple.