Trump pourrait sacrifier Hegseth pour mettre fin à la guerre

07/09/2026 – La rédaction de Mondafrique

Pam Bondi, Kristi Noem et Tulsi Gabbard pouvaient partir sans ébranler la Maison-Blanche. Pete Hegseth, lui, incarne la guerre contre l’Iran. Son limogeage offrirait à Donald Trump davantage qu’un responsable à sacrifier : le moyen politique de transformer une retraite militaire en changement de stratégie pleinement assumé.

Pam Bondi a été limogée. Kristi Noem a été écartée. Tulsi Gabbard a compris la direction d’une administration qu’elle ne pouvait plus défendre sur l’Iran et elle est partie avant qu’on ne l’y contraigne. Ce furent des départs peu coûteux, que Trump encaisse sans frais parce que rien de stratégique ne dépendait de ces trois responsables. Pete Hegseth est le départ coûteux, et c’est précisément pourquoi il tient toujours. Des généraux très compétents s’en sont allés, les stocks de munitions ont été réduits à des niveaux dangereux, et le secrétaire à l’Armée Dan Driscoll, proche allié de J.D. Vance, vient de démissionner. Hegseth demeure. Limoger le secrétaire le plus identifié à la guerre contre l’Iran forcerait à poser la question de la guerre elle-même, et Trump n’a jamais toléré l’image d’une défaite. Mais l’orgueil ne tient pas indéfiniment. Le jour venu, Trump ne devra pas gâcher un limogeage parfaitement utile.

Le renvoi de Hegseth fournit le mécanisme qui rend un changement de politique énonçable. Trump peut se renier sur le fond quand il le décide. Un revirement sans nom qui l’endosse ressemble à une retraite ; avec un nom, il ressemble à une reddition de comptes. Hegseth peut porter la responsabilité de l’erreur de calcul sur le plan intérieur. Telle est la fonction politique du limogeage, et la raison pour laquelle le mouvement de personnel et la réorientation stratégique peuvent devenir un seul et même acte.

Donner un nom à la retraite

Cette réorientation se fait attendre parce que les prémisses de la guerre ont été mises à l’épreuve et se sont révélées fausses. Une supériorité militaire écrasante devait produire la soumission politique. Une escalade soutenue devait contraindre Téhéran à composer. Netanyahou a encouragé Washington à croire que les objectifs américains et israéliens convergeaient assez étroitement pour justifier la poursuite du combat. Six mois plus tard, Téhéran n’a pas capitulé, Ormuz demeure une source de levier iranien et les forces américaines sont immobilisées dans la région sans rien qui ressemble à ce que les partisans de la guerre avaient promis. Washington affronte toujours la question que les planificateurs militaires auraient dû exiger de trancher avant la première frappe : et ensuite quoi ?

La réponse existe déjà à l’état de projet. Le protocole d’accord conclu par J.D. Vance avec l’Iran contenait l’architecture d’une sortie avant que six mois de guerre supplémentaires n’en relèvent le prix : cessation des opérations, réouverture d’Ormuz, négociations, levée des sanctions, déblocage des fonds gelés et mesures économiques. Le ressusciter permettrait à Trump d’y intégrer les éléments exploitables du cadre libanais de Marco Rubio, tout en abandonnant la piste distincte entre Israël et le Liban, bâtie sur la confrontation permanente. La négociation devrait inclure les partenaires régionaux de l’Iran, à commencer par le Hezbollah, et viser un règlement dans lequel sa structure militaire serait progressivement absorbée par l’État libanais tandis que l’organisation achèverait son passage à la vie politique ordinaire. L’accord de Pékin de 2023, qui a normalisé les relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran, en offre le modèle : un processus régional, une participation iranienne directe et, pour le Liban, une voie vers le rétablissement du monopole de l’État sur les armes sans qu’une nouvelle guerre soit nécessaire pour détruire le Hezbollah.

L’obstacle que cet argument passe sous silence, c’est Israël. Netanyahou n’a pas encouragé cette guerre pour la voir s’achever sur un rapprochement américain avec Téhéran. Avec ses alliés à Washington, il a rendu son opposition à une telle issue parfaitement explicite, surtout si elle laisse au Hezbollah une voie négociée vers la vie politique libanaise ordinaire. Aucune réorientation ne peut réussir tant que Washington recherche le consentement de Netanyahou. Prendre une réelle distance avec lui devient une condition préalable au règlement. Trump ne peut ressusciter le protocole Vance tant qu’il laisse Jérusalem fixer le plafond de ce que Washington a le droit d’offrir.

Le pari diplomatique

Les mesures restantes devraient venir en trois paliers. Le premier est économique : débloquer les fonds iraniens gelés par étapes réciproques et associer les États du Golfe à des dispositifs de reconstruction et de stabilisation liés à des engagements iraniens précis. Le deuxième est stratégique : créer un mécanisme permanent sur Ormuz réunissant l’Iran, Oman, les États-Unis et le CCG pour garantir la navigation et établir des procédures en cas d’incident maritime. Le troisième est politique et psychologique, et de loin le plus difficile : reconnaître ce qui a été infligé à la population iranienne. La mort d’Ali Khamenei, de sa petite-fille, des écolières et d’autres civils a ouvert des plaies que les négociations ne sauraient recouvrir. Des excuses américaines constitueraient le signal le plus clair que Washington entend établir une relation différente plutôt qu’une pause temporaire. Qu’un tel geste soit presque inconcevable de la part de Trump est précisément ce qui lui donnerait son poids.

Qu’on qualifie ces initiatives de coups de poker diplomatiques, et l’étiquette convient. Elles exigent de l’imagination politique, du risque et la volonté de tenter ce que Washington a jusqu’ici refusé. Mais qu’on les compare au coup de poker qui circule encore à Washington et à Jérusalem : une nouvelle campagne, davantage de sanctions, et l’espoir qu’une ultime dose de pression militaire et économique produira enfin l’issue politique que six mois de guerre n’ont pas su livrer. Le pari diplomatique est le moins coûteux, le moins destructeur, et il ouvre au moins une voie de sortie.

Bondi, Noem et Gabbard étaient peu coûteuses. Hegseth est le renvoi qui coûte quelque chose, et ce coût est exactement sa valeur. Le jour venu, Trump pourra le dépenser pour déclarer la phase militaire achevée, ressusciter le protocole Vance, absorber ce qui fonctionne dans le cadre Rubio, ouvrir la négociation régionale et commencer à faire sortir l’Amérique. Le renvoi lui-même devient la voie de sortie. Ne gaspillez pas un bon renvoi.