La guerre des médias francophones libanais se poursuit

11/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

Après la publication par L’Orient-Le Jour d’une enquête en cinq volets consacrée au banquier Antoun Sehnaoui, plusieurs anciens journalistes du quotidien, qui avaient par la suite participé à l’aventure d’Ici Beyrouth, souhaitent rectifier un point précis de ce récit. Ils contestent avoir été « débauchés » par le nouveau média et reviennent sur les circonstances de leur départ de L’OLJ, bien antérieures à la création d’IB. Nous publions ci-dessous, dans son intégralité, la mise au point signée par les cinq anciens journalistes de L’Orient-Le Jour concernés.

« Le «feuilleton» de l’OLJ sur Antoun Sehnaoui: une nécessaire mise au point

Loin de nous de vouloir nous laisser entraîner dans la polémique entre L’Orient-Le Jour et Ici Beyrouth, mais nous nous trouvons contraints malgré tout d’apporter une mise au point à l’un des passages, erroné, des cinq longs articles consacrés par L’OLJ au parcours de M. Antoun Sehnaoui. Dans le «chapitre» axé sur le volet médiatique, il est ainsi précisé qu’après sa création, fin 2021, Ici Beyrouth a recruté «de jeunes journalistes, mais aussi des plumes débauchées à la concurrence, dont L’OLJ» (…).
L’allusion à notre cas étant claire, nous estimons qu’il est important, dans un souci de précision, de rétablir la vérité à cet égard, en déplorant la déformation des faits. Les «plumes» dont il est fait allusion n’ont nullement été «débauchées à la concurrence»…
Si nous avons quitté l’OLJ c’est parce que nous avons été poussés à la sortie, après avoir été la cible, pour certains d’entre nous, d’un ostracisme soigneusement planifié. Nous étions tous en désaccord avec la conduite et, surtout, la ligne éditoriale que s’employait à induire la nouvelle direction administrative mise en place en 2015, qui reprochait à ces «plumes» des convictions jugées trop «quatorze-marsistes».
Il est nécessaire de relever, toujours pour la petite histoire et pour rétablir la vérité, que ces désaccords avec la direction administrative de l’époque sont apparus bien avant qu’il ne soit question d’IB. Certains d’entre nous avaient même pris la décision de quitter l’OLJ bien avant qu’IB ne pointe à l’horizon, soit à partir de 2019, dans la foulée du soulèvement populaire. Les causes de ces départs? Une restructuration et une «vision d’avenir» selon laquelle (entre autres, bien sûr) il fallait être moins «quatorze-marsiste» et moins incisifs à l’égard du Hezbollah. Cette restructuration et cette vision nouvelle ne correspondaient ni à nos attentes ni à nos convictions,
Le fait est qu’Ici Beyrouth n’a pas «débauché» des plumes de l’OLJ, puisque le projet de ce média en ligne a été conceptualisé par deux des journalistes de ce quotidien et présenté au printemps 2021 à Fred Domont (cité dans la série de l’OLJ). Le premier journaliste avait déjà été contraint de claquer la porte et le second s’apprêtait à le suivre. Des collègues, qui avaient entre-temps également présenté leur démission, les ont suivis plus tard, sachant que nos salaires dans le nouveau média étaient, au mieux, du même niveau qu’à l’OLJ.
La ligne éditoriale d’IB correspondait à celle dont l’OLJ s’était écarté pour des raisons certes économiques, mais aussi électorales. D’autres collègues n’ont rejoint l’équipe d’IB que lorsqu’ils ont été remerciés par la direction du quotidien.
Ces départs, il faut le préciser, avaient constitué pour nous tous un grand arrachement du fait que nous avons tous passé, suivant le cas, entre 20 et 40 ans à l’OLJ. Nous considérions ce quotidien comme une grande famille qui représentait une école de journalisme à laquelle nous étions attachés.
Nous avions vécu ensemble, côte à côte, avec les anciens et les ténors du journal, toutes les difficiles années de guerre, bravant tous les risques sécuritaires, dans des conditions très peu enviables, ce qui avait forcément tissé entre nous tous, entre tous les membres de l’ancienne famille de l’OLJ, des liens très étroits, dans une atmosphère conviviale, empreinte d’amitié profonde. Nul ne se détache d’une telle expérience professionnelle, sauf cas de force majeure…
Par ordre alphabétique
Tilda Abou Rizk
Michel Hajji Georgiou
Nada Merhi
Fady Noun
Michel Touma »